4-Torah sionisme et antisionisme..
Un texte éclairant, mais quelque peu biaisé
Si le sionisme est un mouvement bien connu, l'anti-sionisme qui l'accompagne dès ses débuts, l'est moins. Et pour cause, l'ostracisme systématique dont ont été frappés les antisionistes juifs, ces derniers étant bien souvent taxés d'anti-sémitisme. Rabkin note que « dans la diaspora, le consensus actuel rend toute remise en question du sionisme suspecte. » Il estime que le débat entourant la création et l'existence même d'Israël a longtemps souffert d'une amputation, tronqué d'un volet essentiel à sa saine évolution. Pour lui, il est temps de faire place ouvertement à l'argument des antisionistes, de lever cette censure à peine tacite qu'il subit dès l'aube du mouvement sioniste, c'est-à-dire depuis l'assassinat de De Haan.
L'ouvrage de Rabkin est éclairant. On y ressent une juste précaution terminologique où l'auteur replace chacun des concepts clés dans un contexte de signification. On peut clairement discerner qu'être Israélien et être Juif ne sont pas synonymes, que le concept d'Israélite est spécifique à une époque en France et désigne le Juif qui garde allégeance au judaïsme, que la notion de peuple d'Israël ne saurait se détacher de sa dimension messianique. On apprend, par ailleurs, qu'antisémitisme et sionisme, au tournant du XXè siècle en Europe sont « conceptuellement compatibles », puisque les antisémites d'alors, soucieux de se débarrasser du Juif, se montraient largement favorables au sionisme. On y découvre par dessus tout, non sans intérêt, le caractère tranchant du discours antisioniste.
Un ouvrage historiquement instructif donc. Cependant, on ne peut s'empêcher d'en interroger l'objectivité.
Il faut le souligner : Rabkin mentionne que même les fouilles archéologiques en terre d'Israël ont été idéologiquement orientées pour servir la cause nationaliste. S'il est possible de manipuler une science réputée dure, il le sera certainement davantage pour la science historique qui repose, dans une large mesure sur l'interprétation.
On remarque dans l'ouvrage de Rabkin une forte propension à la documentation antisioniste. Les personnages interviewés sortent souvent des mouvements antisionistes; les documents consultés, notamment ceux qui servent à accréditer l'exploitation de
Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'en tirer des conclusions hâtives. Il faut toutefois le souligner : dès le choix des sources documentaires peut se glisser le geste idéologique. Pour le reste, la question juive, comme l'appelait Marx, trouve ici le moyen de s'actualiser, avec grande sincérité et beaucoup d'élégance.
Yakov M. Rabkin, Au nom de
Yakov M. Rabkin est professeur au département d'histoire de l'Université de Montréal. Parmi ses publications, on retrouve Diffusion of New Technologies in Post-Communist World. Dodrecht: Kluwer, 1997. Il est aussi co-éditeur avec I. Robinson de Interaction of Scientific and Jewish Cultures in Modern Times. New York: Edwin Mellen Press, 1995.
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