Pourquoi faut-il que
certains grondent ?
Par Pedro Da Nobréga
Vivant dans le meilleur des mondes
Tout est à ce point surveillé
Qu'il n'y a plus à s'inquiéter
Peut-être pour la liberté
De ceux qui restent insatisfaits
De voir le veau d'or triompher
Et ses idoles célébrées
L'injustice faite nature
Et l'arrogance qui perdure
C'est qu'il en faut de la misère
Pour que la richesse prospère
Que les pauvres soient très nombreux
Pour quelques nantis bienheureux
Et plutôt que de se lamenter
Plutôt que de se révolter
Qu'ils s'étourdissent des reflets
De cette bonne société
Miettes médiatiques en pâture
Jetées comme vaines pelures
Pour alimenter l'illusion
Qu'un jour ils en profiteront
Car voyez-vous mon bon Monsieur
Le succès fait beaucoup d'envieux
Surtout chez les nécessiteux
Tous les assistés paresseux
Tous les privilégiés smicards
Tous les précaires trop flemmards
Qui n'ont pas eu assez de faim
Pour dévorer tous leurs voisins
Enfin quoi la loi du plus fort
A toujours été règle d'or
Les gros qui bouffent les petits
Voilà un beau projet de vie
Ceux qui le trouvent déplorable
Ne seraient que des incapables
Nous disent les bonnes consciences
Se massant doucement la panse
Nous devrions donc accepter
Cette ignoble modernité
Vieille tyrannie travestie
Sombres remugles ressortis
Qui puent toujours la naphtaline
Avec des senteurs de latrines
Qui croient que la fin de l'histoire
Se lit au fond de la mangeoire
Nous en inventerons une autre
Contre ces sordides apôtres
Une autre qui reste à écrire
Une autre qui prête à sourire
Mais qui gardera lumineux
Les matins pour des millions d'yeux


