Point de vue :
Par Mohamed said AlAshmawi-Haut magistrat egyptien
L’islam politique - 4 – éditions Laphonique –Bouchène.
L’idée de la souveraineté de dieu
Le slogan « Dieu seul est souverain »est apparu à l’occasion d’un conflit politique,en tant que procédé politicien de type tyrannique,visant à la conquête du pouvoir. Chaque fois qu’il est réapparu depuis,il a la même signification .Ainsi,de nombreuses sectes Kharijites sont apparues dans l’histoire :Azraqites et Najadat,Ibadites et Souffrîtes,etc.…Toutes sont toujours restées aux yeux du reste des musulmans ? des kharijites,c’est-à-dire des dissidents qui,par le meurtre et la terreur,se sont d’eux-mêmes exclus de l’islam et du consensus unanime(ijma)de la communauté musulmane .Tout se passe comme si celle-ci avait oublié qu’ils tirent cette dénomination du conflit qui les opposa à Ali,tant elle correspond bien à leur vraie nature de dissidents de l’islam .En ce sens,le terme de kharijite est moins un nom désignant un groupe de sectes ,qu’un qualificatif servant à désigner tous ceux qui,manipulant le langage et exploitant la religion pour parvenir à leurs fins politiciennes,se placent hors d’elle et de sa loi.
Les Kharijites ont parfois prétendu qu’ils avaient pris les armes contre la société parce qu’elle n’était pas gouvernée par ‘Ali, mais ce n’était que manœuvre politique de leur part. En fait,tout au long de l’histoire,ils sont restés opposés à ‘Ali comme à tous les gouvernants,leur déniant toute légitimité et ne leur reconnaissant aucun mérite .Et cela parce qu’au cœur de leur doctrine , figure ce refus de tout gouvernant qui ne sorte pas de leurs rangs,refus par lequel ils s’autorisent à répandre la terreur et la violence dans la communauté,à verser le sang,outrager les honneurs et piller les biens.
En réalité,la doctrine de la souveraineté de Dieu,dans sa dérive politicienne,n’a rien à voir avec l’islam .Elle est apparue pour la première fois dans l’Egypte ancienne :A l’époque,le pharaon était considérés comme l’image de Dieu sur terre et la seule source de légitimité politique et religieuse Ainsi,lorsque les tribunaux prononçaient une condamnation à mort,la sentence était déférée au pharaon,seul titulaire,en vertu de son sacerdoce,du droit de retirer la vie de ses sujets,et s’il la confirmait,elle devenait littéralement un « jugement de Dieu ».Jules César,occupant l’Egypte,fut séduit par cette conception du pouvoir et voulut à son tour devenir un souverain divinisé,ce qui provoqua la révolte de ses lieutenants et son assassinat par son fils naturel Brutus. Plus tard,au moyen age,des philosophes et des théologiens recoururent à cette même notion pour légitimer le pouvoir des princes et rois européens,en expliquant soit que le prince est l’ombre de Dieu sur terre,soit qu’il gouverne en vertu d’un droit divin,soit que son accession au trône et ses actes sont dirigés ou encadrés par la volonté divine .Dans tous les cas,la souveraineté du prince se confondait avec celle de Dieu.
Or l’une des plus grandes œuvres de l’islam a justement été de libérer l’humanité de l’adoration de toute autorité humaine,prince,prêtre,ou autres chefs. L’islam ne reconnaît et n’impose à l’homme d’autre adoration que celle de Dieu,et considère toute servitude de l’homme par l’homme,librement consentie ou imposée,comme un reniement du Tout-puissant et de sa loi. C’est là la raison pour laquelle il n’y a pas un verset et pas un hadith qui s’occupent d’organiser le pouvoir politique,d’attribuer des droits déterminés aux gouvernants,ou de donner une quelconque compétence aux clercs.Il y a en fait dans l’islam une conscience aigue que tout pouvoir politique,dés lors qu’il se fonderait sur un droit religieux,dériverait vers une tyrannie dans laquelle les hommes substituent l’adoration du prince ou du clerc à l’adoration du Dieu Unique.
A suivre..


