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Jeudi 21 Février 2008

 

                                 LE TRAITRE

 

 

 

        Il est gras comme un porc,mais aussi agile qu’un félin. C’est le seul mouton à se pavaner en toute quiétude ,dans la cour de l’usine.

 

       Les molosses,toujours prêts à mordre,n’osent jamais s’approcher de lui, par crainte du cerbère,son protecteur.

 

     Comme tout mérinos,Max était fier d’exhiber sa paire de cornes en spirale.

Mais, pour des raisons pratiques,ses maîtres les ont coupées à ras de tête,à tel point qu’à présent,on peut le confondre avec une brebis. La méprise est d’autant plus facile,qu’il avait été castré dés son jeune âge. C’est peut-être cela qui lui donne cet air arrogant, mais sans dignité,celui d’un dépravé.

 

     Max ne manque de rien. A ses heures de pause,il est souvent choyé. Son dresseur attitré,lui ramène chaque jour ,de l’orge en guise de friandise.

Une fois,grisé par l’amitié qu’on semblait lui témoigner,le bélier s’approcha du maître et lui lécha la main. Mal lui en prit !

    En très mauvaise humeur ce jour-là,du fait d’avoir perdu aux courses,l’homme le bouscula non sans lui, asséner un coup de poing qui faillit l’édenter.

 

    Depuis,il se tient à sa place,ne s’approchant que lorsqu’on l’appelle,il gambade alors,faisant le beau,afin de plaire.

 

   Max n’a rien d’une mascotte. On l’avait installé là,pour une fonction précise,qu’il remplissait avec zèle.

 

   Dans ce complexe alimentaire,on traitait de la viande. Quotidiennement,des centaines de moutons vifs, arrivaient par un portail et sortaient par un autre,sous forme de conserves de toute sorte,bien conditionnées,prêtes à la distribution partout à travers le pays.

 

   Chaque jour,des troupeaux entiers étaient déchargés sur les quais. Après un long voyage,les ovins exténués, sont tout surpris de se retrouver en ces lieux inconnus. Ils se dégourdissent les membres, puis commencent à s’agiter,l’air hébétés.

 

   Après pesage,ils passent une douche, avant de suivre à la queue leu leu,un chemin très étroit et balisé, qui les mènera jusqu’à une plate-forme pivotante ou,automatiquement,une guillotine tranche la tête de  chaque animal. La carcasse bascule d’un coté,la tête roule de l’autre…C’est le commencement du voyage infernal.

 

    Rien ne se perd. Un crochet mobile, entraîne la peau jusqu’à la tannerie .Les déchés vont aux engrais. Ce qui est comestible, est haché,ou découpé en quartiers, puis orienté selon le cas, pour la consommation humaine ou pour les chiens et chats.

 

    Le problème qui se posa, dés le départ, pour cette entreprise intégrée,consista à trouver le moyen d’économiser le temps perdu, à rassembler le troupeau en désarroi, puis à le pousser vers le chemin de la mort.

      Quelqu’un eut une idée diabolique. C’est ainsi que l’on ramena Max encore agneau,que l’on dressa pour cette macabre besogne.

 

     Dés que les ovins arrivent,le bélier est là,en  guise de comité d’accueil. Abasourdis,terrorisés ,ses frères de race,le voyant décontracté,se précipitent vers lui en bêlant .Ils l’entourent,le reniflent,comme pour lui demander de les rassurer.

 

    Le temps pour le chauffeur de repartir avec son semi-remorque et voici le maître qui agite son chapeau en guise de signal  .Captant le message,Max lève la tête,se fraye un chemin,et fonce droit sur le lugubre passage. S’en remettant à lui,les moutons,le suivent docilement. Un à un,après lui,ils s’engouffrent dans le piége. Le guide arrive sur la terrible passerelle. Il ne se passe rien .Il saute de l’autre coté.

 

    Dés que le second mouton le remplace,la machine infernale se met en branle. Clic clac !clic clac !ils y passent tous,les malheureux,jusqu’au dernier…

 

    En cette partie de l’usine,après le bêlement tumultueux,le silence plane. Max est seul…

 

   En attendant la nouvelle cargaison,il se dirige tranquillement vers l’étable. Reconnaissant  le bol d’orge, il se précipite et plonge le museau dans le récipient .Il s’en donne à cœur joie.

 

    Un grand nombre d’ouvriers de l’usine le détestent et voudraient bien lui faire la peau. D’autres le plaignent. En attendant,toujours, et encore,il s’empiffre le traître ! il est bien gras…    

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