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Lundi 21 Avril 2008

Sheikh Zemzmi analyse les actions d'al-Qaida au prisme de la loi islamique

 

Le sheikh marocain Abdelbari Zemzmi a accordé un entretien à Magharebia consacré au terrorisme d'al-Qaida en Irak et au Maghreb, à la loi islamique, à la fitna et à l'ouverture du dialogue avec les salafistes.

 

(Par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Casablanca - 18/04/08 )

 

 

Parlant de la violence terroriste en Irak et au Maghreb, le sheikh marocain Abdelbari Zemzmi a expliqué que les opérations d'al-Qaida sont injustes parce qu'elles visent directement des civils innocents. Dans un entretien avec Magharebia, il explique le concept islamique d'al-Tatarrus (le fait pour un ennemi de se protéger derrière des boucliers humains) invoqué par al-Qaida pour justifier le meurtre de civils.

 

 

 

Magharebia: Dans un récent message audio, le lieutenant d'Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahri, a justifié le fait de tuer des civils durant les opérations d'al-Qaida en invoquant le concept islamique d'al-Tatarrus. Quelle est la vérité sur cette règle ? S'applique-t-elle aux attaques perpétrées par al-Qaida au Maroc ?

 

 

 

Sheikh Abdelbari Zemzmi: La règle islamique d'al-Tatarrus ne peut absolument pas être appliquée aux opérations d'al-Qaida, qu'elles soient commises au Maroc, à New York, à Londres, en Espagne ou en Mauritanie.

 

 

 

Toutes les opérations menées par al-Qaida sont injustes et lâches, car elles visent directement des civils innocents. Le concept d'al-Tatarrus, pour être clair pour vos lecteurs, s'applique lorsque, durant une bataille entre une armée musulmane et une armée ennemie, l'ennemi capture un groupe de Musulmans et les place à l'avant de ses rangs, en pensant que l'armée musulmane va se retenir de tirer pour sauver les vies de ces autres Musulmans. L'ennemi peut alors attaquer sévèrement, en profitant de la faiblesse qui s'emparerait des rangs de l'armée musulmane. La loi islamique appliquée par les érudits dans ce cas autorise le sacrifice de ces Musulmans pour contrer l'attaque de l'ennemi, dans le respect du principe selon lequel si deux dommages sont inévitables, le moindre doit être encouru. La mort de ces otages musulmans est certes une grande peine. Mais si on laisse rentrer les ennemis des Musulmans sur leurs terres, ils occuperont ces terres, ce qui, naturellement, sera un préjudice encore plus grave. Il est donc nécessaire d'opter pour le moindre des deux dommages, c'est-à-dire frapper le groupe que l'ennemi utilise comme un bouclier afin de protéger la nation, le pays et la terre. C'est cela, la notion d'al-Tatarrus.

 

 

 

Comme vous le voyez, cette règle ne s'applique pas aux opérations d'al-Qaeda, parce qu'al-Qaeda n'opère pas sur un champ de bataille. Ils se cachent derrière des montagnes et n'envoient leurs hommes que pour frapper dans les villes. Et ce sont les civils qui habitent en ville, pas les militaires. Cela n'est ni permissible, ni justifiable. Les civils ne peuvent être attaqués sans raison. C'est une traîtrise. Vous ne pouvez que combattre un ennemi qui vous fait face ou qui occupe votre terre. Mais bombarder des gens innocents dans leurs maisons, cela est injuste et traître. Et le fait qu'ils soient ou non des Musulmans ne fait aucune différence. Ce sont des gens innocents, qui ne doivent pas être attaqués. Lorsqu'il s'agit de personnes innocentes qui n'envahissent pas vos terres et ne vous attaquent pas, comment pouvez-vous les prendre par surprise et, lâchement, les faire exploser lorsqu'ils ne sont pas armés ? Cela n'est pas autorisé par l'Islam. L'Islam est une religion de miséricorde. Dieu, le Grand, le Tout-Puissant, a dit : "Et nous ne t'avons envoyé qu'en miséricorde pour l'univers." L'Islam ne peut jamais être une source de mal pour les gens.

 

 

 

Les opérations commises par al-Qaida sont injustes et traîtres, à commencer par les attentats de 2001 à New York, qui ont été une injustice frappante et ont coûté la vie à des gens de différentes nationalités. Les deux tours n'avaient rien de bases militaires. Elles étaient des lieux de commerce et d'affaires. Cet attentat a été une traîtrise, dans tous les sens du mot.

 

 

 

Magharebia: Un nouveau phénomène est apparu dernièrement au Maroc, à savoir le fait qu'al-Qaida attire des kamikazes et les envoie en Irak. Qu'en pensez-vous ?

 

 

 

Zemzmi: L'Irak est actuellement une terre de fitna (discorde). Quiconque va en Irak et s'y fait tuer tue également des Musulmans, tellement il est clair que tout est totalement désorganisé là-bas. Les Musulmans s'entretuent par sectarisme et fanatisme. Les Sunnites tuent des Chiites, et les Chiites tuent des Sunnites.

 

 

 

Dans un cas comme celui-ci, la règle islamique est que les Musulmans doivent rester éloignés de la fitna. Cela a été ordonné par le Prophète, que la paix soit sur Lui, parce que quelle que soit la faction à laquelle appartient un Musulman, il ne servira que de catalyseur, déclenchant la fitna. Par conséquent, ceux qui partent en Irak gaspillent leurs vies et leur mort est un suicide, ce qui est un très grave pêché. Le Prophète a refusé la prière pour un homme qui s'était tué, affirmant qu'il était mort en désobéissance délibérée. Les attentats suicides en Irak ne sont donc pas légitimes, parce que l'Irak est une terre de discorde. Un Musulman doit s'abstenir de s'engager dans la fitna et d'en être l'un des protagonistes.

 

 

 

Magharebia: La fitna en Irak menace désormais l'ensemble de la région. Le Maroc est-il à l'abri ?

 

Zemzmi: La fitna est aveugle, comme ils disent. Là où elle se répand, elle sème le chaos. Personne ne peut prétendre être en sureté et en sécurité contre ce péril. Elle a même atteint la terre des deux Linceuls Saints, qui sont sacrés pour tous les Musulmans. La fitna n'a montré aucun respect pour La Mecque , Médine ou les régions voisines. Nous ne pouvons donc prétendre qu'un pays musulman en soit protégé. Ceux qui l'alimentent sont des ignorants. C'est la raison pour laquelle n'importe quel pays musulman peut être touché par la fitna, y compris le Maroc, à moins qu'elle ne soit traitée avec vigueur et totalement éradiquée.

 

 

 

Magharebia: Il y a quelque temps, vous avez appelé au dialogue avec les salafistes du Maroc. Pensez-vous encore que cela puisse être utile ?

 

Zemzmi: Je crois que nous devons initier un dialogue avec les salafistes qui sont chez eux, pas avec ceux qui sont en prison. Lorsque quelqu'un est en prison, il est en état de coercition. Il est prêt à consentir à tout ce que vous lui direz, juste pour pouvoir sortir de prison. Le dialogue avec ces gens n'est jamais utile ni profitable. Nous devons plutôt parler avec les salafistes libres chez eux, qui habitent dans des villes différentes. Ils entretiennent des illusions et doivent être invités à un débat. Nous devrions également choisir les érudits auxquels ils souhaitent parler, car du fait de leur pensée rigide et dogmatique, ils n'acceptent pas beaucoup d'érudits musulmans. Pour que le dialogue soit fructueux, ils doivent choisir les érudits et les accepter. Je crois sincèrement qu'un tel dialogue sera une étape cruciale dans le traitement de l'extrémisme auquel ces partisans de la ligne dure sont habitués.

 

 

 

Magharebia: Cette idée a-t-elle été mise en application ?

 

Zemzmi: Pas encore. Les attentats terroristes qui continuent d'être perpétrés ont gelé ce dialogue. L'idée est lancée depuis deux ans, mais elle ne s'est pas cristalisée.

 

 

 

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.

 

 

 

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