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Lundi 06 Août 2007

 

La Médaille et son Revers’- Roman de Mohamed Arabdiou édité en 1990.

 

 

OMNI SOIT QUI MAL Y PENSE….

 

 

 

Machahou   9ème partie..

 

Un calme relatif régnait dans cette partie de l’aéroport,quand un groupe de passagers déboucha en trombe du hall, menant vers la piste d’atterrissage. Quelques hésitations, puis ils se ruèrent en direction du poste de police,passage obligé vers la sortie.

 

        Un jeune homme aux lunettes fumées ,présenta son passeport au policier,en gardant la main tendue,façon de manifester son empressement à récupérer le document.

 

          Ce comportement déclencha chez l’inspecteur,le réflexe automatique .Malgré la foule qui se bousculait,il prit tout son temps, à examiner la photo. Il jeta un regard neutre sur le jeune homme .Enfin,il rangea la carte d’entrée,donna le coup de tampon,et tendit le passeport :

 

           -Merci,au suivant !

 

            Alors que l’homme se rendait au service bagages,le fonctionnaire ordonna à un de ses collaborateurs de le filer,puis il téléphona.

 

            -.. Non,rien à signaler…Il y a Sidki,vous savez ?L’étudiant qu’on avait coffré à l’époque,lors d’une tentative de manif contre l’Afrique du Sud…Il avait écopé de six mois .A Paris aussi,il s’est fait remarquer

 

 ..C est ça,il s’occupait des étudiants.

 

             Sur le bureau de l’inspecteur, était déposé le télex ou figuraient les noms des passagers de l’avion en provenance de Paris- Orly .Celui de Sidki,était souligné au crayon rouge. A coté de la liste,il y avait un dossier contenant la fiche signalétique de l’homme en question.

 

   -D’accord,c’est déjà fait,dit l’inspecteur avant de déposer l’écouteur.

 

    Dix minutes après Sidki retira ses valises,puis il héla un taxi. Un instant plus tard, il était chez lui ou ,avertie,sa famille l’attendait .Sa fille fut très heureuse de son cadeau,une énorme poupée, quoiqu’un peu étonnée du fait que celle-ci ne soit pas noire.

 

               Après un moment de détente,la maman se mit à prodiguer ses conseils habituels qui ;généralement,agaçaient Sidki .mais cette fois-ci,compte tenu des circonstances,il s’efforça d’écouter en lançant de temps à autre un  oui machinal.

 

-A présent que tes études sont achevées,j’espère, que tu vas te mettre sérieusement au travail.

 

Approuvant sa belle -mère,l’épouse ajouta :

 

-Nous allons enfin profiter de la vie..,nous aurons une voiture,une vidéo,comme tout le monde.

 

Là,Sidki  explosa :

 

-Les gens meurent de faim et toi tu penses à la vidéo !

 

-Ca y est ! ,le voilà qui recommence ..Tu veux encore une fois, jouer au boulanger pour fabriquer du pain à distribuer gratuitement, aux malheureux .Tu ne vois que les pauvres ?…Ceux qui s’enrichissent à tour de bras ,tu  les ignores ...Dans notre quartier,il y a au moins cinq qui ont la voiture,sans compter les somptueuses villas qu’ils ont construits.

 

-As-tu compté les gens qui n’ont pas le strict minimum ?

 

-Elle est bien bonne celle-là !..Mais moi,je ne suis pas le bon Dieu !Qui s’est soucié de nous,lorsqu’on t’avais jeté en prison ?

 

-Des gens sont venus vous remettre de l’argent ,que veux-tu de plus ?

 

-De quoi payer le loyer et le boulanger,on nous a fait la charité.

 

-Quand c’est nécessaire,il faut savoir patienter

 

-Nous avons tenu le coup,quand tu étais derrière les barreaux .Nous avons patienté, tant que tu étais à l’étranger, pour tes études .A présent,ça suffit !Nous aussi,nous voulons vivre !

 

-Tu veux que j’aille voler, pour satisfaire tes caprices ?

 

-Nous ne te demandons pas tant que ça.

 

Tout ce que nous voulons,c’est que tu restes tranquille,la politique,c’est fini,laisses-en un peu pour les autres !répliqua la mère sur un ton de colère.

 

-Rassurez-vous,je ne suis pas politicien .A présent que j’ai des bagages solides,je compte bien me mettre au travail, au plus tôt,afin de gagner ma vie,comme tout le monde

 

A ces paroles,son épouse se détendit.

 

-Nous ne te demandons rien de plus.

 

Juste à cet instant,la fillette accourut :

 

-Papa,moi je veux une poule qui marche et qui pond des œufs comme celle de Fati notre voisine.

 

                                                       oooo

 

 

 Cela faisait plus d’une demi-heure que Sidki attendait .En regardant sa montre,il se demanda ,si on ne l’avait pas oublié,à moins que …Sidki commença à s’inquiéter.

 

    A Paris,son ami Doudou l’avait assuré qu’on lui réserverait bon accueil…Pour plus d’assurance,l’épicier avait pris soin de téléphoner…

 

Sidki prit une des revues , qu’il se mit à feuilleter,mais il n’arriva pas à lire une seule ligne ;se contentant de voir les images .Il déposa la publication et se mit à examiner la moquette ,ainsi que les fauteuils luxueux,sans doute importés à coups de devises…En face de lui,un rectangle de la cloison , en couleur plus claire , rappelait le portrait de l’ex-président Sambo , retiré hâtivement.

 

-Après trois mois,ils sont encore gênés de mettre la photo du nouveau patron, se dit Sidki.

 

    Le visiteur entendit la sonnerie du téléphone de l’appariteur .L’agent répondit,puis il se leva pour inviter Sidki , à le suivre,jusqu’à l’entrée du bureau du ministre.

 

Touré l’accueillit avec un large sourire,en lui tendant les deux mains.

 

Avant de s’asseoir,il appuya sur un bouton. Un homme frappa et entra .Touré demanda à Sidki, ce qu’il prenait L’invité commanda un thé. L’homme prit note et se retira. Cinq minutes après,il revint avec un plateau,qu’il déposa sur la petite table.

 

-Comment va Doudou,demanda Touré,c’est un vieil ami de la famille…j’ai reçu sa lettre. Il a également téléphoné .Cela prouve qu’il t’aime bien. Je sais, que tu as réussi tes examens avec mention .De nos jours,vois-tu,c’est ça,le vrai patriotisme,s’instruire,se former afin de nous libérer de la tutelle étrangère .Nous avons grand besoin de cadres comme toi ;dans tous les domaines. Quand es-tu arrivé ?

 

-Il  y a deux jours.

 

-Repose-toi une ou deux semaines Dés que tu te sentiras d’attaque, viens .Tout est prêt pour te recevoir…Tu seras mon conseiller juridique.

 

-Merci monsieur le ministre,mais je suis prêt…

 

-Tant mieux. Ah,j’oubliais…j’espère qu’à présent,les mauvaises fréquentations,c’est terminé. Le passé ? c’est oublié…Les erreurs de jeunesse,qui n’en a pas commis ?A présent,il faut avoir les pieds sur terre. C’est ça le vrai patriotisme,travailler pour construire le pays et non hurler avec les désoeuvrés qui ne savent rien d’autre , que l’agitation.

 

-Je ne connais pas de désoeuvrés,monsieur le ministre !

 

-A la bonne heure !...C’est ce que je voulais t’entendre dire…Cela me rassure. Tu verras que ce sera mieux pour tout le monde.

 

Le lendemain en arrivant, Sidki trouva prêt son bureau,installé à l’antichambre de celui de Touré.

 

A la secrétaire,il demanda , si le patron était déjà là. Tout en continuant à se limer les ongles,celle-ci répondit ,sur un ton de surprise.

 

-Pensez-vous !il n’arrivera que vers onze heures…Vous voulez un café ?

 

    Le même jour, durant la soirée,Sidki discute avec des amis,tout en jouant aux dominos.

 

- La C.O .M a bâti un empire sur le dos de notre peuple .A elle seule,elle possède plus de 100.000ha des meilleures terres .Elle a dévoyé nos paysans qui ne cultivent plus que le sisale .Résultats :nous ne trouvons plus de produits alimentaires locaux. Tout est importé,au point de changer complètement nos habitudes de consommation.

 

Cette monoculture aggrave notre état de dépendance..

 

Après un court silence,le partenaire de Sidki ajouta :

 

-Ils ont installé une usine,là ou nous devions construire un lycée

 

  -C’est tout de même une entreprise créatrice d’emplois,dit l’ancien étudiant.- Parlons-en de ces emplois .Sais-tu ce que gagne un ouvrier bolongui ?Même pas le tiers du salaire des Européens .J’ai vu les anciennes fiches de paye.

 

-Peu t- ère qu’avec le nouveau régime…dit Sidki.

 

-Quel nouveau régime ? C’est blanc bonnet et bonnet blanc,une révolution de palais.Sambo est parti,son gendre le remplace...

 

-Cela ne fait que trois mois, qu’il est au Pouvoir. Ce n’est pas suffisant,

 

Pour procéder à des reformes.

 

Il suffit de voir la composition de ce gouvernement, pour être édifié…

 

A son ami qui s’animait,Sidki rappela que c’était à son tour, de jouer. Ce dernier pensait tellement peu au jeu ,qu’il perdit la partie.

 

-Garçon !à boire !...

 

                                                    ooo

 

 Dans une cave désaffectée,à la lumière d’une lampe de faible intensité,un jeune homme tape maladroitement sur le clavier d’une machine à écrire. Un peu plus loin,les manches retroussées,quelqu’un tripote à l’aide de clés,des objets métalliques.

 

Assis sur une caisse en bois,Sidki relit un stencil. Découragé,l’homme à la clé, vient vers lui :

 

-Je crois que c’est fichu. La manivelle est bloquée parce que les billes de l’intérieur sont broyées .Il faut changer le roulement.

 

-Qu’attends-tu pour mettre un autre ?dit Sidki.

 

-Il faut d’abord le trouver. Cette ronéo date du temps de jésus Christ..

 

-Je vais écrire à des amis à Paris…

 

-Ca ne servira à rien. Là-bas,tu ne trouveras ça, que dans un musée…

 

Après un temps de réflexion,Sidki prit une décision.

 

-Bon,laisse tomber ton engin et viens me dicter le texte, pour voir si c’est conforme,dit-il en tendant quelques feuillets.

 

.. Grâce aux bons soins de ses dirigeants,le Bolongui devient une république bananière ...

 

                                      A suivre..

 

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