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Samedi 04 Août 2007

 

MACHAHOU.. (1)

 

 

Si la riposte de Belaid Abdesselam aux accusations écrites du général en retraite Mohamed Touati ,souleva l’ire d’une certaine presse,cela ne pourrait surprendre que les non initiés.

 

Voici quelques extraits d’un  roman La Médaille et son revers’  que j’ai écrit et publié, en 1990.Il ne  s’agit bien sur,que d’une fiction concernant le Bolongui,un pays imaginaire.. Sa lecture donnera une idée sur le point de vue au sujet d’un certain  FLN, aujourd’hui, rangé au placard des antiquités.

 

Un jour peut être,les masses populaires cesseront de n’être que ‘ghachis’ pour demander des explications, voir des comptes ,auxquels ils ont droit.

 

                                                             M.A

 

La Médaille et son Revers’

 

                                       

 

 (  Deuxième partie : L’Alternative  ) 

 

 

Roman de Mohamed Arabdiou -Editions Anal.1990.

 

 

   « ..On peut un certain temps, cacher les luttes sociales ,leur contenu plein de nouveauté,leurs méthodes complètement renouvelées par l’idée démocratiques :elles se développe pourtant.

 

  L’aveuglement destructeur,les reniements aboutissant à l’alignement sur les politiques et les idéologies du capital,le tableau de l’information et de la vie médiatique favorisent le dégoût,le rejet de l’idée de politique,d’organisation,des phénomènes primitifs de racisme et néofascisme.

 

  Mais l’instinct vital,les réalités d’un monde en mouvement dont on ne pourra pas indéfiniment et impunément donner une présentation neurasthénique créent d’autres possibilités,exigent la recherche d’autres issues et le rassemblement de forces plus puissantes qu’on ne croit,sur des bases nouvelles.

 

  Au plan syndical,au plan des perspectives politiques aussi .Le besoin de démocratie,de vérité,de pureté,est une force immense .Est il utopique d’envisager une vie publique,un débat digne de cela ?Un jour,la vie l’imposera. »

 

                                                                                 ( Henri KRASUCKI –SG de la CGTLe Monde ‘)

 

    

 

        Comme dans les films à suspens,longeant le trottoir,une limousine noire,  au matricule diplomatique,roulait à vitesse réduite,obligeant une fourgonnette, à ralentir. Le livreur klaxonna timidement, pour se faire libérer la voie. Le  conducteur de la limousine ne broncha même pas. C’est à peine, s’il jeta un coup d’œil furtif, sur le rétroviseur. Le livreur n’insista pas .Il mit son clignotant,manoeuvra et dépassa.

 

  Au niveau d’un groupe de retraités,la voiture noire qui semblait glisser sur la chaussée, stoppa. Automatiquement,le carreau en verre fumé baissa,laissant paraître la forte carrure d’un homme en livrée, qui se renseigna .Il recherchait monsieur Doudou,et les vieillards ne connaissaient personne de ce nom. L’interlocuteur précisa ,qu’il s’agissait d’un épicier africain.

 

-  Il fallait l’ dire !vous recherchez Le Suédois ?,c’est tout proche ! .Surpris mais satisfait de la    réponse,le chauffeur salua puis redémarra ,pour disparaître au premier tournant. Ce Blanc était sans doute un Parisien ,que trahissait l’accent Titi. Que pouvait-il bien vouloir chez Doudou ?Les deux retraités n’en revenaient pas.

 

Dans ce quartier de la capitale française,l’épicier était comme le loup blanc. Dés le premier semestre de son installation,tout le monde le connaissait.

 

Très vite, le couple gagna la sympathie de nombreux habitants, qui appréciaient hautement la disponibilité constante de ces Africains. Ceux qui ne les aimaient pas,les toléraient…On appelait Doudou.  Le Suédois parce qu’un jour, tout au début,alors qu’il prenait un apéro au bar d’en face,un client trop curieux, lui demanda de quel pays, il venait. Imperturbable,Doudou répondit :De Suède.

 

Les témoins de cette scène, s’esclaffèrent. Depuis,il devint un familier,on l’appela  le Suédois .

 

Pour les habitués du bar,il semblait naturel de voir de temps à autre,un Bolongui parfois en boubou , traînant des babouches,rendre visite au  Suédois .De là, à ce qu’une voiture haut de gamme et flambant neuf, s’arrête devant sa boutique,n’y avait-il pas de quoi surprendre ?

 

Quand les badauds,qui épiaient,virent le chauffeur descendre, pour ouvrir de l’arrière et qu’un Noir, en trois pièces bleu marine, émerge de la voiture,ils furent estomaqués.

 

Malgré sa jeunesse -moins de 40 ans - le passager tenait une canne,non pas pour s’y appuyer,mais pour se donner un genre.

 

Le Noir transmit des instructions au chauffeur. Ce dernier répondit avec force courbettes,

 

avant de remonter dans le véhicule et disparaître. Une fois seul,l’homme au costume bleu marine,scruta le ciel en cette fin de matinée .Il faisait beau .Il examina sa montre :10 heures 30.Autour de lui,il ne remarqua rien d’insolite,mais il sentit, les innombrables paires d’yeux, braqués sur sa personne. Il examina enfin l’enseigne de la boutique,puis, il avança.

 

A l’entrée de l’épicerie,Doudou avait monté un étalage de fruits et légumes.

 

Le nouvel arrivé soupesa une orange qu’il serra dans la main ,l’air indécis.

 

Madeleine qui observait l’homme, dés sa descente de voiture,fut comme hypnotisée.

 

Elle se ressaisit,puis accourut l’air hébétée.

 

-Vous désirez quelque chose,Monsieur ?dit-elle en se nouant les doigts .Elle posa la question seulement pour se donner contenance, car elle sentait bien, qu’il ne s’agissait pas d’un simple client.

 

L’homme qui sembla un moment distrait,se ressaisit.

 

-C’est là qu’habite monsieur Doudou ?

 

-Oui monsieur,je suis son épouse.

 

-Enchanté,dit le visiteur non sans avoir ôté son chapeau et fait une révérence ,digne de la haute société,comme s’il n’avait fait que cela,durant toute sa vie.

 

-Je suis un ami.. .De passage à Paris pour affaire,j’ai voulu voir monsieur Doudou, avant de rentrer au pays…

 

Madeleine était ravie de cette réponse.

 

-Il est la haut,dit-elle en montrant du doigt, l’étage supérieur.

 

Après s’être excusée,elle courut appeler son mari, alors que celui-ci se rasait. Doudou descendit en bras de chemise, voir l’homme si important ,qui impressionna Madeleine.

 

Au seuil de la porte,il s’arrêta net,n’en croyant pas ses yeux. Un bref instant,il eut des doutes,une ressemblance ?Mais non ;c’était bel et bien Touré, son ex-associé de l’usine de drapeaux.

 

Dés qu’il l’aperçut,le fils de l’ancien serviteur de son père accourut, en ouvrant largement les bras, pour le serrer contre lui, au point de l’étouffer.

 

Madeleine en était fière .Doudou eut tout de même l’impression, que Touré en rajoutait…il l’invita au bar d’en face, pour un apéritif ,en attendant le déjeuner.

 

…Touré débarquant chez lui ,comme un prince,l’épicier n’en revenait pas.

 

Ayant deviné les raisons de cette surprise,l’invité jubilait. N’était-ce pas là, son objectif ?Pour lui,c’était une espèce de revanche sur le sort .Il avait tellement rêvé de monter haut,très haut. Mais cette ascension n’aurait pas eu de charme, s’il ne le faisait sentir à ceux qui l’avaient connu pauvre .Il tenait particulièrement, à s’imposer auprès du fils de l’ancien patron de son père.

 

Il voulut offrir une tournée,mais sur un ton ferme,Doudou dit non .

 

En même temps que le portefeuille qu’il tira de sa veste,le visiteur sortit son passeport sur lequel était gravé bien en évidence la mention  V.I.P qu’il ne manqua pas d’exhiber.

 

-Sais-tu que dans quelques temps,je peux devenir ministre ?dit-il pour confirmer sa position sociale.

 

-Ministre,c’est important. As-tu la formation requise ?

 

-Quelle formation ?Serais-tu naïf à ce point ?

 

-Ben,ministre,ce n’est pas rien !

 

-Et alors ?j’aurai un secrétaire général et un chef de cabinet qui marcheraient le boulot,des conseillers…Moi,je ne ferais que donner des ordres,et signer.

 

-Si tu continues,je ne vais pas oser t’inviter à manger, dans mon modeste logis.

 

Touré protesta, en donnant à son ex-associé, une tape amicale, dans le dos.

 

Après le déjeuner,l’invité s’excusa pour aller téléphoner à l’ambassade ,afin de faire reporter, un rendez-vous pris la veille.

 

S’étant libéré de ses engagements ultérieurs, il accepta de passer tout l’après-midi chez celui qu’il ne cessa pas d’appeler « mon frère »et « mon ami » ;ce qui ne déplut pas à Madeleine .Il eut ainsi le temps de faire savoir au couple,qu’il était fabuleusement riche,une richesse acquise par la force du poignet…et la volonté de Dieu,précisa-t-il.

 

 

       Après le désistement sur l’usine de drapeaux,il ,avait redémarré ,en montant une affaire de tissage,en association avec un chevillard, qui ne savait pas ou investir son argent .Moins d’un an après,prétextant l’incompétence de son partenaire,il se sépara de celui-ci en rachetant sa part ,qu’il paya par tempérament. Il est vrai qu’en dehors des moutons et des vaches,le chevillard n’entendait rien aux autres sources de profits.

 

Touré,qui connaissait parfaitement les limites de son associé, choisit le moment qui lui convenait ,pour relever cette anomalie. Dés qu’il fut seul maître à bord,les bénéfices décuplèrent. Il monta également une entreprise de commerce, spécialisée dans les matériaux de construction.  Ce fut une affaire en or dit-il à Doudou.

 

-Deux semaines après cette discussion,alors qu’il se rendait au Rungis,l’épicier rencontra son ami,l’ex-commandant Carrossa , au volant de son semi- remorque. Pour combattre le froid matinal,ils garèrent leurs véhicules au parking et se dirigèrent vers la brasserie la plus proche,à l’un des relais de la A 6,afin de prendre des cafés rhum, qu’ils affectionnaient et surtout, causer ...

 

  -L’opposant continuait à croire ,qu’un soulèvement populaire était imminent, au Bolongui. Selon lui, les injustices étaient trop flagrantes, pour être supportées par le vaillant peuple .Des amis venus du pays, lui rapportaient des incidents réels,parfois de simples rumeurs non vérifiées,que Carrossa amplifiait inconsciemment ,par ses commentaires agressifs. Doudou avait une tendance contraire. Il tempérait.

 

   L’ancien officier ne connaissait pas Touré,mais des amis le lui avait décrit, comme un parfait opportuniste, ayant le sens des affaires ;un homme qui ignorait ce que voulait dire le mot scrupule. Pour arriver à ses fins,  il était prêt à marcher sur le ventre de sa mère, disait on.

 

Il avait effectivement monté une usine de tissage avec les capitaux d’un chevillard et un prêt bancaire .Bien introduit dans l’administration, grâce à son appartenance au Parti,aux appuis qu’il avait pris soin d’entretenir dans les hautes sphères de l’armée et du gouvernement,Touré put disposer de toutes les licences d’importations de matières premières qu’il voulait .Mieux encore,il s’arrangeait pour gonfler les factures des produits importés , qu’il répercutait sur le coût de revient,laissant à chaque opération,une partie notable des devises,dans une banque étrangère.

 

     Ayant eu un homonyme,général dans l’armée,il répandit le bruit ,qu’il était le cousin de cet officier supérieur , très respecté pour son intégrité.

 

 Afin d’être plus convaincant,il se mit d’abord à critiquer l’illustre personnage :  Durant20 ans,il n’a pas mis les pieds chez nous. Ce n’est qu’après le décès de mon père, qu’il se rendit compte de sa négligence .Il me fit promettre de ne pas hésiter à le solliciter,en cas de besoin…

 

     Inventée de toute pièce,cette histoire fit ouvrir bien des portes à Touré. On intercéda en sa faveur. On le recommanda. Chacun se disputant le plaisir ,de rendre service à un  proche du général ,afin qu’un jour –qui sait ?-on serait payé de retour.  Une fois le train sur les rails,tout marcha , comme sur des roulettes ,expliqua Carrossa.

 

   L’exploitation de l’homonymie ne dura que le temps de lui permettre de voler de ses propres ailes.

 

 Au niveau des administrations qui l’intéressaient,Touré se mit à inviter les employés à prendre des cafés, puis des dîners en sa compagnie,le temps de s’informer sur les chefs de services,il oubliait alors les exécutants , pour courtiser avec assiduité ces petits cadres heureux de fréquenter un homme d’affaires ayant pignon sur rue .Le manège se poursuivait jusqu’au niveau des directions de ministères ,qui l’intéressaient.

 

    Dans ses rapports avec les gens qu’il utilisait,Touré jouait de la fibre militante et patriotique,tout en corrompant ces fonctionnaires, en utilisant le point faible de chacun .Tous les moyens étaient bons, pour acheter leurs bonnes grâces.

 

    Pour certains,ce sont des dons, en espèce sonnantes et trébuchantes, présentées sous forme de  prêts , qui ouvraient les portes secrètes de la fortune.

 

    Tel produit allait il manquer sur le marché?Il était le premier à  en être informé. Ce qui lui permettait de faire des stocks énormes,qu’il revendait à prix d’or..

 

  Quelques unes de ses victimes ,qu’il plaquait dès qu’il se liait avec leurs supérieurs hiérarchique,se rendirent compte du stratagème et se mirent à parler  de celui qui utilisait les gens comme le citron que l’on presse et que l’on jette ensuite, à la poubelle,sans pour autant, gêner celui qui  devenait un homme trop important,inaccessible aux subalternes.

 

  D’un revers de main,Touré rejetait les calomnies de bas étage ..

 

                                       ( A suivre.

 

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