Dimanche 25 Novembre 2007

Point de vue

 

 

Lettre ouverte à une femme voilée..

Par Foued Zaouche

Mon intention est extrêmement respectueuse et j’aimerais entamer un
dialogue avec les femmes qui portent le voile, un dialogue fructueux,
dans la dignité et le respect, comme celui que l’on peut avoir avec des
esprits ouverts et intelligents. Si personne ne doute de la liberté
individuelle de porter ou de ne pas porter le voile, il faut expliquer
ce que peut signifier le port du voile islamique et ses conséquences
sociales et juridiques.

Zyed Krichen, dans Réalités de la semaine dernière, a parfaitement posé
la problématique dans son éditorial et dans son article qui relate les
tribulations juridiques d’une enseignante en conflit avec son autorité
de tutelle à propos du port du voile.

Je voudrais poser une seule question aux Tunisiennes qui ont choisi de
porter le voile islamique, et cette question, je ne la poserais pas à
l’Algérienne, ni à la Marocaine , ni à l’Egyptienne et certainement pas
à la Saoudienne , car celles-ci ne disposant pas des mêmes droits, cela
n’aurait aucun sens pour elles. La question est celle-ci : savez-vous
qu’en décidant de porter le voile, vous renoncez volontairement à tous
vos droits juridiques actuels car ceux qui vous inspirent sont pour
l’application de la Charia qui fait de vous des mineures sur le plan
juridique ? Ce qui signifie que vous ne pourrez plus ni voyager seule,
ni disposer de la personnalité juridique qui vous permet d’avoir un
compte en banque, ni commercer en toute liberté sans l’autorisation de
votre mari ou de votre père. Vous retomberez sous l’emprise totale des
hommes, ce qui représente une insulte à vos mères et à vos
grands-mères, ces femmes admirables qui ont milité pour l’émancipation
des femmes tunisiennes et lutté courageusement pour l’abandon du port
du voile, une pratique qui était l’expression d’une soumission éhontée.
Comme le dit très justement Zyed Krichen dans son éditorial, les textes
coraniques sont beaucoup plus explicites sur la répudiation et la
polygamie qu’ils ne le sont sur le voile. La femme tunisienne risque de
se retrouver, à Dieu ne plaise, confrontée à de vieilles pratiques
rétrogrades heureusement bannies de notre pays, pour son honneur.

Evidemment, la femme tunisienne peut me rétorquer que le fait de porter
le voile est une affaire de croyance personnelle, un acte de liberté et
qu’elle ne se sent pas engagée par toutes ces considérations sociales
et politiques. Cela est l’expression d’une immense naïveté ou d’une
rouerie calculée car ce qu’on appelle le voile islamique est l’étendard
affirmé et évident depuis les années 80 d’une doctrine militante
extrêmement organisée et d’une dangereuse efficacité, il suffit
d’observer son action en Egypte où elle est devenue le terreau d’un
prosélytisme effrayant à l’origine d’une chape de plomb culturelle qui
s’est abattue sur ce pays, naguère si joyeux.

Et pour celles qui croient « avoir le beurre et l’argent du beurre »,
c’est-à-dire, porter le voile et conserver les droits que leur confère
le Code du Statut Personnel, elles se trompent totalement. En
choisissant de porter le voile islamique, la femme tunisienne s’engage
dans une doctrine dont la principale revendication est de restaurer la
Charia. Chaque
Tunisienne qui le porte devient une militante active,
parfois malgré elle, de cette idéologie extrémiste qui n’est pas prête
à ce genre de concessions sous peine de disparaître et en rappelant le
pouvoir exorbitant que donne la Charia aux hommes sur leurs compagnes,
réduites à être des mineures « taillables et corvéables à merci ».

Alors, à celles-ci, à ces Tunisiennes qui croient conserver leurs
droits tout en portant le voile islamique, je les implore de poser des
questions, de demander aux Imams, aux docteurs de la religion et à tous
ceux qui se targuent de recommander le port du voile comme une
obligation divine. Demandez-leur si vous perdrez vos droits si, par
malheur, la Charia était imposée dans notre pays et ce que cela
signifierait pour les femmes. Et s’ils vous disent le contraire,
demandez-leur ce que signifie alors le fait d’être islamiste si ce
n’est pas pour appliquer la Charia. Il faut se méfier des belles
promesses de ceux qui ne cherchent qu’à séduire… Renseignez-vous sur le
statut juridique de la Saoudienne ou de l’Iranienne, même si celle-ci
peut faire illusion car elle va à l’Université et conduit sa voiture.
Demandez à cette dernière quel est son statut juridique réel, dans les
faits ; elle vous racontera peut-être comment elle peut faire l’objet
de vexations de n’importe quel homme qui trouverait son foulard mal
ajusté, laissant apparaître quelques mèches coupables ou comment
n’importe quel « tartempion » peut s’arroger le droit d’interpeller une
femme dans la rue pour lui adjoindre de respecter la religion, du moins
celle que son esprit borné a pu en comprendre.

Combien je suis sincèrement peiné par l’aveuglement de celles qui
portent le voile car elles risquent de nous entraîner dans un
aventurisme effrayant pour notre pays qui a tant besoin de toutes ses
énergies pour gagner la bataille du développement. Comment concilier
notre volonté d’être un pays de services, c’est-à-dire tolérant, ouvert
et accueillant, avec une doctrine passéiste et moralisatrice qui ne
peut fleurir que dans les pays pétroliers dont les rentes leur
permettent de se passer des autres. Nous, nous avons besoin de toutes
nos femmes et de tous nos hommes pour construire notre pays dans ce
monde violent et cynique. La petite Tunisie, sans ressources
d’hydrocarbures ni minières, a besoin de l’ensemble de ses
potentialités oeuvrant pour une dynamique de progrès et d’exigence.

Je ne doute pas de la conviction et de la sincérité de la majorité des
femmes qui portent le voile… A elles, je voudrais dire que l’amour de
Dieu est au delà d’une tenue vestimentaire et répéter ce que j’avais
écrit dans un précédent article, ce n’est pas à la femme de se voiler
mais à l’homme de voiler son désir, le seul coupable de cette
aberration d’un autre âge.

Je voudrais clore ce énième article que je consacre au voile par
l’expression sincère du respect que je porte à l’Islam, celui de
l’Ijtihad, celui du dépassement de soi, celui de l’exigence
personnelle. L’Islam n’est pas une idéologie politique. Nul ne peut
juger mon action, je n’en suis comptable que par rapport à Dieu et à
Lui seul. Ceux qui vous disent le contraire vous utilisent. Pour le
reste, les lois de la République se chargent d’administrer notre vie
terrestre dans le respect de la liberté qui s’arrête où commence celle
de l’autre.

L’argument avancé par les islamistes, qui veulent faire du port du
voile un simple acte de liberté individuelle qui ne concerne que son
auteur, est trompeur. Ils devraient être plus explicites sur le
rétablissement de la Charia , qui est l’essentiel de leur programme et
sur ses conséquences sur le statut juridique de la femme tunisienne
.

 

 

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus