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Mardi 09 Janvier 2007

 

 

‘Ceux qui tirent les ficelles’  -suite

 

Essai de M.Arabdiou   -2003

 

 Dans un livre- mémoire intitulé « Au fil des joursune vie » achevé en 2002 (1) j’évoque en partie,ces relations entre indigènes et européens, extrait.:

 

   « …Parmi les voisins de grand-père, je pense  aux deux sœurs Montiels d’age mur mais célibataires, vivant avec leur frère également vieux garçon. C’était de braves gens que tout le monde estimait. C’était hier… Je les vois avec leur char à bancs, caracolant, tiré par un cheval, aussi nonchalant que ses maîtres. Ils alimentaient régulièrement le marché en fruits et légumes frais, provenant pour l’essentiel de leur potager qu’ils cultivaient eux même.  Ce fut les premiers détaillants Européens dans le marché construit à l’emplacement de l’ancien, effondré  par suite des fortes chutes de neiges de l’hiver de 1936.(Il s’agit de Boufarik ).

 

       Ces gens modestes n’étaient  pas différents de nous. Si différence il y avait, c’était à leur  avantage. Entre nous, nous admettions, que, pris dans leur ensemble, ces Européens avaient bien des qualités que nous ne possédions pas ou que nous avions perdu. Bien souvent, nous les citions en exemple. En vérité, ils n’étaient ni pire ni meilleurs que nous. La différence, si différence il y avait, se forgeait en fonction de la situation sociale des uns par rapport aux autres. Entre ceux que l’on appellera  plus tard « les pieds noirs » et nous, existait une espèce de barrière invisible, faite d’ignorance mutuelle et de préjugés des uns vis à vis des autres.

 

     Entre Algériens et Européens, des amitiés inévitables ce tissaient, mais bien souvent, celles-ci reposaient sur des malentendus. Dés qu’ils mettaient les pieds chez nous, ou peut être avant, les nouveaux arrivants étaient conditionnés. Ils avaient le sentiment de vivre en territoire conquis, décrété territoire français, comme si, en tant qu’Algériens, nous n’existions pas.

 

     En centre ville, l’énorme statut du sergent Blandan  , trônait   , l’indexe, braqué vers le sol. Sur le socle ,était sculptées des scènes de guerre entre troupes françaises conquérantes et des  résistants sur la défensive. Les images et le commentaire gravés, rappelaient sans ambiguïté,   la nature des rapports entre français et algériens.

 

Dés lors, quoi qu’ils fassent, c’était des occupants installés par la force. Pour survire,il fallait composer avec eux,faire des sourires hypocrites,voir,des courbettes, si nécessaire.

 

 Bon nombre d’entre eux, voyaient en nous,des gens sournois, en qui ils ne pouvaient faire confiance .Ils n’avaient pas toujours tort…., Confusément, nous attendions, notre heure, parfois, en comptant sur la providence. Nous étions vaincus, pas soumis.

 

         Le colonialiste comme le colonisé, c’était d’abord un état d’esprit, dans chaque camp. L’un était conquérant ? qui trouvait normal de jouir des privilèges dus à ses conquêtes. L’autre était le vaincu ? qui attendait le moment propice , à sa délivrance. Les tenants de la colonisation voyaient en nous, d’abord, une main d’œuvre abondante et bon marché, ou bien une chair à canons disponible, lors  de conflits. Quand la France eut besoin d’hommes pour des guerre de 70  de 14-18, ou de 40-45 ,elle ne nous demanda pas, notre avis. Pour mobiliser les hommes valides, des Caïds  à la solde,se faisaient les garants du « volontariats » des Algériens, envoyés en première ligne, pour se battre contre des Allemands traités « d’ennemies » alors, qu’ils ne les connaissaient pas. Pire encore, la France utilisa les troupes coloniales, les unes contre les autres. Des Algériens furent envoyés faire la guerre, contre leurs frères du Rif, au Maroc, alors que des tabors Marocains ou des Sénégalais, furent lâchés,en quartier libre, dans les douars Algériens, en état d’insurrection.

 

       Au fur  et à mesure que les années passaient, les Algériens eurent à connaître une France Bicéphale, véhiculant deux valeurs antinomiques, l’une répressive, que nous subissions quotidiennement, l’autre, libertaire que nous découvrions et admirions, à l’école, dans les livres, les journaux, le cinéma etc.… Elle nous donnait des ailes.

 

Qui de ma génération n’a pas vibré pour les personnages de la révolution française de 1789, de la commune en 1871 ? Tout en nous opprimant, la France nous enrichissait. Les valeurs du peuple de France, contribuèrent largement, à nous inculquer des idées révolutionnaires, qui  le moment venu,nous permirent de fourbir les armes indispensables, à notre libération du colonialisme, que tout homme censé, ne confondra pas, avec les vraies valeurs du peuple de France.

 

     Durant la guerre injuste que nous livra le colonialisme, il y eut toujours des Français amis et solidaires, de notre juste cause.

 

Les milliers d’Algériens qui séjournèrent en France furent sans doute exploités par le capitalisme, mais cette  présence même, permit à nos compatriotes ,de mieux s’imprégner des techniques de luttes sociales et politiques.

 

     Ce n’est pas un hasard si, à l’instar de Chou en Lai et autre, Ho Chi Min, Messali El Hadj et ses compagnons, commencèrent la lutte en France , au sein du PCF et de la CGT.  »

 

 

 

                                      A suivre..

 

Ce livre mémoire intitulé ‘Au fil des jours,une vie’ se compose en trois chapitres. Le premiers raconte comment mes vieux parents d Iflissen région de Tigzirt S/Mer vinrent s’installer vers 1890 à Boufarik,ville typiquement coloniale et notre vie jusqu’au 1er Novembre 54.Le 2ème chapitre raconte mon expérience militante de 54 à 62.Le troisième,ma vie journalistique depuis le mois d’août 1962

 

Les deux premiers chapitre furent publiés sur le site d’un Toulousain qui a bien voulu les héberger .Le troisième,probablement jugé trop risqué n’ a pas été publié..

 

Ce texte fut repris par Google et yahoo ou chacun peut le lire mais attention a la confusion entre la première et la deuxième partie..    

 

                                                                                      M.A

 

 

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