Référendum au Vénézuela :
Le Non l'emporte, Chavez doit revoir sa
stratégie
Deux cent mille voix auront suffit à infliger à Chavez une défaite politique importante, tant pour le Venezuela que pour l’ensemble de l’Amérique Latine progressiste.
Les raisons de ce revers des partisans de
Le référendum portait sur la possibilité donnée au président de se représenter indéfiniment ainsi que sur une soixantaine d’articles de loi modifiant la constitution. S’agissant de la première proposition, Chavez porte une responsabilité directe dans la défaite : en proclamant lors de diatribes interminables qu’il est prêt à se représenter jusqu’en 2050, il affiche clairement la volonté de devenir président à vie tel Moubarak ou Kadhafi. L’opposition, clairement soutenue par les Etats-Unis, a eu beau jeu de dénoncer le début d’un pouvoir dictatorial pour les quarante prochaines années. De plus, cette disposition n’était valable que pour le poste de président de
Autre point important qui a joué pour le non, la remise en cause du principe, certes dans certains cas exceptionnels, de la propriété privée. Citons une anecdote : une vieille femme à qui Chavez avait en personne trouvé une maison lors de son émission de radio « allo Présidente », a déclaré craindre que l’on le lui reprenne si le oui passait. Au Venezuela, la petite propriété est généralisée et les classes moyennes, en particulier, sont très rétives à toute idée de collectivisation. L’opposition a pu facilement affoler les petits propriétaires qui se sont mobilisés en masse.
A l’opposé, les mesures positives tels que la journée de travail de 6 heures ou l’élargissement de la sécurité sociale, proposition également contenue dans le référendum, apparaissent comme bien théoriques. En effet le Venezuela est un pays où l’on travaille très peu, le chômage déguisé étant la règle. La productivité est une notion peu efficiente sous ce tropique, comme dans d’autres pays bénéficiant de la rente pétrolière. Quant à la sécurité sociale, elle ne pouvait toucher que la classe moyenne, les habitants des « Barrios » (bidonvilles) étant déjà soignés par les médecins cubains. Or, ces classes moyennes disposent déjà d’assurances privées leur donnant droit à une médecine de qualité. Ainsi, les « pauvres » ne se sont pas mobilisés comme lors des élections présidentielles où Chavez avait recueilli plus de trois millions de bulletins supplémentaires que lors de référendum.
Enfin, le fait de pouvoir limiter le droit d’expression de la presse en cas d’établissement de l’état d’urgence aux modalités d’application peu claires n’a pas été favorable au oui. Comme beaucoup de pays d’Amérique latine, le Venezuela dispose d’une presse très violente, très polémique, au ton souvent ordurier, à l’image de la presse française de l’entre-deux-guerres. Il est difficile de se rendre compte de l’ampleur des attaques contre Chavez figurant dans les médias contrôlés par l’opposition. Mais les Venezueliens sont très attachés à cette liberté débridée où tout le monde s’insulte joyeusement. En voulant limiter la liberté de la presse, Chavez s’est mis à dos bon nombre de catégories sociales, en particulier les intellectuels et les étudiants. L’opposition a bien sûr « sur-joué » la menace sur les droits de l’homme, avec le relais de l’ensemble des médias internationaux pro américains.
Ainsi, Chavez a perdu : il semble d’ailleurs très affecté par cette première défaite en huit ans. Espérons qu’il saura en tirer les leçons. L’échec de la construction d’un parti Chaviste aurait dû l’alerter, la personnalisation du pouvoir empêche la construction d’une alliance populaire majoritaire et démocratique. Le peuple n’est pas simplement là pour applaudir le « leader », il doit être l’acteur principal du processus politique de transformation sociale…
(Philipe Hervé de Respublica)


