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Samedi 14 Octobre 2006

Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), à propos de l'article de Robert Redeker

 

 

 

 L’engrenage de la haine 

 

 

 

Institut de Relations Internationales et Stratégiques

 

http://www.iris-france.org/Tribunes-2006-10-05.php3

 

 

 

A peine le trouble provoqué par les propos de Benoît XVI sur l’Islam semble dissipé qu’une nouvelle polémique éclate avec force en France. Un professeur de philosophie, Robert Redeker, a été menacé de mort pour une tribune sur l’Islam publiée dans Le Figaro. Immédiatement, le débat sur la liberté ou non de critiquer l’Islam a été relancé. Les commentaires sur l’obscurantisme de cette religion, les dangers qu’elle peut faire peser sur les libertés publiques, voire même sur sa compatibilité avec les principes de la République française vont bon train.

 

Nul ne doit être menacé pour ses opinions. Nous devons donc être solidaires de Robert Redeker en tant que personne menacée pour ses écrits. Cette solidarité s’arrête là. Elle ne peut se transformer en solidarité avec les propos de ce dernier, particulièrement scandaleux. Lorsqu’il écrit « Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine » que « l’Occident comprend l’ouverture à autrui alors que l’Islam tient l’ouverture d’esprit et les valeurs démocratiques pour des marques de décadence » lorsqu’il dit encore que « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran », il va bien au-delà de la critique des religions ou du blasphème toléré en France. Il passe au registre du racisme pur et simple. Il se fait le propagateur conscient du choc des civilisations.

 

Robert Redeker est favorable au choc des civilisations. Ceux qui l’ont menacé le sont également. Ses idées sont nauséabondes, mais c’est bien sur le domaine des idées qu’il faut les combattre. Ses propos auraient pu même avoir une suite sur le plan juridique, car il contredit très nettement les lois françaises sur l’interdiction de propager la haine raciale.

 

Mais tout est fait pour que le débat soit piégé. Les menaces ont transformé Robert Redeker de coupable en victime. Plus personne ne parle du caractère raciste de ses propos, mais des menaces qu’il a subies. Or, les deux sont condamnables. Les injures racistes n’exonèrent pas les menaces, mais ces dernières ne doivent pas légitimer les propos racistes. Peu importe que toutes les autorités musulmanes aient condamné ces menaces – qui ont du être le fait d’une poignée d’individus, certains médias et certains responsables politiques ont tôt fait de créer un amalgame. On voit bien la mauvaise exploitation qui est faite de cette affaire, qui permet une fois de plus de stigmatiser non pas des musulmans qui ont dérapé, mais tous les musulmans en bloc.

 

La seule façon de sortir par le haut de ce débat piégé est d’appliquer les mêmes règles dans toutes les circonstances. La première est la réaffirmation solennelle de l’interdiction des violences ou des menaces de violence, Elles ne peuvent pas avoir place dans une société démocratique moderne. Ceux qui s’y livrent doivent être sanctionnés.

 

Seconde règle, cette affaire en dit long sur la dégradation du climat intellectuel en France. Il devient de plus en plus difficile de traiter du conflit du Proche-Orient, des relations monde occidental/monde musulman, sans se faire traiter d’antisémite ou d’islamophobe.

 

Il est pourtant facile de distinguer la critique légitime d’un gouvernement ou de telle ou telle personnalité appartenant à une communauté qui relève de la critique politique et du débat d’idées et le jugement sur une communauté prise dans sa globalité qui relève du racisme pur et simple.

 

Troisième règle. De deux choses l’une, soit l’on admet le droit de tout dire, y compris des injures raciales au nom de la liberté, en estimant que tout ce qui est excessif ne compte pas. Soit l’on considère que le climat est tellement lourd et explosif qu’il faut apporter certaines limites à la liberté d’___expression. En tous les cas, on ne peut pas plaider pour la première thèse dans certains cas et pour la seconde dans d’autres. Il faut avoir une ligne de conduite qui ne varie pas.

 

Pascal Boniface / Témoignage Chrétien / 5 octobre 2006

 

 

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