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Dimanche 30 Décembre 2007

Henri Borgeau                           

   

 

Témoignage -  suite.   6

 

 

 

Au fil des jours,une vie..’ De Mohamed Arabdiou

 

 

       Après le déjeuner, lors d’une tournée dans les champs, je pris en photo monsieur Borgeau et Jules Roy avec un vieil ouvrier en saroual et gilet traditionnel, au pied d’un superbe oranger ,chargé de ses fruits. .Le petit fils nous emmena en jep jusqu’à la rizière située près de Koléa. Nous quittâmes ensuite le domaine de la Trappe , pour un de ses appartements bureaux ,dans un immeuble sur le boulevard Che Gevarra ( ex Carnot).Avec le journaliste Parisien , le colon se mit au balcon qui donnait sur la mer, face au port. C’était là une photo que je considérais comme un scoop à ne pas rater .Je me glissait contre le mur  à reculons, pour obtenir un cadrage correcte, en espérant avoir réussi cette image. Les rapports avec Borgeau furent tellement cordiaux, que l’on nous aurait pris pour de vieux amis. Au retour du reportage, j’exprimais mes opinions a Jules Roy. Il sembla les partager. .Pour preuve, mes observations  seront évoquées dans son article ,sans  que mon nom ne soit mentionné Le reporter semblait doublement satisfait .E n plus de ses notes et réflexions emmagasinées dans sa tête, il allait les  illustrer avec une brochette de photos choc, rehaussant le contenu de son reportage. J’avais promis à notre invité que ,dès le lendemain après midi, juste avant son départ pour l’aéroport, il  me trouverait au labo,  pour la remise  des illustrations.

 

        Une heure avant le rendez vous , alors que je jubilais , pour la réussite de mes photos, le ministre me demanda par téléphone. Cet appel m’inquiéta, parce qu’en guise de texte, je n’avais rien écrit… et ne savais pas par ou commencer.. On ne m’avait même pas donné l’objet. de l’enquête ou reportage. .Et moi qui avait foncé, la tète la première ?... Allai je perdre mon job, avant d’avoir commencé ?..Par inexpérience, j’étais parti ,heureux d’être mis à l’épreuve ,sans demander de précisions... Ma seule consolation ,fut d’avoir réussi les films et le tirage des photos, dont j’ étais fier. En cette circonstance, je me souvins du couffin de pellicules de maquisards que jadis, j’avais brûlé ,faute de pouvoir les traiter…    ( voir page172 ,dans la deuxième partie)

 

       Hadj Hammou  me demanda si tout s’était bien passé, sans faire la moindre allusion à l’article que je devais rédiger. Je lui fis le résumé de notre pérégrination, pendant que  Rezzoug ,le chef de cabinet ,examinait mes illustrations. Les deux personnages semblaient avoir complètement oublié le fameux »papier » que j’avais promis .Très vite, je compris que le reportage n’était qu’un prétexte. Ce que voulait Hadj Hammou, c’était faire » talonner » notre invité, un libéral certes, mais quand même, il fallait être vigilant.., En sommes, ils m’avaient envoyé pour jouer aux flic ?.Rezzoug me demanda qui était le personnage sur la photo.,Je lui répondis  que c’était Borgeau en personne, avec sa descendance et Jules Roy. C’est là que le ministre sursauta, semblant sortir subitement de sa nonchalance. Il prit  brusquement les photos qu’il se mit à examiner fébrilement. Après coup, il m’ordonna sur un ton sans réplique, de laisser ces films et ces photos sur le bureau  et de me débrouiller pour trouver un prétexte, afin de ne rien donner à Jules Roy… Et la parole donnée ? »Je m’en fou de ta parole ! ». Hurla le ministre, pourtant généralement calme et bien élevé « .Débrouilles toi pour lui donner une explication bidon.. »

 

      Je dus me résoudre à mentir sans pouvoir regarder le confrère en face. Je chargeais Kouaci, chef du labo, de cette peu reluisante besogne. Il dit à Jules Roy que j’étais vraiment navré de m’être trompé dans les bain en plongeant mes pellicules dans le fixateur que j’avais pris pour  du révélateur…Résultat »..tout avait brûlé.. » .Selon Kouaci ,le reporter fut dans tous ses états. .Je le comprends. Deux ou trois jours après, l’article parut ,illustré avec une étiquette des bouteille de vin «  La Trappe  »Et là mes frères, en lisant le papier, je fus ébahi !.Toutes ces histoires de baise mains, et autres salamalecs, n’étaient que du vent, du baratin, !. ! Si vous êtes encore de ce monde, bravo monsieur Jules ROY et. .pardon !

 

       L’article était d’une virulence extrême contre ceux qui s’étaient toujours servi des petits blancs aux modestes conditions, à des fin sordides. « Ceux qui, après avoir entraîné les pieds noirs dans une impasse, les contraignant à quitter le sol natal ,s’accommodent aujourd’hui avec l’Algérie Algérienne ,pour préserver leurs privilèges..(je résume de mémoire.. ) A travers Henri Borgeau ,c’est tous les gros colons qui dégustaient. .. De ce reportage, j’avais tiré  de précieuses leçons qui me serviront durant la quarantaine  d’années d’expérience journalistique.

 

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