Lundi 16 Avril 2007

Le mutisme est complet sur ce point, refoulé au tréfonds du subconscient occidental, un point noir de la conscience, telle une consigne implicite, comme la marque d’une connivence entre la classe politique française et la communauté journalistique.

 

Le sujet fâche, car il fait tâche. Au risque de s’exposer à l’accusation d’antisémitisme, il importe toutefois d’assumer le risque de troubler la bonne conscience léthargique occidentale pour la placer face à ses responsabilités, tant il est vrai que la solidarité aveugle avec l’occupation sioniste de la Palestine ne saurait occulter le débat de fond que cette question pose tant au niveau du droit que de la morale.

 

Cette question revêt d’autant plus d’actualité que la chorale de l’armée sioniste a organisé, fin décembre 2006, en France, une tournée de collecte de solidarité en compagnie de la famille du caporal Shalit, sans la moindre objection des pouvoirs publics ou de la presse, sans la moindre attention pour les dix mille prisonniers palestiniens et arabes détenus abusivement, parfois sans jugement, par les autorités d’occupation sionistes.

 

Sauf à considérer l’occupant sioniste comme le fer de lance du combat occidental contre l’ensemble arabo-musulman et que son service dans l’armée sioniste constitue une forme déguisée de coopération stratégique militaire franco-sioniste. Le service militaire dans l’armée sioniste constitue-t-il désormais un passage obligé à des promotions politico-administratives en France ? Préfigure-t-il la collaboration future entre les diverses composantes de l’ « axe du bien », telle qu’elle est préconisée par les néoconservateurs américains et leurs relais français ?

 

A la faveur de la dégradation du climat international consécutive aux attentats anti-américains du 11 septembre 2001, de la guerre d’Afghanistan (2001-2002), de la guerre contre l’Irak (2003) et de la nouvelle guerre du Liban (2006), ainsi que de la transposition du conflit arabo-sioniste en France, une bataille intellectuelle à coups de censure et d’accusation de racisme fait rage dans ce pays, qui constitue à la fois le plus important foyer musulman du monde occidental et le lieu d’implantation de la plus forte communauté juive d’Europe.

 

Une profusion d’experts occidentaux :

 

Michel Houelbecq, Claude Imbert, Maurice Le Dantec, Alain Finkielkraut, Yves Charles Zarka, Yvan Rouffiol, Alexandre Adler, Georges Frèche, Pascal Sevran…

 

Pas un jour ne passe sans qu’un ouvrage n’annonce des révélations sur ‘’les islamistes’’, thème à la mode des marchands de sensation, pas un jour sans qu’un « islamologue », ces personnes qui se déclarent spécialistes de l’Islam, n’apparaisse sur les écrans de télévision pour donner sa propre explication du « phénomène du terrorisme islamiste » ou de l’arriération du monde arabe.

 

Cette littérature se nourrit d’ailleurs de l’actualité particulièrement abondante en ce domaine, dont les derniers en date sont l’attentat de Madrid, le 11 mars 2004 en représailles contre la participation de l’Espagne à la guerre contre l’Irak - et qui a conduit à la défaite électorale du premier ministre espagnol José Maria Aznar - ou encore les attentats de Londres en juillet 2005.

 

Les Arabes eux-mêmes ne se privent pas non plus de la nourrir par l’étalage de leur division, et beaucoup de commentateurs occidentaux ont puisé dans l’échec des derniers sommets arabes justification à leurs analyses ou à leurs préjugés anti-arabes, de même que la prise de distance opérée par les régimes arabes contre les résistances antisionistes du Hezbollah libanais, Hamas Palestinien et la résistance irakienne.

 

Certes, les Arabes sont pour des raisons multiples responsables de la situation déplorable dans laquelle ils se trouvent. Il n’est, pour s’en convaincre, que de relire le remarquable « programme sur le développement humain » pour 2003 réalisé par un groupe d’experts arabes, qui y recense à l’origine du handicap arabe, plusieurs gros maux notamment l’analphabétisme, la pauvreté, l’autoritarisme des régimes politiques, l’absence de liberté, l’iniquité entre les sexes, l’intolérance à l’égard des minorités, etc.

 

Mais la profusion d’experts occidentaux est impressionnante, voire même préoccupante, au point de se demander si certains experts ne souhaitent mettre à profit ce regain d’intérêt pour la sphère arabo-musulmane pour y consacrer des stéréotypes dans l’imaginaire occidental.

 

Après le romancier français Michel Houelbecq, qui avait jugé « stupide » la religion musulmane, l’italienne Oriana Fallaci, qui avait dénoncé la saleté et l’arrièrisme des Arabes, et l’aveu d’un grand journaliste français Claude Imbert, directeur de l’hebdomadaire « Le Point », se déclarant « islamophobe » un ouvrage collectif, réalisé par une soixantaine d’universitaires français et arabes, consacré à « L’Islam en France », et édité par « Les Presses Universitaires de France » (PUF), apporte une touche intellectuelle et scientifique à cette nouvelle xénophobie anti-arabe.

 

Numéro hors série de la revue « Cités », la publication illustre sa couverture par une gravure reproduisant un musulman au nez crochu, tenant le Coran par la main et tournant le dos à la République. Curieux retournement des choses : l’ancien stéréotype d’identification des Juifs est désormais applicable aux Arabes et aux Musulmans. Curieux procédé qui consiste sous couvert de critique à pratiquer le dénigrement, sous couvert de lutte contre l’antisémitisme à favoriser un anti-arabisme.

 

Plus regrettable est que cette publication ait été cautionnée par un professeur de philosophie de la prestigieuse université parisienne «  La Sorbonne  », mais l’universitaire en question, Yves Charles Zarka, pense au contraire travailler à la mobilisation des esprits en France, qu’il considère comme le principal champ de bataille du conflit entre l’Occident et l’Islam. « Face à l’esprit de conquête, il faut développer l’esprit de résistance », écrit-il, en affirmant que la France est menacée par « la constitution d’une minorité tyrannique » qu’il importe de combattre.

 

Il ressort de la lecture de cet ouvrage le fait que l’image de l’Arabe se réduit à quelques images fortes, (délinquance, fanatisme, antisémitisme). Sous l’apparence scientifique, l’analyse est simpliste, sans que ces intellectuels n’aient jugé bon de se pencher sur les véritables raisons de la violence antioccidentale du monde arabo-musulman, ou de la xénophobie anti-arabe ou musulmane des occidentaux.

 

Une radicalisation des esprits et du langage prend corps en France avec la banalisation du racisme ordinaire au quotidien cautionné par de grandes figures de l’intelligentzia ou de la classe politico-médiatique.

 

L’auteur fera grâce aux lecteurs des embardées répétitives et de leur impunité corrélative d’Alain Finkielkraut (l’équipe de France de foot black, black, black, risée de l’Europe), du parlementaire socialiste Georges Frêche sur le statut de « sous hommes » qu’il assigne aux Harkis, ces anciens supplétifs musulmans algériens de l’armée française, ou encore l’eugénisme préconisé par une vedette de la télévision publique, Pascal Sevran, en vue de réduire les capacités génésiques des Africains et de stériliser leur reproduction, dans la pire tradition hitlérienne, de même que celles les deux éditorialistes vedettes du "Figaro" le journal du grand capital, Yvan Rioufol sur le "nazi-islamisme" et d’Alexandre Adler sur le "fascisme vert" et de l’universitaire Robert Redeker.

 

La neutralité, l’objectivité et l’impartialité, qui caractérisaient jadis le travail universitaire, ne sont plus de mise face à la violence de la bataille, dont la polémique sur le port du foulard islamique et le tollé suscité par les biens pensants de l’équipe de l’hebdomadaire satirique Charlie hebdo, autour de Philippe Val, à propos des caricatures du messager de l’islam Mohammed (ou Mahomet comme l’occident l’a renommé), l’hiver 2006. n’en sont que les derniers avatars.

 

Neufs intellectuels spécialistes de l’Islam, parmi lesquels Olivier Roy, grand connaisseur de l’Afghanistan, et Jocelyne Cesari, spécialiste de l’Islam européen, qui avaient pourtant contribué à ce numéro hors-série des PUF, ont admis dans un communiqué commun avoir été « piégé » par cet ouvrage de « propagande ». Le mensuel « le Monde diplomatique », dans sa livraison du mois d’Avril 2004, a dénoncé ce procédé considérant qu’il s’agit d’un nouvel habillage du racisme.

 

A noter qu’aucun de ces ouvrages, ni celui de Houellbecq, ni celui de Fallaci, pas plus que la revue « Cités », n’a fait l’objet d’une censure ou ses auteurs poursuivis en justice pour incitation à la haine raciale. Il n’en est pas de même pour les écrivains de l’autre bord.

 

L’exaspération du débat est telle que par un effet de transposition, toute critique vive de la politique d’occupation sioniste, qu’elle émane d’arabes, de musulmans ou même d’intellectuels ou de personnalités de tradition culturelle ou religieuse juive, est assimilée à de l’antisémitisme, vocable inapproprié à plusieurs égards.

 

Ainsi quand l’écrivain Renaud Camus, auteur d’un livre sur « la campagne de France », relève que les principaux chroniqueurs de France-Culture, la radio de l’élite culturelle française, radio d’état tout de même, sont de confession juive, un tollé accueille ses propos, relayé par le Journal « Le Monde », qui l’accuse de favoriser l’antisémitisme. Renaud mentionne ce fait dans quelques pages, d’une manière incidente, dans un volumineux ouvrage de 700 pages. Mais cela a suffi pour que soit déclenchée une campagne contre lui. Mais quand un auteur de roman policier, Maurice Le Dantec, se lie avec un groupe d’extrême droite française, et justifie la violence anti-arabe et antimusulmane, son éditeur, la prestigieuse maison d’édition Gallimard, se contente de déplorer ses propos sans pour autant rompre sa collaboration avec lui.

 

Cédant à l’esprit du temps, Jean Jacques Aillagon, l’ancien ministre de la culture, sur simple coup de fil de son ami l’écrivain Bernard Henry Lévy, a ainsi déprogrammé un film réalisé par un juif sioniste, Eyal Sivan, et un palestinien, Michel Khleifi, intitulé « La route 181, fragments d’un voyage en Palestine… » au motif qu’il présente une vision « unilatérale » du problème arabo-sioniste. L’ancien ministre a ordonné la censure sans même se donner la peine de visionner le film au préalable, sans même se rendre compte que ces deux cinéastes professionnels, venant de deux bords opposés, en entrecroisant leur regard, apportaient une vision synthétique du problème.

 

La complaisance mondaine ne saurait tenir lieu de politique. Aillagon a été écarté du gouvernement Raffarin à la suite de la déroute électorale de la droite aux dernières élections régionales françaises, le 28 mars 2004, recasé à Venise par l’ami de Bernard Henry Lévy, l’homme d’affaires François Pinault. Mais le film documentaire continue de développer son audience. Toutefois le cinéaste Eyal Sivan n’a pu s’épargner l’accusation d’« antisémitisme » que lui a infligée, en toute impunité, l’un des chefs de file de ce courant Alain Finkielkraut.

 

Bien pire, Le CRIF, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, qui se doit, en tant qu’instance d’intermédiation auprès des pouvoirs publics, favoriser la cohésion nationale et le dialogue interreligieux, dénature son rôle en se plaçant à l’avant garde de la lutte anti-arabe.

 

Le président du CRIF, en personne, M. Roger Cukiermann, s’est ainsi félicité publiquement, sans être désavoué, du succès du chef de l’extrême droite française, Jean Marie Le Pen, aux élections présidentielles de 2002, en considérant qu’il s’agit d’une « bonne leçon aux Arabes ». Nulle personnalité de premier plan française, ni politique, ni religieuse, n’a émis une protestation à cette occasion.

 

De même, lorsque des organisations juives organisent des concerts de gala pour récolter de l’argent pour l’armée sioniste et « le bien être du soldat juif », nul, non plus, ne se hasarde à critiquer cette opération de promotion d’autant plus inopportune et provocante que son principal bénéficiaire apparaît, tout de même, au regard du Droit international, comme une « armée d’occupation » en Palestine, Syrie, Liban et Jordanie. Pas une critique lorsque la chorale de l’armée sioniste organise, fin décembre 2006, une tournée de gala en France en compagnie de la famille du caporal Shalit et des deux autres soldats sionistes capturés par le Hezbollah, occultant le sort des dix mille prisonniers libanais, palestiniens et arabes croupissant dans les geôles sionistes sous un régime qualifié par l’ancien président américain Jimmy Carter de « régime d’apartheid ».

 

Pas une critique non plus quand l’occupant sioniste se livre à une destruction systématique du Liban, en violation flagrante du Droit Humanitaire International, trouvant comme argument une représailles à la capture de deux soldats sionistes au sud-Liban.

 

Indice complémentaire de la dégradation du sens civique national, pas une objection n’a été soulevée pour contester la qualité de "Français" au caporal Shalit, "le nouveau soldat Ryan" des temps modernes. Plus grave, nul dans la classe politique ou la presse ne s’est hasardé à soulever le problème de la dualité d’allégeance dans l’exercice de responsabilités politiques ou militaires en France, particulièrement en temps de guerre.

 

Une haine imaginaire ?

 

De son côté, Le CRIF s’est opposé, dans le passé, à des opérations pédagogiques comme pour maintenir le clivage ambiant. Il s’est ainsi notamment opposé à la tenue d’une conférence de presse, dans un collège de Nice dans le sud de la France , de Mme Leila Shahid, ancienne représentante de la Palestine en France, au motif que l’école française ne devait être un lieu de débat en France.

 

publié par arabdiou dans: observateur
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Commentaire n° 1 posté par: cheap viagra(site web) le 16/04/2007 - 12:25:57
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