'La Médaille et..' de M.Arabdiou..
Le major écarta les rideaux afin de voir à travers les persiennes du huitième étage, si la circulation était plus fluide.
A cause du Smog qui enveloppait Paris,c’est à peine s’il distingua une file de voitures immobilisées .Le concert de klaxons qui atteignait les oreilles de l’ancien président-directeur général de
-Je n’ai jamais voulu de cet immeuble,confia-t-il à l’homme engoncé, dans le fauteuil en cuir.
-Noblesse oblige,répondit Jacques Leconte,le directeur commercial,son principal collaborateur. Nous ne sommes plus la petite société d’antan. Le prestige de la compagnie, nous commande d’installer notre siége dans une grande capitale comme New -York,Londres ou Paris…
Le major opina du bonnet, en soupirant,alors que le téléphone sonnait .Le patron prit l’écouteur
-Oui! j’arrive,dit-il,en apprenant à Jacques ,qu’un grand nombre d’invités, était déjà arrivé à la réception donnée pour fêter le 10éme anniversaire de
A l’angle du bureau en acajou,Leconte déposa Le Monde, qu’il tenait à la main,puis il se leva,en se massant les reins,pour rejoindre son patron.
-Les temps ont bien changé,dit le major ,en prenant son compagnon par le bras. .. A l’époque,tout était si simple….Les Noirs étaient dociles,leurs chefs nous fournissaient une main-d’œuvre presque gratuite .Il n’y avait pas encore cette fièvre de nationalisme .
-Qu’y a-t-il de changé ?je trouve que c’est mieux ainsi. Nous ne sommes plus des colonialistes que l’on montre du doigt,puisqu’ils ont l’indépendance qu’ils voulaient. A présent,ce n’est plus nous qui somme chargés de la sale besogne, du maintien de l’ordre et,croyez-moi,avec le taux de natalité qu’ils ont,il vaut mieux les laisser se débrouiller entre eux.
-A condition que ça dure…
-Qui empêcherait que cela dure ?Ce qui nous servait à entretenir une armée d’occupation , est versé à l’Etat Bolongui, sous forme de royalties .Ils ont tellement besoin de notre argent qu’ils ne cessent pas de solliciter des prêts,alors qu’ils sont criblés de dettes,ajouta-t-il en souriant.
-Oui,mais j’ai quand même,j’ai le sentiment, que le bon temps,est derrière nous…
-Pour sur,que l’époque des colonies est révolue. Nous sommes condamnés à nous adapter,voilà tout..
-Tu es bien optimiste.
-Je ne devrais pas ?Rassurez-vous,nous avons encore de beaux jours devant nous…
Afin d’insonoriser le bureau,on avait installé une porte rembourrée d’aggloméré de liége couvert de feutre .Dés que le major l’ouvrit,un vacarme provenant du salon, se répandit. Pour s’entendre,les deux hommes durent élever la voix, tout en se rapprochant l’un à l’autre .Le major examina son bracelet-montre.
-Nous sommes en retard ?dit Leconte
-Sans importance.
Le major,qui détenait70 pour cent des actions de
C’est Hubert qui décida d’acquérir le nouveau siége, en plein centre de Paris,avenue de
Dans la grande salle illuminée,un homme en redingote et noeud papillon s’installa devant le piano et se mit à jouer des airs de musique classique, sans que personne ne sembla s’en rendre compte. Assiette en main,les convives étaient plutôt accaparés par les tables bien garnies et enjolivées par des fleures multicolores, sans doute importées à grand frais,de pays chauds .Le caviar côtoyait le saumon fumé,alors que les antennes roses et arquées des langoustes retombaient sur les plateaux d’huîtres ouvertes et garnies de tranches de citron. Un énorme mérou à la mayonnaise et une daurade aussi dodue, offraient leur flanc à la gourmandise des convives Pour ce qui est des viandes blanches ou rouges,seul un expert en art culinaire pourrait identifier les plats .Foie gras, pâté de canard,langue de veau se confondaient .Au fond de la longue table,un porcelet doré à la braise et baignant dans son jus,invitait l’assistance à y planter sa fourchette…
Une armée de serveurs en tenue stricte,s’affairait plateau en main,pour offrir à boire,sous l’œil discret ,mais vigilant,de leur chef.
Tout en marchant à pas lent,le major saluait de la tête les invités ,qu’il croisait des yeux. Un officier à la retraite vint présenter son épouse à l’ex-PDG et demander à celui-ci de confirmer l’exploit abracadabrant ,dont il était censé être le héros, durant la guerre du Bolongui .Le major savait ,qu’il ne s’agissait là ,que d’une légende entretenue, mais,aimablement,il témoigna en faveur du colonel,à la dame ravie. Le major leva son toast ,puis s’excusa pour rejoindre Leconte.
-Les bonnes manières disparaissent,fit remarquer le directeur commercial,en faisant allusion à ce couple, qui ne l’avait même pas salué,alors qu’il était visiblement en discussion ,avec le patron.
-Il faut s’adapter,ironisa le major…
Les deux hommes traversèrent le salon ,en se frayant un chemin.
Des artistes de renom, côtoyaient des journalistes. Les cadres de
Ce comportement déçut un grand nombre de collets montés qui considéraient Gigi comme un être plus réservé.
Quelqu’un vint chuchoter à l’oreille de la charmante dame .Aussitôt, celle-ci se retira,alors que chacun ,se détournait d’elle,pour reprendre ses occupations, du boire et du manger.
Le major et son compagnon,pénétrèrent dans une salle bien plus réduite que le salon. Là, ,une douzaine d’hommes et trois femmes ,discutaient avec Hubert. A la vue du major,ceux qui étaient assis , se levèrent,mais le patron les invita avec insistance,à se mettre à l’aise. La conversation reprit son cours.
Dans cette pièce,il n’y avait que le dessus du panier. Un jeune dandy ,était le PDG de
Publi -Monde ,une grande maison de publicité, présente ,sur tous les continents .Deux banquiers, conversaient avec le directeur d’un journal à grand tirage Une dame, d’un age plus que mur, et au nez crochu ,dont la laideur était corrigée par les joyaux qu’elle portait,débitait un discours interminable, sans que personne n’osa l’arrêter. Ce n’est qu’à l’arrivée du major, qu’elle lâcha le crachoir. Rien que sur ses doigts noueux,une fortune en diamant,imposait le respect. C’était Elsa,la grande dame de la haute couture. Ses modèles faisaient autorité. C’était justement l’objet de la conversation.
- Je peux prendre devant vous,un sac auquel je mets deux trous en haut pour les bras, et deux autres en bas pour les jambes. Avant un an,des millions de femme à travers le monde,se vanteront d’être dans le vent, en portant le modèle de ma griffe !.Qui veut parier ?
Sachant qu’elle disait vrai,personne n’osa relever le défi,en contestant l’évidence.
Tout près d’elle,le baron de Lacarotte,grand patron du prêt-à-porter, pour l’Europe et les Amériques,exprima son inquiétude,face à la crise internationale, qui risquait de faire baisser son chiffre d’affaires. Contrairement à Elsa, qui habillait le grand monde,lui,se chargeait de vêtir un large public ,à des prix ,défiant toute concurrence. Ce qu’il perdait en qualité ,était compensé par la quantité. Aussi,du point de vue du poids financier,le baron valait largement Elsa .Ils avaient un point commun. Tous deux, utilisaient le Hit,ce tissu d’origine végétale,lancé avec succès ,par la compagnie d’Outre mer qui justement, fêtait la dixième année de son existence.



