Pierre Déméron et la guerre des six jours…
Tiré du livre ‘contre Israël’
La victoire d’Israël en juin dernier, c’est entendu, est un chef d’œuvre de préparation et d’exécution diplomatique et militaire.
Le dernier en date de ses « Blitzkrieg » a donné à l’Etat hébreu,l’occasion d’occuper de nouveaux territoires arabes, qu’ils se promet d’annexer en totalité ou en partie, comme déjà Jérusalem proclamée capitale de l’Etat juif, dans le plus parfait mépris des résolutions de l’ONU .Il s’est ouvert de nouveaux ,et comme en 1956 à coups de canon, le Golf d’Akaba. Ses soldats campent au bord du canal de Suez .Il exploite aujourd’hui le pétrole du Sinaï… »Bravo petit » comme dit Jean Cau. (dans « Candide » du 31.7.67 ).
Pour un pays qu’on nous annonçait menacé d’extermination, voilà un retournement de situation qui tient du prodige…
Mais il y a des victoires qui coûtent cher. La victoire – éclair des panzers de Dayan à rendu toute solution du conflit israélo _arabe inimaginable, impossible tout dialogue autre ,qu’à coup de canon. Elle a fait perdre à Israël, devenant un occupant comme les autres, une bonne part du capital de sympathie que lui valait le martyre des juifs sous le nazisme .Elle l’a privé surtout de son arme la plus redoutable .Non pas de ces »Mirages » sur lesquels le général de Gaulle a fait mettre l’embargo, mais de l’arme psychologique irremplaçable qui transformait les adversaires de sa politique en statues de sel :l’infamante accusation d’antisémitisme, systématiquement portée contre ceux qui, se refusant à tout confondre- question juive et problème israélien- n’acceptaient pas d’approuver, en mémoire des innocentes victimes du nazisme, la politique d’Israël depuis son imposition en Palestine.
Trop utilisé depuis vingt ans,elle commençait de faire long feu. Elle est désormais inutilisable.
Elle l’est devenue depuis que, sur les grands boulevards, à Saint-germain des Prés, avenue de Wagram ,devant l’ambassade d’Israël, ou au Cirque d’hiver, dans les nombreuses manifestations de soutien à Israël, on a pu voir les antisémites de jadis et de toujours, fraternellement mêlés aux demi soldes de l’OAS,aux chômeurs du colonialisme, aux égorgeurs de Fatmas, aux défenseurs par le feu, par le sang et par l’eau des baignoires ,des valeurs chrétiennes, bras dessus, bras dessous avec des juifs « de France » qui brandissaient le drapeau israélien, chantaient en hébreu ‘l’Hatikva » et criaient « les Français avec nous « comme s’ils se considéraient comme étrangers.
Tous ceux qui avaient tout perdu, forts leurs préjugés ,et leur haine des « ratons » ,prenaient en ces jours de gloire –et sans danger- leur revanche par soldats et par courages interposés .La victoire de Dayan ,c’était leur victoire. Sur les klaxons « Israël vaincra » sonnait _ le hasard fait bien les choses_ Tititi -tata » comme naguère « Algérie Française « …
Tout Paris manifestait en faveur de cette « courageuse république »,comme l’appela Guy Mollet, menacée de génocide par « Nasser -Hitler » et ses hordes d’Arabes fanatiques au cimeterre toujours entre les dents : Edmond de Rothschild,Sammy Davis,P.Schmittlein à qui M. Bourgès _Maunoury ,l’homme de Suez, confiait « Ah ! si les Américains nous avaient laissés continuer en 1956 ! »Luis Mariano,qui regrettait sans doute de ne pas savoir l’hébreu, pour chanter « l’Atikva « comme tout le monde, le publicitaire M .Bleustein -Blanchet,Mme Soustelle dont le mari aurait tant voulu appliquer une solution à »l’israélienne » à l’Algérie, le grand rabbin Kaplan, Richard Anthony, le général Koenig, héros de Bir Hakim, allié d’affaire de Marcel Dassault et président de l’alliance France – Israël, Sacha Distel ,A.Sanguinetti ,l’ex-chef des barbouzes, le colonel Tomazo, dont le nez de cuir palissait ce jour-là devant le bandeau noir de Dayan, Arthur Rubinstein, Michel Simon, le vieil homme poussé par l’enfant, qui avait si bien su dissimuler pendant l’occupation sa sympathie pour les juifs ,Régine, qui devait rêver d’ouvrir un bastringue au pied du mur des lamentations puisque la victoire éclair des panzers de Dayan l’empêchait de partir comme cantinière sur le front du Sinaï. Sans oublier naturellement ,Me Tixier - Vignancour.
On vécut des heures bouleversantes .La gravité de l’heure invitait à l’oubli des querelles. On vit Enrico Macias se réconcilier avec Johnny Hallyday, sous l’œil paternel de l’Ambassadeur israélien Walter Eytan.
Toutes les familles spirituelles de
Quelle divine surprise pour les antisémites. Ceux qui avaient pourvu les camps de concentration nazis, aussi bien ceux –l’immense majorité des français -qui avaient vu, sans broncher, disparaître autour d’eux, les juifs un à un,au cour de la grande rafle de quatre ans, faisaient enfin amende honorable.
Ces juifs qu’ils avaient pris si longtemps pour les petits juifs des caricatures, des usuriers au nez crochu, des sous hommes incapables de faire des soldats et des laboureurs, voilà qu’ils maniaient le napalm mieux que nous en Algérie et plus efficacement que les Américains au VietNam !Leurs soldats ressemblaient comme des frères aux paras des couvertures de « Match » des beaux jours de la pacification .Ils combattaient le même ennemi. Les anciens d’Algérie et de Suez, étaient d’ailleurs à leurs cotés avec les autres anciens combattants, ceux qui à pied, à cheval ou en petite voiture ,ne manquent jamais l’occasion de se prouver qu’ils sont toujours vivants.
L’union nationale des parachutistes français, dans un communiqué, saluait « en Israël une fière et courageuse citadelle de la civilisation occidentale et adressait « le témoignage de sa fraternelle amitié à ses camarades engagés en Israël et au Vietnam dans le même combat pour la dignité et la liberté de l’homme . »
Les Israéliens remettaient enfin les ratons à raison, comme des grands et tout seuls cette fois ,sans l’aide de
Ils arrachaient des terres aux arabes, pour en faire des terres arables, le fusil dans une main, un fraisier dans l’autre, « ense et arato » comme au bon vieux temps .Les images d’Epinal qui hantent les rêves des nostalgiques du colonialisme devenaient de nouveau réalité. De vrais soldats de Bugeaud, ces « soldats laboureurs « de Dayan !
Le bandeau noir du général israélien devenait aussi populaire que la casquette du maréchal. Dayan ,c’était en somme Bugeaud plus Bigeard :On n’arrête pas le progrès. Certains déjà se prenaient à rêver .L’an prochain à Jérusalem ? On y était. L’an prochain, et pourquoi pas tout de suite, au Caire, à Damas, à Amman, puis à Tunis, à Alger et à Rabat ?
« France-Presse Action »,le bulletin de l’OAS,ne mâchait pas ses mots : »Pour nous, les Israéliens ont autant que les Français d’Algérie le droit de rester dans un pays qu’ils ont conquis par leur travail, qu’ils ont fait de toute pièce et qui est leur, ni moins ni plus. Devant les faits, il n’est plus possible de se nourrir d’illusion .Il n’est qu’une seule alternative (sic) ou une reconquête globale de l’Afrique, ou admettre à terme, la disparition de l’Etat d’Israël.. Cela dit, nous ,combattants de l’OAS,saluons fraternellement les soldats d’Israël ,les seuls avec nous à défendre depuis de longues années une civilisation qui nous est commune. »
Dans l’enivrante fraternité des manifestations, nos anti sémites découvraient que les juifs valaient décidément mieux que ce qu’on en avait dit et qu’on en avait fait ,des siècles durant .Des frères en somme. Evidemment , on s’en apercevait un peu tard, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire .La preuve :les Allemands venaient, »pour des raisons humanitaires » d’envoyer 20.000 masques à gaz aux Israéliens !Ces masques qui eussent été si utiles à Dachau, Auschwitz et Treblinka !
C’était le temps ou Xavier Vallat, ancien commissaire aux affaires juives de Vichy, exprimait la considération pour Israël ,ou on pouvait admirer dans « Aspect de
Pour une fois ,Drieu
Un ancien milicien parti en reportage pour Israël en revenait plein d’admiration pour l’efficacité de la machine de guerre et d’espionnage du « petit peuple menacé ».Dans un éditorial de « Rivarol » on apprenait que » ceux la même qui trouvent les juifs envahissants dans leur propre pays, témoignent de la considération à l’égard d’hommes de courage et de foi, qui sont retournés en terre Promise mettre en valeur des ressources jusque la inexploitées «
Quoi de plus logique de la part de ceux qui trouvent les juifs envahissants chez eux, de les voir avec plaisir envahir autrui ?
Dans un article intitulé « Les canonnières ont encore du bon »- en fait de canonnières, il s’agissait de la 6ème flotte- Lucien Rebatet, ancien collaborateur du « collaborateur » « Je suis partout » passait aux aveux : « Les Arabes au fond devraient avoir ma sympathie .Ils ne m’ont jamais rien fait, je ne leur ai jamais rien fait, tandis qu’il existe entre les juifs et ma modeste personne ,le contentieux que vous savez. Mais je ne saurais dire à quel point ce colonel (Nasser) me lève la peau. »
C’était sûrement la première fois que Lucien Rebatet tombait d’accord avec Claude Lanzmann, intellectuel rigoureux qui collabore aux « Temps modernes » et à « France Dimanche ».
Durant des mois, Claude Lanzmann s ‘était donné beaucoup de mal pour constituer un énorme dossier sur « le conflit israélo-arabe » (« Les Temps modernes n° 253 bis ), ..pour »servir la paix »,qui parut quand éclata le conflit. Il s’était voulu « pur réceptacle » et il s’apercevait tout d’un coup, qu’il était juif et partie et oubliait, en un instant ,l’enseignement qu’il aurait du tirer du dossier qu’ il avait lui même établi ! « Va t on un jour m’obliger à crier « Vive Johnson »,si les Etats Unis sont les seuls à s’opposer à l’extermination d’ Israël ? Si Israël était détruit, ce serait plus grave que l’holocauste nazi. Car Israël, c’est ma liberté. Certes, je suis assimilé, mais je n’ai pas confiance. Sans Israël, je me sens nu et vulnérable. »
Peu s’en fallait que les anciens collaborateurs ne ressentissent autant de honte à être Français que certains Israélites comme Daniel Meyer que scandalisait la politique étrangère de
Heureusement,les israéliens menacés d’extermination prouvèrent en quelques heures au monde, miraculeusement –on parle volontiers de miracle à propos d’Israël- l’inanité de ses craintes et réduisirent « l’agresseur » à néant. C’est à des miracles de ce genre que l’on reconnaît sans doute qu’un peuple est »le Peuple Elu »
Sur la terre même de la bible ,une fois de plus David était vainqueur de Goliath .Nos intellectuels, nos chanteurs, nos reines de boites de nuit, nos dragueurs, nos ex-miliciens, nos professeurs, les « anciens » de toutes les guerres coloniales purent respirer. Claude Lanzmann cessa de se sentir nu et vulnérable.
On ne juge pas d’ une cause par les alliés qu’elle vous vaut. Il arrive tout de même qu’on les mérite, et l’alliance contre-nature des sionistes et des antisémites devrait donner à réfléchir.
Est elle contre-nature d’ailleurs ?C‘est l’antisémitisme et les pogromes russes, polonais et roumains de la fin du siècle dernier qui ont engendré le sionisme .Et quoi de plus naturel pour un antisémite, de plus logique _il n’est que de lire « Rivarol » pour s’en persuader -que d’encourager la race abhorrée à émigrer, à s’installer ailleurs, au diable de préférence et, pourquoi pas, en Palestine ?Israël est l’enfant naturel de l’antisémitisme et du sionisme.
« A ce jour, mon plus ardent partisan est l’antisémite de Presbourg Ivan V. Simonyi« constate déjà, le 4 mars 1896,Herzl le père du sionisme, à qui Witte ,ministre des finances du Tzar, expliquera un jour : « J’avais l’habitude de dire au pauvre empereur Alexandre III : s’il était possible de noyer dans
Ce n’est pas Herzl que les indécentes manifestations parisiennes, auxquelles se livrèrent certains juifs français et leurs surprenant alliés, eussent étonné. Lui au moins, à la différence de ses successeurs, était lucide : » On m’objectera que je fais le jeu des antisémites en proclamant que nous constituons un peuple, un peuple uni » avouait il et il voyait déjà les juifs libérés reconnaître « les antisémites ont eu raison » ( Ces citation de Herzl et de Witte sont empruntés de l’article de Maxime Rodinson « Israël, fait colonial » « Les temps modernes »n° 253 bis ,.p.34 )
De fait antisémitisme et sionisme sont aussi nécessaires l’un à l’autre que le gendarme et le voleur. Etant donné les spoliations auxquelles les Israéliens se sont livrés en Palestine, au détriment des Arabes, depuis la création d’Israël , l’image est d’une rigoureuse exactitude.
Cette alliance, à la fois logique et historique, devrait suffire à rendre odieuse et ridicule l’accusation d’antisémitisme portée par les sionistes contre tous ceux que révolte l’injustice faite aux arabes chrétiens et musulmans de Palestine.
Les Arabes étant eux aussi des sémites, il serait bon qu’on s’avisât que le racisme anti-Arabe est, lui aussi, une manière d’antisémitisme, même si les campagnes anti - arabes auxquelles se livrent périodiquement une certaine presse ,ne soulèvent pas chez les professionnels de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (a l’exception du M.R.A.P .qui a intenté plusieurs procès aux journaux spécialisés dans les campagnes racistes anti arabes), de réactions comparable à celles que provoque le seul fait de critiquer la politique d’Israël, comme l’opprobre suscité par la dernière conférence de presse du général de Gaulle, l’a montré .L’homme qui redonna aux juifs les droits que Vichy leur avait retirés, dont beaucoup de compagnons ,aujourd’hui, comme en 1940,sont juifs, en quelques minutes devint « Charles Pétain « aux yeux de notre nouveau parti de l’étranger


