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Jeudi 12 Octobre 2006

‘Ceux qui tirent les ficelles’

 

(Essai de M.Arabdiou   _ 2003)   suite

 

.. 1 Janvier 1919 Remise d’un mémorandum par l’émir Fayçal aux membres de la conférence de la paix à Paris :

 

  « La contré située au sud d’une ligne allant d’Alexandrie à la Perse , jusqu’à l’Océan Indien,est habitée par les arabes,c'est-à-dire par des populations de souche sémitique,étroitement apparentées entre elles et parlant toute la même langue .Les éléments ne parlant pas l’arabe ne doivent guère dépasser un pour cent de l’ensemble.« Les buts des mouvements nationaux arabes ,dont mon père devint le chef, durant la guerre,à la suite des appels conjoints des sections mésopotamiennes et syriennes , est d’unir tous les arabes en une seule Nation .Membre depuis longtemps du Comité Syrien,j‘ai commandé à ce titre la révolte syrienne et j’ai eu à ce moment sous mes ordres des syriens,des Mésopotamiens et des arabes. « Nous croyons que notre Etat d’unité pour les arabes d’Asie est si profondément justifié qu’il ne supporte aucune discussions. S’il était néanmoins besoin d’en fournir des preuves ,nous invoquerions les principes généraux acceptés par les alliés lorsque les Etats-Unis sont venus grossir leurs rangs,notre passé splendide,la ténacité avec laquelle notre race a résisté pendant six siècles aux efforts entrepris par les Turcs pour nous absorber et aussi,quoique à un degré moindre,la tache que nous nous sommes efforcés d’accomplir de notre mieux durant la guerre en tant que votre allié.

 

«  Mon père occupe une place éminente parmi les arabes,en sa qualité de guide politique,de chef de leur famille la plus noble et de Chérif de la Mecque. Il est convaincu du triomphe final de son idéal d’unité,si rien n’est fait pour l’entraver en imposant à l’ensemble une unité politique factice,en morcelant les territoires ou en les répartissant parmi les vainqueurs comme des dépouilles de guerre.

 

  « L’unité des arabes en Asie a fait récemment de grands progrès, grâce au développement des chemins de fer,du télégraphe et des liaisons aériennes Jadis la superficie du territoire était trop vaste et beaucoup de ses parties trop faiblement peuplées,pour permettre aux populations d’y échanger facilement des idées communes.

 

«  Les diverses provinces de l’Asie arabe-la Syrie,l’Irak, la Djazireh ( Syrie du nord),le Hedjez,le Nedjd et l’Yémen sont trop différents du point de vue politique et social,pour qu’il soit possible de les contenir des à présent,dans le cadre d’un gouvernement unique. «  Nous pensons que la Syrie pays agricole et industriel doté d’une forte population citadine,est suffisamment avancée,au point de vue politique pour s’administrer elle-même. Nous pensons également que le conseil technique et l’aide de l’étranger seront extrêmement utiles à notre essor national. Nous sommes prêts à payer cette aide en espèce. Mais nous ne pouvons lui sacrifier la moindre parcelle de cette indépendance que nous venons de conquérir à la pointe de nos épées.

 

 «  La Djezireh et l’Irak sont deux immenses provinces,contenant trois villes hautement civilisées. séparées les une des autres par de vastes étendues désertiques peuplées par des tributs clairsemées,de caractère semi nomade .Le monde souhaite exploiter rapidement les richesses de la Mésopotamie (déjà le pétrole. ?.) et nous pensons que le gouvernement qui s’y établira aura besoin d’être épaulé par les hommes et les ressources matérielles d’une grande puissance étrangère. Nous demandons, cependant que son gouvernement soit arabe,en principe et en esprit,le régime sélectif plutôt qu’électi ?f devant être nécessairement appliqué aux régions négligées,jusqu’à ce que le temps permette de s’appuyer sur une base plus large. Le devoir primordial de ce gouvernement , sera de prendre en main l’éducation du pays,afin de faire accéder les tributs nomades, au même niveau intellectuel que les habitants des villes.

 

«  Le Hedjaz est avant tout un pays tribal et le Gouvernement devra y conserver longtemps un caractère patriarcal .Nous sommes meilleurs juges en la matière que l’Europe,et c’est pourquoi nous nous proposons d’y conserver notre complète liberté d’action.

 

  « L’Yémen et le Nedjd ne soumettront probablement pas leur litige à la conférence de la Paix. Ces pays prennent soin d’eux même et ajustent eux même leurs relations avec le Hedjaz et les pays voisins.

 

 «  En Palestine,les arabes constituent l’énorme majorité de la population .Les juifs sont très proches des arabes par le sang et il n’y a aucun conflit de caractère entre nous et eux. En principe,nous ne faisons qu’un .Néanmoins,les arabes ne peuvent courir le risque de voir tenir la balance égale,entre deux races et deux religions dont le heurt,dans cette région,a souvent mis le monde en difficulté…

 

  «  En examinant nos provinces en détail,je ne prétend pas disposer d’une compétence supérieure. Les grandes puissances trouveront,je l’espère,des solutions meilleures,susceptible d’aider nos Mouvements nationaux à réaliser le but qu’ils poursuivent .Je suis venu en Europe,au nom de mon père et des arabes d’Asie pour vous dire en toute franchise ce qu’ils attendent de vous : Ils espèrent que les grandes puissances  n’attacheront pas trop d’importance aux différentes conditions de vue qu’ils pourront constater chez eux et ne les considèreront pas uniquement sous l’angle des intérêts matériels européens Ils souhaitent que les puissances voient en eux u n grand peuple virtuel,jaloux  de sa langue et de ses prérogatives et demandent qu’aucune mesure ne soit prise qui aille à l’encontre de l(union ultérieure de tous ses territoires sous l’égide d’un seul Gouvernement souverain.

 

  «  En mettant l’accent sur les différences de niveau social qui existent entre nos diverses provinces,je ne voudrais pas donner l’impression qu’il y a entre elles des motifs de discorde matérielle,morale ou religieuse assez graves pour rendre leur union impossible. Le plus grand obstacle que nous ayons à surmonter est l’ignorance,ce dont le gouvernement turc est responsable au premier chef.

 

  «  A notre avis,si nous jouissons de l’indépendance et si les autorités locales sont établies,l’attirance convergente qui résulte de l’unité de race ,de langue,et d’intérêt nous amènera rapidement à nous rassembler,de façon à ne former qu’un seul peuple. Mais pour y parvenir,les Grandes Puissances devront veiller à ce que nos frontières intérieures restent ouvertes,nous doter d’un réseau ferroviaire et télégraphique commun,ainsi que d’un système d’éducation uniforme .Pour y parvenir,elles devront mettre de coté toute préoccupation de profit matériel et oublier leurs anciennes querelles. En un mot,nous demandons de ne pas nous imposer d’un seul coup la totalité de votre civilisation,mais de nous aider à choisir parmi vos expériences,celles qui peuvent nous être le plus profitable.

 

 « Nous n’aurons que peu de choses à vous offrir en retour,si ce n’est notre gratitude. » (D .H .iller : My Diary  at thé conference of Paris (New York 1924) vol .IV ?P.297 -298 ).

                                                                 (à suivre..)

 

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