La gaffe de Gasston
Par Ahmed Saifi Benziane (Le Quotidien d’Oran du jeudi 4 Mai)
Les récentes sorties médiatiques de monsieur Gaston Guenassia,alias Enrico Macias pour les besoins du « show-business » comportent un arrière goût politique de mauvaise facture Se laissant prendre aux fascinations des caméras et sans qu’il soit obligé de le faire,il déclare que « même les ennemis,il faut les aider » à propos des soins dispensés au Président de
C’est son choix. Un choix assumé pat amertume d’une histoire qui n’a pas encore révélé l’essentiel. Il trouve normal que des harkis se soient battis pour la « mère patrie »,ignorant sans nul doute qu’ils n’ont pas à ce titre bénéficié des mêmes sympathies que lui,à leur attirée en métropole,ignorant sans nul doute qu’ils étaient des « arabes musulmans » après avoir été des « français musulmans »,puis français tout court et même trop court pour que leur intégration à une loi soit associée à la positivité d’une colonisation. D’ailleurs pourquoi une loi spécifique aux harkis ,s’ils étaient réellement considéré comme des citoyens français ?Probablement pour répondre au trop plein laissé par le vide que l’histoire coloniale a creusé dans la haine,entre des gens du même peuple,de même culture.
Débat politique tardif,ou anticipation sur une rupture de sens mal répartie dans le temps,monsieur Gaston Guenassia oublie que le marché algérien de la musique lui a toujours été favorable,particulièrement lorsqu’il interprète l’héritage du malouf ou la langue arabe est tout de même incontournable .Et c’est ce qui fait sa beauté. Celle du malouf bien sur. Lorsqu’il aborde des questions aussi complexes que l’identité dont il se réclame,juif d’Algérie,monsieur Gaston…évite de dire sur les plateaux de télévision que « son pays » a été colonisé et qu’il a fait le choix ainsi que les siens d’opter pour un statut contradictoire avec l’amour d’un pays. Un statut gelé par » le gouvernement de Vichy »,un siècle plu tard,une sorte de rappel à la mémoire des juifs d’Algérie pour leur dire que l’Histoire rattrape toujours les identités En tenir compte,c’est développer cette capacité humaine à baliser les mots pour construire des propos justes,quels que soient les sacrifices,quels que soient les intérêts à perdre. Pour pouvoir regarder une guitare droit dans les notes et lui dire « ouvre moi bien ton cœur » la laisser ensuite bavarder et enregistrer ses plaintes qui en disent long sur une situation irréversible.
Aimer l’Algérie et la pleurer,c’est avoir choisi de la défendre et d’y vivre et non de la quitter au premier feu d’artifices pour sauver sa vie en la laissant se débattre seule,face à des douleurs. Non de la livrer au premier venu quelle que soit sa puissance,quel que soit le moment. Mais comme dit une mère andalouse à son fils dès la chute de Grenade : »Pleure comme une femme un pays que tu n’as pas su défendre comme un homme( * )».Un pays,ça ne se quitte pas. C’est comme une peau. Dommage.
A.S.B
(*) Il s’agit de la mère de Bouabdil, en 1492.
Précision : je n’avais vu que les 5 dernières minutes de l’émission ‘vivement Dimanche’ : dans la quelle M Guenassia fut l’invité .Décevante,pour ne pas dire plus. M.A


