L’année de la culture dites vous ?
Ils me font rire.. de tristesse..
Mohamed Arabdiou
Voici, un extraits révélateurs, en annexe de l’édition Algérienne de «
( Extrait de ‘Au fil des jours,une vie’ un livre mémoire qui ,à ce jour , n’est pas édité.. J’ai l’habitude.. Le lecteur peut lire les deux premiers chapitre sur google ou Yahoo en cliquant sur Arabdiou
L’accouchement
Comme une femme en état de grossesse, je sentais en moi ce roman .Il ne pouvait en être autrement, il fallait, je devais accoucher de «
L’idée m’en était venue en 1958 à Paris. Permanent du FLN circulant sans fiche de paie donc, suspect pour la police, je m’étais réfugié chez Gisèle, une femme à journée.
Elle travaillait et logeait dans le VIII ème arrondissement, un quartier huppé, chez une baronne Russe. Un jour, pour me faire passer le temps en attendant son retour, elle me rapporta un livre écrit par sa patronne.
Mon amie admirait le style grandiloquent, celui de « la haute ».Pour ma part, après avoir parcouru les quelques 200 pages, je n’en retins rien L’auteur n’avait rien à dire et moi qui avait tant sur le cœur, je ne pouvais l’exprimer simplement, pensai je alors, parce que je n’appartenais pas à cette classe de grands esprits : les ECRIVAINS.
La lecture de ce mauvais roman me fit changer d’avis .Puisque la société est ainsi faite, tant pis, me suis-je dit, j’écrirai pour moi, pour le plaisir de me relire…Mais peut on rédiger lorsqu’on est mobilisé pour la cause nationale, lorsqu’on est constamment pourchassé par la « flicaille » ?
Mon livre demeura donc en gestation jusqu’au jour ou, repéré, je dus quitter précipitamment
L’attente fut longue, alors que j’étais dans un pays dont je ne comprenais pas la langue .Il en résultat une sorte d’isolement propice à l’écriture.
Je logeais dans une auberge de jeunesse catholique d’Essen, dans
Le premier qui eut le bon sens de ne pas sursauter, trouvant cela naturel, ce fut un jeune Suisse qui, à l’époque devait avoir 20 à 25 ans. Membre de
Après la lecture du premier chapitre, YVES et son compatriote du meme age me harcelèrent. Chaque matin, chaque soir, ils me questionnaient sur mes personnages Que devient Rachid ? Ou en est Boualem ?et Si Chérif, et Mouni ? Cette curiosité était le meilleur compliment, elle me comblait de joie et.. Quel stimulant pour achever mon œuvre !
Mon roman commençait par la devise Française ,LIBERTE ,EGALIT,FRATERNITE.Mon intention était de démontrer que par cette guerre qu’elle menait contre notre peuple,qui lui,luttait pour s’affranchir du joug colonial,
Dans mon histoire, le fil conducteur était une pièce de dix francs .Mon livre s’achevait sur l’image de la pièce tachée du sang d’un martyr (Boualem) dans la main de Zineb (son épouse).Le revers portait gravé : liberté, égalité, fraternité. Cela se passait de commentaires .C’est pour cette raison que je décidais d’intituler mon roman «
Un homme maîtrisant la langue française n’aurait meme pas osé montrer un manuscrit avec autant de fautes, répétition, trivialité, terme argotiques, fautes d’orthographe…Et pourtant j’avais confiance. J’avais la certitude d’avoir écrit un roman digne d’intérêt dont on se souviendrait bien après ma mort. Mes propres illusions m’aidèrent à persévérer. Ignorant tout du monde de l’édition, je croyais que dès qu’un auteur franchissait le seuil d’une maison, l’éditeur se précipitait fébrilement sur son manuscrit alors que le romancier ne remettait son ouvrage que sous condition…
Je devais apprendre en cette circonstance qu’à moins d’avoir déjà un « NOM », il fallait attendre des mois, voir, des années pour que le lecteur, un professionnel lise votre œuvre. Dans bien des cas, l’éditeur se permet de couper ou d’ajouter en fonction de la demande, pis, parfois il s’attaque au fond, changeant le sens de l’ouvrage avant de l’accepter.
Courant eux meme des risques financiers évidents, certains éditeurs imposent des conditions qui, par moment, frisent l’exploitation.
A Cologne, j’avais vainement tenté ma chance auprès d’un « Verlag ».J’étais en Allemagne et «
En renonçant à
Malgré mes moyens limités je m’aventurai donc vers la capitale Belge. Je dus paraître bien bizarre à la secrétaire de la confédération qui se voyait sollicitée pour l’édition d’un roman…Sincère ou pour se débarrasser de moi, avec courtoisie, elle m’orienta vers les journaux et je suivis docilement ses conseils.
Au préalable, je fis le tour des kiosques pour m’approvisionner en publications afin de sélectionner « au pif »l’organe d’information dont les positions n’étaient pas hostiles à notre cause, donc apte à répondre à mes vœux.
Au journal « Le Peuple », un quotidien Bruxellois, l’appariteur m’orienta vers le critique littéraire, un barbu d’une trentaine d’années. Cet homme d’ou la bonté jaillissait naturellement des traits de son visage, voulut dès le départ, me préserver des effets d’une éventuelle désillusion. »..Donnez moi deux jours, me dit il, si votre livre est mauvais, je serais franc ». Je ne demandais pas mieux.
Durant les 48 heures qui suivirent ,je vécus sur des braises. Mon état était bien pire que celui d’ un candidat studieux, attendant le résultat du Bac.
Le moment venu, je n’osais pas franchir le seuil de ce journal ou j’imaginais mon interlocuteur l’air désolé, me tendre mon manuscrit….Pour amortir le choc, je choisis le téléphone :
-Allo ! Passez moi la rubrique culturelle ;monsieur De Swaf s’il vous plait !
Les quelques minutes d’attente furent insoutenables tellement j’avais hate d’en finir…Vivement la sentence !
-Allo, c’est toi Mohamed ?Viens vite !
Paul était enthousiaste .A croire qu’il avait découvert une mine d’or. De ma vie ,jamais je n’oublierai le chaleureux accueil de cet homme Il téléphona à un autre journaliste du « Soir ».Celui ci lut à son tour «
« Ecrire « mort fine » pour « morphine » et ça se prétend romancier ? me dira Marcel, »ce n »est pas croyable ! «
Plus expérimentés que moi, mes nouveaux amis dressèrent un plan d’attaque.
Primo : il fallait faire taper le texte à la machine en plusieurs exemplaires .Ils se cotisèrent pour payer la secrétaire.
Je réclamais un exemplaire et demandai à mes nouveaux amis, de ne faire aucune démarche tant que je n’avais pas l’aval du FLN.C’était là une réaction naturelle pour un militant discipliné. Mon livre décrivait la vie en Algérie quelques années avant Novembre 54,durant la guerre et le pays était encore en lutte….
Rencontrer un haut responsable du FLN n’était pas une mince affaire ,meme pour un autre militant. En RFA,l’ Algérie ne manquait pas d’amis .Les uns ,surtout en milieux chrétiens ou syndicalistes (DGB) étaient sincères alors que d’autres n’affichaient de sympathie qu’en guise d’investissement à long terme. N’oublions pas que le chef d’Etat de l’époque, Konrad Adnauwer, soutint financièrement, notamment dans le cadre de l’OTAN,la guerre d’Algérie que menait le colonialisme français contre nous.
Le fait est que les Algériens recevaient bon accueil en RFA et que nous serions ingrats de ne pas le reconnaître. Cela n’excluait pas la vigilance, car les services spéciaux français aussi avaient leurs entrées dans ce pays.
« Malek » avait été désigné en remplacement du frère Ait Ahcène assassiné par la main rouge(branche des services secrets Français).Le bureau du FLN était au siège de l’Ambassade de Tunisie à Bad Godes Berg ,près de Bonn. Pour rejoindre Malek,c’était toute une histoire. Il fallait passer par le »docteur Alberto » (Bouatoura).Ce dernier s’occupait de différentes taches ,notamment celle de prendre en charge les militants « brûlés » en transit pour
Pour atteindre ce responsable ,il me fallait une journée de voyage et le ne le trouvais au rendez vous fixé en commun ,qu’une fois sur cinq. A ce jour, j’ignore si les « faux bons « étaient dus à de la négligence ou de la vigilance en matière de sécurité…Mais en ces temps là, je me préoccupais surtout du coût des consommations, incompatibles avec mon faible budget..
Malek n’est autre que Hafid Kerramane. Depuis cette époque, je ne le revis qu’en Décembre 1981,lors du congrès du FLN ou nous étions tous deux délégués.
Jadis c’était un bel homme que l’on aurait facilement pris pour un dandy plutôt qu’un responsable »fellagas ».Comme nous tous, il a subi les effets du temps. Ses cheveux sont grisonnants.
Il m’apprit qu’il était ambassadeur d’Algérie au Japon.
Après avoir remis mon manuscrit au frère Malek, je dus attendre plus d’un an pour savoir si la fédération allait se charger de l’édition…pas de réponse .Dès lors, je donnais le feu vert à mes amis Belges pour faire intéresser un éditeur. Mes chances étaient grandes car ,n’oublions pas que les éditeurs sont très attentifs aux arguments des journalistes, particulièrement les critiques littéraires. Ces derniers pouvaient en effet lancer une œuvre ou la faire sombrer dans l’anonymat.
Mohamed Arabdiou




