Lundi 26 Février 2007

vvv

      L’année de la culture dites vous ?

 

      Ils me font rire.. de tristesse..

 

         2ème partie.

 

Voir plus bas, la 1er partie..

 

                                                 

 

 

Durant la meme période l’Algérie en guerre continuait à défrayer la chronique internationale ce qui, du point de vue commercial, constituait un avantage que n’ignorait aucun éditeur soucieux de rentabilité.

 

Malgré ces atouts ,les publicistes tenaient compte du courroux éventuel du gouvernement Français et des menaces des organisations de droite contre ceux qui manifestent des tendances amicales à l’égard de »l’Algérie non Française.. ».Mais pour franchir ces obstacles, mes amis belges étaient disponibles. Des lettres furent envoyées aux éditeurs. Celles ci ne tardèrent pas à avoir de l’effet. L’un d’eux ,se proposa.

 

…et voilà que Mohamed Arabdiou, dont le seul diplôme était un malheureux certificat d’études primaires ,n’ayant appris à manier le français que grâce à la lecture effrénée de journaux et autres tracts, se permet de faire la fine bouche et à poser des conditions pour la publication de son roman. !

 

1°)Pas de correction par l’éditeur ,les fautes d’orthographe ayant été éliminées par mes amis.

 

2°)Je rêvais de réaliser tôt ou tard un film à tirer de mon roman, je tenais donc à conserver mon droit total d’adaptation.

 

A part cela ,j’étais près à toutes les concessions.

 

…L’édition de mon livre me donna le sentiment de devenir « quelqu’un » .Du coup ,je pensais que ma tenue perpétuellement débrayée ,n’était plus de mise. Heureusement ,je venais d’acheter une belle veste et un pantalon assorti qui me permirent, le jour venu, d’ètre présentable..

 

Je me souviens encore de l’entrée de l’établissement ou se déroula la réception. Depuis le trottoir, elle était couverte d’un tapis rouge. Les tables étaient bien garnies. Cette ambiance était fort impressionnante pour le jeune Algérien encore colonisé. Je fis quand meme l’effort pour ne pas perdre contenance. Des reporters me mitraillèrent de leurs appareils .Leurs flashs m’éblouirent..

 

En fait, les grandes vedettes de cette soirée, c’étaient les journalistes invités pour la circonstance…Là ,je me rendis compte de l’importance des hommes des médias, ces journalistes !Tout  avait l’air de se faire pour leur plaire…je n’étais qu’un prétexte pour les courtiser..

 

Décrire l’émotion avec laquelle je découvris le premier exemplaire imprimé de «  la Pièce d’Argent » risque de me faire verser dans le « mélo ».Sur la couverture était gravée en rouge les nom et prénom .Mon  portrait était reproduit au verso de l’ouvrage..

 

En RFA,je remis 300 exemplaires aux frères qui les dispatchèrent a travers les cellules du FLN.C’était en février 1962.Quelques semaines après ,ce fut le 19 Mars.. »Adieu veau vache cochon couvée.. »Déjà, on ne trouvait plus personne habilitée à régler mon problème .Mais que pouvaient peser 300.000 F.F devant la nouvelle explosive que constituait la signature des accords d’Evian, concernant l’indépendance Nationale de mon pays ?  Tahya el djazair !.l’argent je m’en fichais…ce n’était pas l’avis de l’éditeur.

 

Peu de temps auparavant ,je lui avais transmis 10.000 francs belges correspondant au prix de la première centaine d’exemplaires vendus .Pour le reste, adios !..

 

Malek fut remplacé par  Bachi Boumaza (futur président du Sénat) qui venait de s’évader de prison en se déguisant en gardien. Il en était sorti tranquillement ,mêlé au public..

 

A la lecture de «  La Pièce d’Argent »,le frère Bachir fut très enthousiaste mais ensuite, il me réprimanda. »Une œuvre pareille ,me dira t il, la faire paraître à Bruxelles, c’était la dévaloriser.. »En effet, les ouvrages en langue française ,meme d’origine belge ou autre, se publiait à Paris.. »Si j’avais eu le manuscrit, ajouta il ,je l’aurai fait préfacer par Jean Paul Sartre ,il aurait connu autant de succès que « la question  d’Hentri Alleg. «  Avec des  Si pensai je alors, que ne peut on faire ! »

 

J’expliquais à Bachir mon désir de réaliser un film. Mon idée lui plut .Il me promit une rencontre avec George Arnaud, journaliste bien connu, auteur du scénario « le salaire de la peur ».Nous devions nous rencontrer à Friebourg.  Mais entre temps ,les évènements se précipitèrent .Le frère Bachir me demanda un rapport sur la procédure que j’avais suivi ..un rapport que je rédigeais hâtivement et sans conviction, en sachant très bien qu’il ne pouvait avoir d’effet. pour cause,… vive l’Algérie indépendante !

 

La critique belge fut très favorable à mon roman. Hélas, mon inexpérience et peut-être l’habitude du travail clandestin qui se transforma en réflexe, m’amenèrent à ne rien garder après lecture ,à tout détruire ..Ce n’est que tardivement que je m’efforçai de récupérer quelques articles. Un « papier » parut tellement bien qu’il fut publié sur la jaquette en guise de présentation.

 

Les accords d’Evian n’apportèrent pas la paix puisqu’ils firent déchaîner l’OAS contre la population Algérienne consacrant le divorce entre les deux communautés. Pour notre peuple ,le principal avantage était d’ordre moral. Qu’on imagine une cocotte minute comprimée sous le feu ardent de la répression ,puis la brèche qui provoque l’explosion. .Phénomène significatif ,des harkis notoires se mirent à se rendre massivement non sans déployer un zèle dont seuls sont capables, les combattants de la onzième heure..

 

A cette époque, la critique littéraire qui me fit le plus chaud au cœur, ce fut sans conteste celle « d’ElMoudjahid «  l’ hebdomadaire et organe central du FLN,imprimé jadis en Jogoslavie et publié  en Tunisie. Voici son contenu :

 

 

«  La Pièce d’Argent »,la petite pièce de 10 francs sur laquelle se lit la devise fameuse « liberté, égalité fraternité »,Boualem l’a gardé en souvenir du jour de misère ou son fils la trouva dans la rue, et Zineb, sa femme, la reprendra sur le cadavre plein de sang et de boue qu’exhiberont les chacals de la pacification, le cadavre de BOUALEM chef politico militaire régional. Image d’une fidélité, symbole d’une confiance que Boualem dela grève avortée au maquis a juré a son peuple. Et avec lui Mohamed Arabdiou ouvrier militant qui, dans ce livre, dit comme il parle, ce qu’il a vu, ce qu’il sait des hommes de son pays ,de ses frères, comme ils ont vécu ,comme ils sont morts, parce qu’ils voulaient vivre autrement.

 

Encore un livre sur la guerre ?Oui, mais «  La Pièce D ’Argent «  dans la vaste bibliothèque née de 54,résiste à l’étiquetage .Arabdiou ,c’est une espèce de Douanier Rousseau qui aurait troqué ses couleurs contre de l’encre ,sans rien perdre de sa fraîcheur directe et de son réalisme .La bonhomie des dimanches banlieusards a cédé la place aux jours d’angoisse et de courage du bled Algérien et la noce à la campagne »devient le bal parisien des Nord’AF .Sans grincement, ni amertume ,sans fatalisme non plus.

 

Un roman ? C’est si peu composé, si mal écrit…Un témoignage ?Mais les lieux et les hommes ne disent pas leur nom. Un dossier ?Moins encore : Celui là est instruit depuis longtemps. On a parlé de film :peut etre,eu égard à la technique qui fait penser à des flashs successifs ,mais sans les portraits ,ni les images auxquelles ARABDIOU ne s’arrête guère .Il sait trop que les gestes qu’il saisit comme  au vol ,n’ont pas besoin de support, qu’ils sont à tout le monde ,d’existence quotidienne et de vérité. Tableau de mœurs ?Si l’on veut, mais c’est aussi une histoire ou l’amour de loin l’emporter sur la haine, car le regard s’adresse à l’essentiel et les protagonistes sont vivants ,de chair et de pensée exactes C’est à dire ni noirs ni blancs ,ni petit ni grands, couleur d’hommes .Avec un peu d’épique et de dérisoire ,sur l’arrière plan d’un choix jamais remis en question parce qu’il est celui de la plus juste cause, avec beaucoup de tendresse ,le récit suscite et maintient l’émotion. Et Arabdiou a évité ce piège de la maladresse qu’est le facile mélo, parce qu’il est lucide et conscient, comme un travailleur  ,comme un homme du peuple, comme un authentique militant.

 

L’algérie dit on manque de cadres ? La Pièce d’Argent » vient à point rappeler aux obsédés de diplômes et aux maniaques qui confondent systématiquement la Révolution avec le baccalauréat (afin de mieux l’enterrer ?) qu’il y a aussi quelques milliers d’ARABDIOU,tout prêtsn’en doutons pas, à prendredu service. »

 

 

En Juillet 1962,je regagnais Alger et rencontrais le frère Salah Louanchi chargé de préparer un nouveau journal quotidien. Noël  Favrelière un « para » artiste peintre ,qui déserta l’armée colonialiste en libérant un moudjahid (voir son  livre, désert à l’aube) dessinait le titre intitulé « Le Peuple ».Du coup je lui  proposais un exemplaire du « Peuple « Bruxellois en guise de modèle pour inspiration..Salah me promit de m’engager comme journaliste mais Henri Alleg le devança..

 

 

            Lors du cessez le feu,le 19 Mars 62,tout le monde chantait et dansait .Ma première réaction fut de prendre le train pour Cologne pour voir ce Brahim et lui rentrer dedans, sans qu’il comprenne les raisons de mon coup de poing .Les hommes présent se précipitèrent pour me ceinturer. Quelqu’un me sauva du massacre, en leur disant. . »..Arrêtez ne le frappez pas ,c’est un écrivain Algérien !…Cet homme avait sans doute lu «  La Pièce d’Argent » qui venait d’être distribuée par la filière FLN. Je n’étais qu’un modeste auteur  et cet homme me traitait  « D’écrivain »..C’était beau à entendre…

 

                                  Mohamed Arabdiou

 

publié par arabdiou dans: observateur
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