‘Au fil des jours,une vie..’ De Mohamed Arabdiou
Troisième partie
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Pour moi, crier,»L’indépendance n’est qu’une étape ! », ce n’était pas un simple slogan destiné à haranguer les foules. Lors d’une interview accordée au « Peuple » quotidien Bruxellois du 12 Mars 62,je répondais sans ambiguïté que « L’Algérie sera socialiste et procèdera à une profonde réforme agraire, à un recensement des richesses et une industrialisation urgente.. »
Cette déclaration reflétait la tendance prédominante du FLN et de mes convictions nationalo progressistes. La conception et le mode d’application du socialisme par Joseph Broz Tito père de
Dès le mois de Juillet ,les gens commencèrent à traîner la savate. Les lampions s’éteignirent vite , mais la dure réalité demeura. Chacun devait gagner son pain quotidien. Ce n’était pas facile. Les quelques entreprises existantes étaient fermées pour cause de départ des Européens. Les caisses de l’Etat étaient vides. Le »trésor » du FLN constitué par les cotisations des travailleurs émigrés , déposé en Suisse au nom de Khider était confisqués par des opposants au régime .Cet argent ,c’était le sang et la sueur de centaines de milliers de travailleurs émigrés qui, de gré ou de force, payaient les cotisations pour l’effort de guerre, parfois au détriment de leur famille nécessiteuses .Lorsque dans »Le Soir d’Algérie » du 21 Février 2001,madame Anissa Boumediène porta des accusations accablantes à l’égard d’anciens responsables dont Boudhiaf et Ait Ahmed aucun démenti n’infirma les déclarations de la veuve de l’ancien Président de
.Notre respect pour nos » historiques » nous impose de revendiquer une clarification à ce sujet.
Ma chance, fut d’avoir appris la photographie en République Fédérale Allemande, alors qu’il n’y avait pas ou très peu d’Algériens, à exercer cette profession. , Dans la nouvelle Algérie, tous les citoyens devaient changer de carte d’identité, Des milliers de résistants de la première heure ou ceux du 19 Mars, tenaient à fixer leur image, en uniforme Les familles de chouhadas s’empressaient de reproduire les photos de l’être cher, à jamais disparu Il y avait donc là,un marché considérable, à portée de main ;un filon à exploiter.. C’est ce que je fis, immédiatement. Cela tombait bien. De RFA, j’avais ramené un Rolleifflex. Je me procurais un matériel de développement et de tirage acquis pour pas cher et. .à moi la fortune !.Contrairement à beaucoup de monde, je n’eu pas besoin d’occuper, , un de ces locaux, abandonnés par les pieds noirs, en déroute, puisqu’ à Boufarik. mon père nous avait légué l’ancienne crémerie, devenue bonneterie. Il suffisait de transformer le fond de commerce en studio. .Il était fermé .Il l’est toujours..
Dès la levée du rideau, un monde fou, m’envahit J’avais du pain sur la planche et pouvais afficher un optimisme justifié ,Contrairement à bien des Compatriotes ,j’avais là, les moyens de subvenir à mes besoins et, même pour devenir riche. Pourtant, quinze jours après, je fermais boutique. Les membres de ma famille étaient consternés…. »Dieu t’a mis un pain tout cuit, à portée de main et tu le repousses ? » ..disait ma mère. Pour leur part, de nombreux clients, faillirent lancer un avis de recherche, pour récupérer les centaines de photos, que je devais reproduire Que m’était il arrivé ? Dans ma famille, tout le monde était commerçant .Mon père, mes oncles paternels et maternels, étaient dans le négoce Moi même ,j’avais grandi dans le monde des affaires même si, à une période de mon adolescence ,j’avais trimé chez les colons, je ne perdais jamais espoir de trouver un filon ,pour faire fortune.. En cet été 1962, en m’établissant à mon compte,dans la perspective de m’enrichir, au lieu de me réjouir, comme je l’aurai fait autrefois ,j’avais le sentiment de trahir ;un reniement ?..Pourquoi ce sentiment de culpabilité ? Ma mère n’y comprenait rien.
...Pendant que les gens que je considérais comme des fous inconscients, occupaient sans état d’âme, des villas ou des locaux commerciaux parfois bourrés de marchandises abandonnées par les pieds noirs, je passai mon temps à faire de la morale Révolutionnaire, en rappelant les foudres inévitables qui s’abattraient sur les contrevenants, dès la constitution d’un gouvernement stable. Je leur disais; »qu’ils ne perdaient rien pour attendre. . ».Le temps me démontra que le naïf, c’était moi..
Le 6 Juillet 62,en arrivant de l’étranger, je découvrais ma mère avec mes deux sœurs et deux cousins fils de mon oncle H ‘mida assassiné, complètement démunis mais encore sous l’euphorie de l’indépendance. Ils habitaient dans une baraque sordide, bâtie sur la terrasse du troisième étage d’un immeuble sur les hauteurs de Fontaine Fraîche à Alger. Deux années auparavant, elles avaient fui Boufarik ou Michel Robert qui désormais nous traitait de « fellagas »,harcelait ma mère lui rendant la vie intenable. Bien plu tard, j’apprendrais que ce fumier de commissaire avait humilié ma jeune sœur en la déshabillant complètement Il aurait fait violer par des harkis, une personne très proche de ma famille. Loin de nous déshonorer par ces pratiques, ce Michel Robert et ses sbires crachaient sur le drapeau tricolore de son pays.
Les retrouvailles furent émouvantes .En me serrant dans ses bras ,ma mère pleurait à chaude larmes.
A Alger, mes sœurs étaient mobilisées pour la cause et en étaient fières. Fatima était particulièrement active, avec d’autres camarades comme Khedidja Begtache,Houria Meddad (jeune veuve de chahid ).Elles donnaient des cours d’alphabétisation aux fillettes du quartier, participaient aux campagnes d’hygiène ou de reboisement à l’arbattache ,sous l’égide du Parti, dans une ambiance bon enfant de citoyennes libres .Le simple regard sur l’emblème Nationale les comblait de plaisir .Militante assidue, Fatima se retrouva membre de l’exécutif de la première UNFA ( Union Nationale des Femmes Algérienne) de l’Algérie libérée.
Après l’indépendance, le titre de moudjahid ,n’était pas seulement honorifique. Il ouvrait droit à de nombreux avantages qui n’échappèrent pas à la vigilance des opportunistes de tout bord. (à suivre)


