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Lundi 10 Juillet 2006
 

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L’Algérie a-t-elle atteint le fond ?"             

 

 

   

 

 

    A l’avènement  de Abdelaziz Bouteflika, on avait pensé, compte tenu de ses premières  déclarations publiques, que les choses allaient changer, sur ce point  tout au moins. Ce ne fut, hélas, pas le cas puisque ce n’est  qu’aujourd’hui, en 2006, que l’Algérie s’est dotée d’une loi anti  corruption, encore qu’elle soit très boiteuse. Pour ce qui est du  pétrole et du gaz, il est fort à craindre que les choses risquent même  d’empirer avec la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui va ouvrir  totalement le secteur aux entreprises étrangères. On peut imaginer que  les nouveaux arrivants vont se battre au couteau pour arracher telle ou  telle part de marché qui devait aller à la Sonatrach ou qui lui  appartient déjà. Se battre au couteau signifie aussi acheter des  soutiens en usant de tous les moyens, dont le levier de la corruption  n’est pas le moindre. Il n’y a d’ailleurs pas que les nouveaux  arrivants qui useront de tels
procédés, les sociétés déjà présentes ne  seront certainement pas en reste.
              Parlons maintenant de  cette loi qui ramène l’Algérie d’aujourd’hui au point où elle se  trouvait en 1962. J’ai eu personnellement l’occasion de la dénoncer à  maintes reprises. Je voudrais juste rappeler encore une fois qu’aucun  pays pétrolier, membre de l’OPEP ou pas, n’a osé, à ce jour, renoncer à  sa souveraineté sur ses propres richesses pétrolières et les livrer  aussi facilement aux intérêts étrangers. Ni les Saoudiens, que l’on  avait pris l’habitude, en Algérie, d’accuser de servilité vis-à-vis des  Américains, ni le colonel Kadhafi que l’on a si souvent brocardé et  accusé de nuire aux intérêts pétroliers des autres de par sa stratégie  déroutante, ni les Mexicains, frontaliers du géant américain et de ce  fait particulièrement sensibles aux pressions du voisin du nord, aucun  de ces trois pays, cités à titre d’exemple simplement n’a osé franchir  aussi allègrement le pas franchi par les Algériens.
              Examinons  maintenant quelques évènements qui se sont déroulés sur la scène  pétrolière mondiale depuis l’introduction de cette loi.
              Au  début de l’année 2005, l’Etat russe avait repris le contrôle de la  compagnie Youkos, propriété du milliardaire emprisonné Khodorovsky.  Dans la foulée et afin de se prémunir de toute surprise en provenance  de l’étranger, le président Poutine avait fait adopter par la Douma une  nouvelle législation qui interdisait dorénavant toute participation  majoritaire étrangère dans toute entreprise russe du domaine de  l’énergie.
              Au mois de mars de la même année, la  compagnie chinoise CNOOC faisait une offre de rachat de 18,5 milliards  de dollars, de la compagnie UNOCAL (Union Oil of California), dépassant  de loin la proposition de 16,5 milliards de dollars de Texaco -  Chevron. Une hystérie politique saisissait alors le Congrès et la  Maison Blanche, tandis que la panique s’emparait du gendarme de la  bourse américaine, la SEC (Security Exchange Commission). La CNOOC est  certes contrôlée à 70% par l’Etat chinois, mais les 30% restants sont  détenus par des capitaux privés dont les actions sont en vente libre à  Hong Kong et New York. Mais qu’à cela ne tienne, la Chambre des  représentants a quand même adopté, le 30 juin, une résolution selon  laquelle l’OPA chinoise représentait un danger pour la sécurité  nationale et a demandé à l’administration Bush de bloquer la cession  vers laquelle on se dirigeait. Le Congrès a alors rajouté en  catastrophe une disposition à la loi sur l’énergie,
instaurant un  moratoire de 4 mois supplémentaires pour étudier la politique  énergétique de la Chine , ce qui a permis de bloquer temporairement  l’offre d’achat de la CNOOC. La saga n’a pris fin qu’en août quand  l’offre de Texaco - Chevron a finalement été retenue, bien qu’elle  n’était que de 17,6 milliards de dollars, c’est à dire encore  inférieure de près d’un milliard à celle de la CNOOC. Face à cette  levée de boucliers, cette dernière a préféré renoncer à cet achat.
              Ceci  se passait donc en 2005, aux USA pays de l’ultra libéralisme, sous la  présidence de George W. Bush, celui-là même qui, nous a-t-on dit, a  imposé à l’Algérie la loi sur les hydrocarbures, faute de quoi il lui  aurait fait subir le sort de l’Irak. Question 1 : le patriotisme  économique n’est-il de mise que quand il concerne les intérêts  stratégiques américains ? Question 2 : l’Algérie, n’a-t-elle réellement  aucun moyen de s’opposer à ce genre d’injonction ? Et pourtant d’autres  pays, ne disposant de guère plus de moyens qu’elle, osent défier les  Etats-Unis dans ce même domaine des hydrocarbures.
              L’exemple  le plus frappant est celui du président vénézuélien Hugo Chavez qui,  après avoir remis en cause la législation plus libérale qui existait  dans son pays, est allé jusqu’à menacer, en août 2005, d’interrompre  les livraisons de pétrole brut à destination des USA. Peu de temps  auparavant, son administration avait sommé trois multinationales  pétrolières de régulariser les fraudes fiscales de plusieurs centaines  de millions de dollars auxquelles elles s’étaient livrées.
              L’autre  exemple plus récent, puisqu’il ne date que de janvier de cette année,  est celui du président bolivien nouvellement élu, Evo Moralès, qui a  engagé un autre bras de fer avec les multinationales. La nouvelle loi  bolivienne sur les hydrocarbures est à l’exact opposé de l’algérienne,  puisqu’elle prévoit la nationalisation des hydrocarbures, mais aussi  comme l’affirme le président Morales : « Nous n’allons pas confisquer  les biens des compagnies étrangères, mais exercer le droit de propriété  sur le sous sol et en surface ».
              On pourrait continuer  à faire le tour du monde et constater que tous les pays, y compris les  plus ardents partisans de la mondialisation et de l’ultra libéralisme,  défendent ce principe fondamental, celui du droit de propriété sur les  richesses pétrolières de leur sous sol. Droit à l’exploitation par  l’entreprise étrangère, oui; droit à la propriété des réserves, non.  Quant à la notion de patriotisme économique défendue par les  Américains, on la retrouve aussi dans la saga Arcelor - Mittal Steel  qui mobilise l’Union Européenne ces temps-ci. Alors, les Algériens  sont-ils devenus tout d’un coup moins patriotes que tout ce monde-là ?  Sont-ils devenus plus intelligents que tous les peuples de la planète,  plus intelligents que tous les pays pétroliers, OPEP ou non OPEP, plus  intelligents que les Russes, les Américains ou les Français ? L’Algérie  est-elle devenue plus puissante que tous les puissants de ce monde ou  plus faible que les plus faibles ? La morale à
tirer de ces nombreux  exemples est qu’il n’y a lieu d’être ni plus patriote ni moins patriote  que d’autres, ni plus intelligent, ni moins intelligent, mais d’être  tout simplement comme tout le monde; vouloir s’illustrer et jouer aux “  précurseurs” n’est pas une marque de sagesse. La plus grande marque de  sagesse de l’homme est celle de savoir faire marche arrière quand il se  rend compte qu’il s’est trompé. Ce n’est pas faire preuve de faiblesse  que de revenir sur un acte quand cet acte engage l’avenir d’une nation  et celui de plusieurs générations. En Algérie, il est encore temps  d’éviter les conséquences néfastes de la nouvelle loi sur les  hydrocarbures, avant que la machine ne s’emballe. Tant qu’elle n’est  qu’une disposition sur le papier, non encore appliquée, celui ou ceux  qui l’ont faite peuvent la défaire.
              Mais revenons  maintenant à notre question de départ. Cette loi qui a été de 1999 à  nos jours l’événement le plus important dans le domaine du pétrole et  du gaz, en a-t-elle fait une “ ni’âma” ou une “ niqma” pour le peuple  algérien ?
              Pour répondre à la question, revoyons le  film de son adoption. On se souvient que déjà en 2002, tout était prêt  pour son adoption, mais que l’opposition de la majeure partie de la  classe politique et celle de l’UGTA qui avait observé une grève  nationale de 48 heures, avaient empêché que cela ne se fasse. Elle fut  retirée pour être représentée en février 2005. Et là, tout d’un coup,  tous les rouages de l’Etat étaient pour, présidence de la République ,  gouvernement, assemblée nationale, conseil de la Nation , partis de  l’alliance présidentielle; même les travailleurs y sont devenus  favorables. Pourtant aucun élément nouveau n’est intervenu durant la  période, même le texte de loi est resté, à quelques détails près,  inchangé. Au plan international, on n’a pas eu d’exemple d’un autre  pays qui ait adopté une législation similaire; au plan intérieur, on a  eu une élection présidentielle. Est-ce cela l’événement cause du  changement ? Comment se fait-il que ce qui
n’était pas bon pour le pays  en 2002, le soit devenu deux ans après ? Comment se fait-il que les  travailleurs qui étaient prêts à bloquer l’économie du pays, pendant  longtemps si nécessaire, aient brusquement changé d’avis ? La seule  explication fournie par l’UGTA à l’opinion publique a été que le chef  du gouvernement l’aurait rassuré, en disant que la loi était bonne pour  le pays. C’est plutôt court comme argument pour une décision aussi  lourde de conséquences.
              Au vu de tout cela, la réponse  à notre question de départ est évidente : cette loi fait du pétrole une  “ niqma” pour le peuple algérien.
              Conclusion              Que  dire en conclusion de tout cela ? Beaucoup de corruption, beaucoup de  rapaces autour de la manne pétrolière et bientôt peut être dépossession  du peuple de sa souveraineté sur ses richesses naturelles ; tel est  l’état des lieux peu agréable du secteur des hydrocarbures depuis 1962.
              On  sait aussi que la rente pétrolière n’est que l’arbre qui cache la forêt  de l’économie nationale : 98% des recettes en devises du pays en  proviennent. Sous couvert de richesse, c’est la faiblesse du pays que  cette rente camoufle. Imaginons l’inimaginable. Que deviendrait  l’Algérie si demain le pétrole venait à cesser de couler. Pourrait-elle  survivre, voire exister grâce aux 2% de recettes restantes ? Mais cet  inimaginable finira, un jour par arriver. Quelle sera ce jour la  situation du pays ?
              Allons plus loin et demandons nous  qu’aurait été l’Algérie, si elle n’avait jamais eu de pétrole ? Se  serait-elle tournée vers le tourisme comme les Tunisiens, ou vers le  commerce comme les Syro-libanais ? Est-ce que les Algériens se seraient  orientés vers les richesses de la mer comme les Grecs ou seraient-ils  devenus industrieux comme les Turcs ? C’est bien sur de la fiction,  mais elle illustre le fait que d’autres peuples, sans pétrole, ne s’en  portent pas plus mal; peut être même sont-ils plus heureux.
              Rajoutons  à ce tableau le fait que la guerre d’indépendance qui aurait pu se  terminer au début de 1956, a duré six ans et demi de plus en raison de  la découverte de pétrole, cette année-là précisément.
              Quand  nous additionnons tout cela, avouez qu’il y a de quoi se demander où se  trouve la réponse au dilemme shakespearien, objet de ce propos : le  pétrole a-t-il fait le bonheur ou le malheur du peuple algérien ? A  chaque lecteur de donner sa réponse ….
               Hocine MALTI, ex vice président de la SONATRACH
 

 PS/Il appartient aux travailleurs de sonatrach de demander des comptes aux délégués syndicaux stipendiés qui avaient accepté la loi scélérate heureusement remise en cause.

Nous félicitons également le Président Bouteflika d'avoir eu la sagesse d'écouter les voies patriotiques qui titèrent la sonnette d'alarme..

 

 

 

 

 

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