Mardi 07 Août 2007

 

 

La Médaille et son Revers’- Roman de Mohamed Arabdiou édité en 1990.

 

 

 OMNI SOIT QUI MAL Y PENSE….

 

 

Machahou 12     ( Suite..)

 

 La nationalisation des terres de la COM ,souleva l’enthousiasme des paysans . Dès que les lampions s’éteignirent,les coopérateurs s’enrichirent d’une nouvelle expérience ;à leur dépens..

 

 Les terres avaient été distribuées en quantité égales, mais on découvrit que dans certaines coopératives,le sol était trois fois plus fertile qu’ailleurs  .Telles unités  disposaient d’un équipement neuf ,alors que chez d’autres,le matériel était juste bon pour la ferraille.

 

   Certains reprochèrent aux autorités d’avoir mis l’accent sur le social  au dépens de l’économique, en mettant dans chaque ferme, deux fois plus de monde,qu’il n’en fallait.

 

Bien des coopératives connurent le désastre, à cause du retard dans l’approvisionnement d’engrais , des semences et autres intrants,  par les entreprises chargées des livraisons.

 

     Pour compenser le déficit en devises,le gouvernement ordonna au secteur socialiste, de se convertir et de cultiver particulièrement  des ananas,un fruit très prisé, sur le marché européen. Un nouvel organisme prit en charge la production pour l’exportation : Fruit -export .

 

Après la récolte,lorsque les paysans demandèrent des comptes,on leur versa des sommes insignifiantes,ne couvrant même pas les frais de mise sous terre, des plants.

 

    Le plus aberrant,ce fut de voir l’organisme exportateur, réclamer de l’argent, aux producteurs. .Un scandale !

 

Un journaliste qui enquêta,découvrit les raisons de cette anomalie.

 

 Fruit- export entreprise de service ,s’était chargé de l’enlèvement sur pieds ,des ananas ,de leur conditionnement, et leur exportation .La compagnie maritime nationale, assura le fret jusqu’aux ports européens, ou la marchandise fut confiée à un transitaire européen, afin de la dispatcher.

 

  Le premier constat fait par le représentant de  Fruit- export porta sur la présentation. Le modèle des caisses utilisées , datait de la première guerre mondiale,alors que les emballages des pays concurrents, étaient minutieusement étudiés ,afin de répondre aux exigences du marché, de notre temps.

 

    Pour écouler les ananas bolonguis pourtant très prisés,le transitaire dut transvider les caisses, afin de mettre ces fruits dans des cagettes appropriées. Le nouveau conditionnement, entraîna des frais supplémentaires .Lorsqu’on en vint aux comptes,la  Fruit -export trouva la facture plutot salée .On accusa le commissionnaire  d’être de connivence avec les colonialistes, qui ne pardonnaient pas au Bolongui, la récupération de ses richesses.

 

   Après le transitaire, ,la compagnie maritime préleva son du... Il ne resta même pas de quoi couvrir les frais de Fruit- export  pour l’enlèvement et le conditionnement d’où, la demande d’indemnisation pour combler son déficit. Les paysans coopérateurs qui s’attendaient à être bien rémunérés, se virent réclamer de l’argent !..Ils n’en revenaient pas…

 

Ayant appris les faits,un gros commerçant ironisa :  C’est ça, le socialisme ! dit-il.

 

Ce qui consterna les Bolonguis,c’est de voir les meilleurs fruits,sélectionnés pour l’exportation,se vendre à Paris,Londres,ou Amsterdam,deux fois moins cher que chez eux ..en plus ,ajouter de l’argent. !?..

 

Le gouvernement envisagea de convertir une partie des immenses hangars de stockage du sisale en usine de transformation de produits agro-alimentaires ;mais on s’aperçut que l’emballage en fer blanc ,dépendait exclusivement d’une multi -nationale très proche de l’ex-puissance coloniale ;ce qui coupa court au projet.

 

Ces déconvenues et bien d’autres,eurent ,un effet désastreux et démobilisateur chez les paysans…le système D et la corruption se développèrent à une vitesse effroyable.

 

   Tel coopérateur utilisa les prêts d’équipement pour se payer une seconde et jeune épouse ; un mariage fastueux…Des cas de négligences dans le travail se multiplièrent, entraînant une baisse alarmante,de la production. On assista même à des actions inconscientes de sabotage. Tel membre d’un collectif empala sciemment, à coups de fourche, une Holstein,vache laitière racée, importée à grands frais et très productive en lait,afin de justifier sa réforme et son abattage, pour se partager la viande,à bas prix.

 

    La misère regagna la campagne, mais,ayant goûté à une vie meilleurs,la population rurale ne pouvait plus la supporter, comme du temps de la colonisation. Les habitudes de consommation changèrent rendant le pays plus tributaire ,de l’étranger L’eau courante,l’électricité,sans compter les produits alimentaires,de première nécessité, n’étaient plus considérés, comme un luxe,mais un besoin minimum, sans lequel la vie , serait insupportable.

 

  Au niveau des villes,les mesures drastiques, de restrictions ,dues à la baisse brutale du revenu nationale ,provoqua un mécontentement général. Les pénuries permanentes favorisèrent le système  Piston et le marché noir .Le temps des vaches maigres étant là,personne n’avait le moral pour l’accepter .Seuls les riches supportèrent cette austérité ,qui élargit le fossé ,les séparant de la  piétaille .Mais ils se gardèrent d’afficher publiquement leur satisfaction. Premiers à se plaindre,ils critiquaient ce Pouvoir ,qui ne leur laissait pas les coudées franches , pour  travailler ,.A titre d’exemple,ils citaient les pays  développés ,ou l’on ne manquait de rien…

 

  Les militants du Rassemblement  essayèrent de calmer le jeu , par des arguments peu convaincants. Erodés par l’esprit routinier,eux- mêmes , restaient à convaincre…

 

                                        A suivre…

 

publié par arabdiou dans: observateur
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