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Mercredi 30 Août 2006

  La Médaille et son Revers’      (suite)

 

  (Roman de Mohamed Arabdiou publié en 1989 )

 

 

 ..Un calme relatif régnait dans cette partie de l’aéroport,quand un groupe de passagers déboucha en trombe du hall, menant vers la piste d’atterrissage. Quelques hésitations, puis ils se ruèrent en direction du poste de police,passage obligé vers la sortie.

 

        Un jeune homme aux lunettes fumées ,présenta son passeport au policier,en gardant la main tendue,façon de manifester son empressement à récupérer le document.

 

          Ce comportement déclencha chez l’inspecteur,le réflexe automatique .Malgré la foule qui se bousculait,il prit tout son temps, à examiner la photo. Il jeta un regard neutre sur le jeune homme .Enfin,il rangea la carte d’entrée,donna le coup de tampon,et tendit le passeport :

 

           -Merci,au suivant !

 

            Alors que l’homme se rendait au service bagages,le fonctionnaire ordonna à un de ses collaborateurs, de le filer,puis il téléphona.

 

            -.. Non,rien à signaler…Il y a Sidki,vous savez ?L’étudiant qu’on avait coffré à l’époque,lors d’une tentative de manif contre l’Afrique du Sud…Il avait écopé de six mois.. .A Paris aussi,il s’est fait remarquer

 

 ..C est ça,il s’occupait des étudiants.

 

             Sur le bureau de l’inspecteur, était déposé le télex ou figuraient les noms des passagers de l’avion en provenance de Paris- Orly .Celui de Sidki,était souligné au crayon rouge. A coté de la liste,il y avait un dossier contenant la fiche signalétique de l’homme en question.

 

   -D’accord,c’est déjà fait,dit l’inspecteur avant de déposer l’écouteur.

 

    Dix minutes après, Sidki retira ses valises,puis il héla un taxi. Un instant plus tard, il était chez lui ou ,avertie,sa famille l’attendait .Sa fille fut très heureuse de son cadeau,une énorme poupée, quoiqu’un peu étonnée du fait que celle-ci ne soit pas noire.

 

               Après un moment de détente,la maman se mit à prodiguer ses conseils habituels qui ;généralement,agaçaient Sidki .mais cette fois-ci,compte tenu des circonstances,il s’efforça d’écouter, en lançant de temps à autre, un  oui machinal.

 

-A présent que tes études sont achevées,j’espère, que tu vas te mettre sérieusement au travail.

 

Approuvant sa belle -mère,l’épouse ajouta :

 

-Nous allons enfin profiter de la vie..,nous aurons une voiture,une vidéo,comme tout le monde.

 

Là,Sidki  explosa :

 

-Les gens meurent de faim et toi tu penses à la vidéo !

 

-Ca y est ! ,le voilà qui recommence ..Tu veux encore une fois, jouer au boulanger pour fabriquer du pain, à distribuer gratuitement, aux malheureux .Tu ne vois que les pauvres ?…Ceux qui s’enrichissent à tour de bras ,tu  les ignores ...Dans notre quartier,il y a au moins cinq, qui ont la voiture,sans compter les somptueuses villas qu’ils ont construits.

 

-As-tu compté les gens qui n’ont pas le strict minimum ?

 

-Elle est bien bonne celle-là !..Mais moi,je ne suis pas le bon Dieu !Qui s’est soucié de nous,lorsqu’on t’avais jeté en prison ?

 

-Des gens sont venus vous remettre de l’argent ,que veux-tu de plus ?

 

-De quoi payer le loyer et le boulanger,on nous a fait la charité.

 

-Quand c’est nécessaire,il faut savoir patienter

 

-Nous avons tenu le coup,quand tu étais derrière les barreaux .Nous avons patienté, tant que tu étais à l’étranger, pour tes études .A présent,ça suffit !Nous aussi,nous voulons vivre !

 

-Tu veux que j’aille voler, pour satisfaire tes caprices ?

 

-Nous ne te demandons pas tant que ça.

 

Tout ce que nous voulons,c’est que tu restes tranquille,la politique,c’est fini,laisses-en un peu pour les autres !répliqua la mère sur un ton de colère.

 

-Rassurez-vous,je ne suis pas politicien .A présent que j’ai des bagages solides,je compte bien me mettre au travail, au plus tôt,afin de gagner ma vie,comme tout le monde

 

A ces paroles,son épouse se détendit.

 

-Nous ne te demandons rien de plus.

 

Juste à cet instant,la fillette accourut :

 

-Papa,moi je veux une poule qui marche et qui pond des œufs comme celle de Fati notre voisine.

 

                                                           (à suivre..)

 

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