Un français s’adresse aux français.. (4)
You've got to hand it to Nicolas Sarkozy. He has chutzpah."
Roger Cohen
The New York Times (
)
13 septembre 2006
Plusieurs observateurs ou politiciens ont compris tôt la vraie nature du nouvel occupant de l'Elysée. Pour le journaliste américain Wayne Madsen, Sarkozy serait le "premier néoconservateur de France" (10), ce que confirmait le socialiste Luc Besson qui, dans un rapport, se demandait si
la France
était "prête à voter en 2007 pour un néoconservateur américain à passeport français." (11) Quant à José Bové, il jugeait Sarkozy "un homme dangereux pour notre pays. (...) C'est l'homme de la dissolution de l'Etat social et de sa transformation en Etat policier et carcéral. Cet ami de Blair et de Bush nous prépare une République communautariste et atlantiste" (12), un avis que partageait Laurent Fabius qui traitait Sarkozy de "'réactionnaire" et d''homme dangereux", d'autant plus nuisible qu'il dispose "de moyens financiers et médiatiques considérables" , et qui estimait qu'il fallait tout faire pour bloquer la route de l'Elysée à "quelqu'un qui se fixe comme programme d'être le futur caniche du président des Etats-Unis'. " (13) Henri Emmanuelli a pour sa part "fustigé 'Sarkozy couché comme un chiot devant son maître' [George] Bush" (14), une image que renforçaient les jugements d'un Dominique Strauss-Kahn : "'Sarkozy est un caméléon', 'un thatchérien, un berlusconien, un bushiste qui aime à s'habiller de l'uniforme atlantiste'" (15), d'un René Naba : "Que l'on ne s'y trompe pas : l'homme que l'UMP s'est choisi comme candidat présidentiel pour les élections de 2007 n'est toutefois pas l'héritier du gaullisme, mais le chef de file du courant atlantiste, un des points d'articulation de l'axe israélo -américain dans la sphère euro-méditerrané enne" (16) ou encore d'un Jean Bricmont : "Les néo-conservateurs et leurs alliés ont perdu le soutien de l’électorat aux États-Unis, en Italie, en Espagne et en Angleterre - il ne leur reste qu’un seul espoir important :
la France
, avec l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de
la République.
(...) Pour eux, c’est l’espoir d’en finir une fois pour toutes avec l’hydre à deux têtes constituée par ce qui reste de modèle social français et de la politique indépendante de
la France.
(...) Sa victoire représenterait une inféodation de
la France
à l’étranger comme il n’y en a jamais eu dans le passé, sauf suite à des défaites militaires." (17)
En mai 2007, l'élection de Sarkozy à la présidence de
la République
française était immédiatement suivie d'une purge des services du renseignement : "Dans les jours qui ont suivi l'élection du néoconservateur Nicolas Sarkozy, ses partisans ont commencé, comme on le craignait, à purger les services de la surveillance et de la sécurité nationales. (...) Ces services vont connaître des dégraissages comparables à ceux observés aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, au Danemark et en Italie sous la houlette de régimes néoconservateurs. Nos sources françaises au sein des milieux du renseignement nous indiquent que
la DST
et
la DGSE
s'attendent à des purges de type stalinien par les partisans de Sarkozy. Les agents ciblés seraient ceux proches du Parti socialiste ou considérés comme trop pro-arabes. Ces partisans comptent aussi s'attaquer aux agents ayant découvert les filières du financement de la campagne électorale de Sarkozy ainsi que ses engagements confidentiels dans le domaine de la politique étrangère grâce à la surveillance des télécommunications entre le prétendant à l'Elysée, son entourage et les responsables d'importantes organisations néoconservatrices américaines comme l'American Enterprise Institute ou l'American Jewish Committee. Certains de ces engagements sont en conflit avec les positions défendues par le président Jacques Chirac et par le premier ministre Dominique de Villepin." (18)
En juin 2007, le gouverneur Schwarzenegger était à Paris. Arnold était bien sûr reçu à l'Elysée, où il déclarait à la presse qu'il "admirait énormément Sarkozy" et que ce dernier "apportait un sang neuf dans l'arène politique internationale" . (19)
La visite d'Arnold était suivie par celle de Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat américaine : "L'initiative de Nicolas Sarkozy et du ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, de convoquer, lundi 25 juin à Paris, une réunion internationale sur le Darfour (ouest du Soudan), est accueillie favorablement à Washington. L'administration Bush a décidé de s'emparer de cette occasion pour afficher un regain de coopération avec
la France
sur un terrain nouveau : après le Liban, le nucléaire iranien et la lutte antiterroriste, il est désormais question d'unir les efforts pour mettre fin à un drame que les Etats-Unis ont qualifié de "génocide", et
la France
de "catastrophe humanitaire" . (...) Le Soudan a décliné l'invitation et l'Union africaine (UA) sera absente. (...) Cette présence de Mme Rice pendant les cinq heures de discussions vise à souligner les bonnes dispositions américaines à l'égard de M. Sarkozy. (...) L'implication de
la France
sur le Darfour est jugée utile à Washington, car Paris dispose de leviers dans la région (Tchad, Centrafrique) et de contacts que l'administration américaine n'a pas (Erythrée)." (20)
En juillet 2007, c'était au tour de l'American Jewish Committee de débarquer dans la capitale française. Cette venue confirmait la prise en mains de notre pays par l'empire israélo-américain : "Au cours d'une visite de trois jours à Paris, une délégation de dirigeants de l'AJC incluant David Harris (Executive Director), Larry Shelley (membre du National Board of Governors) et Jason Isaacson (Director of government and international affairs) a rencontré plusieurs officiels de haut rang du gouvernement français : Bernard Kouchner, ministre des Affaire étrangères, Jean-David Levitte, premier conseiller diplomatique du président Sarkozy, Catherine Albanel, ministre de
la Culture
et de la communication, et Boris Boillon, conseiller diplomatique du président pour le Moyen-Orient. Ils ont discuté du programme nucléaire iranien, de la présence du Hezbollah au Liban et du dossier israélo-palestinien. Le groupe a aussi rencontré Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères qui se trouvait à Paris pour discuter avec des officiels français, ainsi que les ambassadeurs israélien et américain, des dirigeants juifs français comme Richard Prasquier, le nouveau président du CRIF, et André Glucksmann et Pascal Bruckner, deux intellectuels connus du pays." (21)
Au début du mois d'août 2007, le Boston Globe, qui appartient au même groupe de presse que le New York Times et l'International Herald Tribune, annonçait en exclusivité l'arrivée du président Sarkozy pour un séjour de deux semaines dans le New Hampshire. (22) Pour pouvoir informer leurs lecteurs, les journaux français devaient se contenter de puiser dans le Globe, car ni l'Elysée ni le consulat de France de Boston ni l'ambassade de France de Washington ne voulaient confirmer la nouvelle. (23) (24)
Dans un premier temps, Sarkozy déclarait n'être venu aux Etats-Unis que pour y passer des vacances et réaliser ainsi un rêve de jeunesse en découvrant enfin cette "Amérique populaire" qu'il aimait tant. En réalité, il y était "invité par des amis" et séjournait dans une villa luxueuse louée 30.000 dollars par semaine en bordure du lac de Wolfeboro, une petite communauté huppée de
la Nouvelle-Angleterre
; Le Figaro précisait que "certains habitués se demandent si ce n'est pas Frédéric Otto, un autre résident français de la ville, membre du conseil d'administration de la banque privée Edmond de Rothschild Europe, qui aurait donné l'idée au président français de choisir ce lieu de villégiature" . (25) Quelques jours plus tard, un communiqué de
la Maison Blanche
révélait le réel motif du séjour de Sarkozy : "Le Président et Madame Bush ont invité le président français, Nicolas Sarkozy, et son épouse à un déjeuner privé, qui aura lieu le 11 août 2007 à Kennebunkport (Maine) dans la résidence de l'ancien président George H. W. Bush." (26) Cécilia Sarkozy n'ira finalement pas à cette rencontre au sommet que les médias s'évertueront d'abord à présenter comme une simple manifestation de la vieille amitié transatlantique en soulignant la modestie du repas partagé par le président français et la famille Bush au grand complet.
Mais la portée politique de cette rencontre était trop évidente pour être complètement ignorée : "Le style de la rencontre, chaleureuse et simple, entre le président Bush et son homologue Nicolas Sarkozy marque une 'nouvelle ère' dans les relations entre les deux pays, relevait dimanche la presse américaine (...). M. Sarkozy (...) a reçu un accueil chaleureux habituellement réservé aux Britanniques' , poursuit le journal de la capitale. 'Le président Bush, connu dans le passé pour la froideur manifestée à l'égard des Français, était pour ainsi dire rayonnant quand il a accueilli M. Sarkozy dans la maison familiale de ses parents'." (27) Il s'agissait bien en fait d'une réunion de deux chefs d'Etat au cours de laquelle ont été discutés "certains sujets internationaux" , car "le président français, même s'il ne s'agissait pas d'un sommet, avait l'intention d'aborder les principaux sujets de l'actualité internationale - Irak, Iran, Liban, Afghanistan et Darfour." (28) (29) "On aurait pu s'émerveiller devant le privilège : Nicolas Sarkozy est, en sept ans de présidence de George W. Bush, seulement le deuxième chef d'Etat à être invité à Kennebunkport, la propriété des parents du président américain. Au lieu de quoi, chaque partie semble s'être forcée à minimiser l'importance du déjeuner prévu ce samedi. D'abord, Nicolas Sarkozy qui soulignait la semaine dernière que sa visite à George W. Bush n'était pas la raison de ses vacances dans le New Hampshire. Ensuite, le porte-parole de
la Maison-Blanche Tony
Snow qui a répété à deux reprises qu'il s'agissait d'une invitation 'de Mme Bush à Mme Sarkozy', alors que le président français était 'dans les environs'. 'Il a certainement choisi un bon pays pour ses vacances, non ?', a plaisanté le porte-parole auprès de la presse américaine. '
La Maison Blanche
est certainement euphorique', fait valoir Phil Gordon, analyste des relations américano-europé ennes à
la Brookings Institution.
'Vous vous rendez compte ? A un moment où ils ont l'impression que plus personne ne les aime, le président d'un pays réputé anti-américain vient ostensiblement passer ses vacances aux Etats-Unis'. (...) Sarkozy a d'abord la qualité de ne pas être Jacques Chirac. Entre l'ancien président français et George Bush, le courant n'est jamais passé. (...) Avant même ses vacances en Nouvelle-Angleterre , Sarkozy avait une réputation américanophile. "Un Américain à Paris", titrait l'éditorial du New York Sun après sa victoire. (...) Aux Etats-Unis, même des personnalités de gauche ont apprécié les choix de Bernard Kouchner et de Dominique Strauss Kahn. (...) Autre source de confiance a priori en l'équipe Sarkozy, le rôle de conseiller diplomatique accordé à Jean-David Levitte, l'ancien ambassadeur français, coqueluche des cercles politiques américains. Washington préfère de loin un binôme Sarkozy-Levitte à un duo Chirac-Villepin. " (30)
Durant son séjour, Sarkozy était encensé par Rudoph Giuliani, un farouche sioniste proche des milieux néoconservateurs américains : "Le président français (...) est ravi de ses vacances américaines. 'C'était fantastique' , dit-il en interrompant son jogging. '
La France
est de retour. Il n'y a plus de problème', ajoute-t-il à propos de la relation franco-américaine. (...) Du côté républicain au moins, il s'est gagné des amis. Rudolph Giuliani, l'ancien maire de New York candidat à l'élection présidentielle a un nouveau livre de chevet, Témoignage de Nicolas Sarkozy, 'un des meilleurs livres que j'ai lus cet été'." (31) "Rudolph Giuliani, le républicain en tête des sondages pour prendre la succession de George W. Bush à
la Maison-Blanche
, a une nouvelle source d'inspiration : Nicolas Sarkozy. 'Le lendemain du jour où il a été élu, un grand quotidien a titré 'le Rudy français', je peux vous dire que j'ai apprécié', raconte 'Rudy' Giuliani au Figaro. Dans un débat entre républicains, l'ancien maire de New York avait même brandi cette page du New York Post comme le signe d'une victoire à venir." (32) Ce fervent admirateur de Sarkozy est opposé à la création d'un Etat palestinien et, lorsqu'il était maire, il avait interdit à Yasser Arafat de participer à tous les événements organisés par sa ville lors de la célébration du 50ème anniversaire des Nations-Unies. Pour sa campagne présidentielle, Giuliani s'est entouré de néoconservateurs juifs comme Norman Podhoretz, qui collabore souvent à la revue Commentary et qui cherche à tout prix à provoquer une guerre contre l'Iran... (33) (34)
( à suivre..)