Sanctions économiques
Échec d’une politique cruelle et irrationnelle contre Cuba
par Salim Lamrani
Depuis 1960, les États-Unis soumettent l’île de Cuba à un embargo économique total. Cette politique —illégale, au regard du droit international— a pour but de dresser la population cubaine contre son gouvernement et de la pousser à le renverser. Salim Lamrani dresse le bilan de ces 47 ans d’embargo : ils ont empêché le pays de décoller économiquement, et donc de devenir un modèle attractif pour ses voisins, mais ils ne sont pas parvenus à diviser les Cubains. Le retrait progressif de Fidel Castro, du fait de sa maladie, n’a aucunement affaibli le soutien populaire d’un gouvernement que la propagande de Washington persiste à présenter comme une dictature.
La communauté internationale est unanime à ce sujet. L’Assemblée générale des Nations unies a voté durant 15 années consécutives, à une majorité sans cesse croissante, pour la levée des sanctions économiques étasuniennes qui frappent impitoyablement l’ensemble de la population cubaine et notamment les secteurs les plus vulnérables. En 2006, 183 pays ont condamné le cruel et illégal état de siège imposé par Washington à Cuba. En vain. Le gouvernement étasunien fait toujours la sourde oreille et persiste à appliquer une politique inhumaine, anachronique et inefficace en vigueur depuis juillet 1960 [1].
Les sanctions ont coûté à l’économie cubaine plus de 89 milliards de dollars depuis leur imposition. En 2006, Cuba a souffert d’un manque à gagner de près de 4 milliards de dollars comme conséquence directe de cette politique brutale. Non seulement l’île des Caraïbes ne peut exporter aucun produit aux États-Unis, ni en importer d’ailleurs, mais elle n’est même pas autorisée à effectuer des opérations commerciales avec les filiales étasuniennes installées dans les pays tiers, en flagrante violation de la législation internationale. Cuba ne peut obtenir aucun crédit de la part des institutions financières internationales et se voit interdire l’utilisation du dollar dans ses transactions avec le reste du monde [2].
Depuis son entrée en vigueur, la politique économique hostile de Washington n’a cessé d’être renforcée, avec l’adoption de la loi Torricelli en 1992, de la loi Helms-Burton en 1996, du premier rapport de
Les sanctions économiques ont également un impact désastreux sur l’alimentation des Cubains. Entre mai 2006 et avril 2007, elles ont provoqué des pertes à hauteur de 258 millions de dollars dans ce secteur. En effet, les États-Unis limitent fortement l’acquisition de produits alimentaires. Avec cette somme, Cuba aurait pu acquérir 180 000 tonnes de haricots, 72 000 tonnes d’huile de soja, 300 000 tonnes de maïs et 275 000 tonnes de blé [6].
Le domaine de la santé n’est pas non plus épargné. La perte est évaluée à 30 millions de dollars dans ce secteur. Ainsi, l’Institut cubain d’ophtalmologie « Ramón Pando Ferrer » s’est vu refuser l’acquisition d’un équipement pour l’étude de la rétine commercialisé par l’entreprise Humphreys-Zeiss tout comme le médicament Visudyne distribué par la multinationale Novartis. De la même manière, les laboratoires Abbot ont refusé de vendre l’agent anesthésique Sevorane à destination des enfants. Le Département du Trésor a également interdit la vente de valvules prothétiques destinées entre autres aux enfants atteints d’arythmie cardiaque. Les domaines de l’éducation, de la culture, du transport, du logement, de l’industrie et de l’agriculture sont également grandement affectés par les sanctions économiques [7].
Barack Obama, le candidat démocrate pour les élections présidentielles étasuniennes de 2008, s’est déjà prononcé contre le châtiment économique imposé à Cuba [8]. Il a été suivi par Christopher Dodd, sénateur démocrate du Connecticut, également candidat. Ce dernier a assuré qu’en cas d’élection, il lèverait les sanctions, rouvrirait une ambassade à
L’objectif des sanctions économiques – qui est toujours de renverser le gouvernement cubain – avait été clairement défini par Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État assistant pour les Affaires interaméricaines, le 6 avril 1960, dans un mémorandum à Roy R. Rubottom Jr., alors sous-secrétaire d’État pour les Affaires interaméricaines :
« La majorité des Cubains soutiennent Castro. Il n’y a pas d’opposition politique efficace […]. Le seul moyen possible pour annihiler le soutien interne [au régime] est de provoquer le désenchantement et le découragement par l’insatisfaction économique et la pénurie […]. Tous les moyens possibles doivent être entrepris rapidement pour affaiblir la vie économique de Cuba […]. Une mesure qui pourrait avoir un très fort impact serait de refuser tout financement et livraison à Cuba, ce qui réduirait les revenus monétaires et les salaires réels et provoquerait la famine, le désespoir et le renversement du gouvernement [10] ».
Il ne s’agit ici de rien de moins que d’une tentative de génocide comme le démontre
Le harcèlement économique féroce qui dure depuis près d’un demi-siècle a échoué dans sa mission. Le gouvernement révolutionnaire est toujours en place et plus solide que jamais malgré le retrait du président Fidel Castro. L’indépendance de Cuba est une réalité qui obsède toujours autant Washington, au point de le faire persister dans une politique aussi cruelle qu’irrationnelle.
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