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Mardi 13 Février 2007
Ceux qui tirent les ficelles ‘ en annexe de l’éssai de M.Arabdiou

 


 


 

UNION DES FRANCAIS POUR
LA PAIX

 


 

Michèle Sibony

 

Juifs pour la paix

 


 


 

Michèle Sibony est issue d'une famille juive marocaine, elle a vécu en Israël pendant quatre ans. Professeur de français en lycée professionnel,

 

elle est l'une des responsables de l'UJFP (Union juive française pour la paix)

 

qu'elle a rejointe lors de la deuxième Intifada.

 


 

Je ne suis pas persuadée que l'existence d'une organisation spécifiquement juive

 

dans un conflit politique se justifie dans l'absolu, je serais même plutôt persuadée du contraire. Mais les liens des Juifs avec Israël existent de fait,même s'ils sont parfois niés. Certains Israéliens prétendent exprimer d'une seule voix le ressenti, les positions politiques ou les points de vue des Juifs dans le monde à propos d'Israël. Face à cela, je me sens obligée de me définir comme Juive et de refuser que l'on parle en mon nom. Une grande partie

 

de la population considère qu'il y a une expression juive mondiale par rapport à

 

Israël. La communauté juive française dit: "tous les Juifs de France sont derrière Sharon". Beaucoup de personnes pensent aujourd'hui qu'"il y a un lobby juif mondial" qui soutient Sharon et Israël, et à cause duquel les

 

droits des Palestiniens sont bafoués. Tout cela oblige parfois certains Juifs à se

 

constituer en une association politique pour dire: "si vous nous

 

définissez comme Juifs, permettez-nous une libre expression politique".

 

Au sein de l'UJFP, nous sommes réunis autour d'une charte. D'abord, les

 

conditions d'une paix durable sont obligatoirement les conditions d'une paix

 

juste. Faire des sauts dans le temps en faisant l'économie des difficultés

 

rencontrées et d'une résolution honorable où les deux parties puissent se

 

reconnaître, c'est reculer pour mieux sauter. Donc, les conditions d'une paix

 

juste, c'est l'existence de deux Etats (pour l'instant en tout cas). Il y a nécessité d'un Etat palestinien, qui reconnaisse l'émancipation nationale et le fait national palestinien, à côté de l'Etat israélien. Nous voulons un vrai territoire qui restitue l'ensemble de ceux qui ont été annexés par Israël en1967. Cela comprend aussi le retrait des colons et des colonies, une continuité territoriale , un territoire viable. Il faut reconnaître aux Palestiniens leur capitale qui est Jérusalem-Est et permettre aux Israéliens de garder Jérusalem-Ouest comme la leur .Une des erreurs historiques des négociations d'Oslo de la part des Israéliens fut de ne pas comprendre cet énorme besoin des Palestiniens que l'on reconnaisse le tort qu'on leur a fait subir, le mal qui a été fait aux populations et le droit des réfugiés au retour. Même dans l'UJFP, cette dernière question fait l'objet d'un débat actuellement. On ne va pas

 

dire que les Juifs ont eu droit au retour après deux mille ans et que ce n'est pas

 

possible pour les Palestiniens après cinquante ans: ça me paraît scandaleux.

 

Toutes les rencontres que j'ai pu faire avec des Palestiniens, que ce soit en

 

France ou en Palestine, m'ont mise face à des individus modérés: pas plus que

 

nous, ils n'imaginent un déferlement de quatre millions de Palestiniens en Israël. Malheureusement, au vu de ce qui est en train de se dérouler depuis un

 

an, ce qui était admis par les Palestiniens (et peut-être qu'on n'en était passi loin chez les Israéliens) me paraît reculer dans le temps. J'ai en tête ce que vient de dire la journaliste israélienne Amira Hass: la génération des Palestiniens qui a aujourd'hui entre 35 et 50 ans, qui était à Oslo, connaît la société israélienne comme une société multiple, et elle a appris à ne pas voir les Israéliens comme des monstres inhumains. La nouvelle génération vit le bouclage , et ne connaît des Israéliens que les colons et les soldats. Cela laisse présager de ce qui nous attend si on ne se dépêche pas de faire la paix.

 

Mais il est vrai qu'en France, le courant des Juifs pour la paix est en train de

 

se développer. A partir du moment où l'UJFP s'est définie comme une association juive laïque et française pour la paix, elle ne peut pas travailler uniquement en direction des Palestiniens ou des forces démocrates en Israël. Surtout que nous avons

 

commencé par nous démarquer radicalement de ce qui avait été dit par le

 

Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). C'est une

 

Grande part de la mission de l'UJFP que de s'adresser aux Juifs de la

 

communauté au sens large, d'expliquer quels sont les risques de poursuite du conflit .Le Crif a pris des positions détestables. Cela dit, Théo Klein, son

 

président d'honneur, s'est manifesté courageusement dans "Le Monde". Il s'agit

 

d'un appel très clair à Sharon, expliquant que c'est son devoir de prononcer le

 

retrait des territoires et d'appeler les Palestiniens à de nouvelles négociations.

 

Ceci est très nouveau et a été unanimement salué en France.

 

Nous allons participer aux "Journées du judaïsme laïque" qui se tiennent les 1er

 

et 2 décembre à la mairie du 13e arrondissement à Paris. Nous sommes

 

membres du Comité de coordination pour
la Palestine
, de la plateforme des ONG pour
la Palestine. Nous
participons à la campagne civile pour la protection du

 

peuple palestinien : il faut bien réussir à changer les choses de l'extérieur

 

tant que la situation est bloquée sur place et que nos Etats et gouvernements ne

 

sont pas capables de prendre des positions honnêtes. Nous participons aussi

 

à d'autres comités et campagnes.

 

Il y a un autre phénomène dont je n'ai pas parlé: depuis le début de

 

l'Intifada,nous nous sommes agrandis. Les gens de Sico (Solidaires des Israéliens

 

contre l'occupation) qui sont venus le 15 novembre à Paris et, par la suite, à

 

Grenoble, Lyon, Lille et Caen témoignent d'un développement important

 

de notre combat.

 

Nous menons une campagne pour faire connaître la vraie gauche israélienne. Nous n'avons pas d'état d'âme pour dire que Sharon est un criminel de guerre. Il y a peut -être des crimes de guerre qui sont en train de se commettre dans

 

Les territoires et, en Israël, des individus ont décidé de se documenter pour

 

pouvoir créer des dossiers à ce propos. S'il y a crime de guerre, il y aura

 

jugement. Mais maintenant, qu'on ne vienne pas me parler de "tous les Juifs" ou"tous les Israéliens", parce que ce n'est pas la réalité.

 

 

Propos recueillis par Charlotte Daix

 

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