La vieille Taupe.
3.--Le règne du mensonge
Tous les beaux discours sur les droits de l'homme, qu'on nous sert à jet continu, ne sont que de la poudre aux yeux. Hier l'Iran du Shah, l'Irak de Saddam Hussein, l'Argentine, le Chili, le Zaire, l'Algérie, aujourd'hui
L'avènement de la démocratie a inauguré une ère d'hypocrisie sans précédent. Car les démocraties, qui sont aussi agressives que n'importe quel régime, ne cessent d'invoquer la morale et les droits de l'homme pour couvrir leurs agissements. Lorsque Louis XIV mettait l'Europe à feu et à sang, il ne posait pas au "libérateur". Depuis la révolution de 1789, tout cela a changé. Auparavant les guerres étaient faites par des professionnels, et les rois n'avaient pas à se justifier devant une opinion publique qui n'existait pas encore. L'une des conquêtes de la démocratie est d'envoyer tout le monde au casse-pipe, d'où la nécessité de persuader la piétaille qu'elle se bat pour la bonne cause. L'adversaire ne peut être que Satan en personne. Pendant la première guerre mondiale, les services de propagande alliés ont fait courir le bruit que les Allemands tranchaient les mains des enfants belges et transformaient les cadavres en engrais, ou même en savon! Ces "informations" ont été reprises par les journaux. De là date l'expression "bourrage de crâne". Cela a pris parce que le public est avide d'horreurs. Dès 1920-1925, tout le monde a finalement reconnu que ces allégations avaient été forgées. Entre-temps, sous la pression de
"Les démocraties sont bonnes filles; elles ont l'habitude de capituler devant les dictatures". Nos chiens de garde ressassent ces formules et stigmatisent au passage "l'esprit de Munich", ce qui leur permet d'embrayer sur la nécessité d'écrabouiller tel ou tel pays -- arabe pour le moment -- qui porte ombrage à l'establishment mondial. En fait, les démocraties ne sont nullement des régimes faibles, bien au contraire. Quant à la seconde guerre mondiale, ce n'est pas Hitler qui a commencé. Les revendications de Hitler concernant les Sudètes et la ville de Dantzig étaient parfaitement légitimes. La seconde guerre mondiale, qui aurait pu être évitée, a d'ailleurs offert aux démocraties de belles occasions de manifester leur caractère pacifique. En août 1945, les Américains lâchèrent deux bombes atomiques sur le Japon. On a toujours dit qu'ils l'avaient fait pour abréger le conflit. Or, on sait à présent avec une certitude absolue que les Japonais avaient offert de capituler un mois auparavant. On sait aussi pourquoi les Américains ont fait la sourde oreille: d'une part leurs stratèges voulaient essayer leurs bombes sur de vraies villes ("Quelle belle expérience!") et, d'autre part, il s'agissait de faire comprendre à Staline que la guerre était finie et qu'il devait arrêter la progression des armées soviétiques en Asie. Au début de la même année, l'aviation anglaise avait rasé Dresde à l'aide de bombes incendiaires. Deux cent mille personnes (autant qu'à Hiroshima et Nagasaki) furent brûlées vives en l'espace d'une nuit. Une dernière vague d'assaut s'acharna sur les sauveteurs dans une ville en feu. Or la guerre en Europe était pratiquement terminée, la ville ne comptait aucune industrie ni aucune installation stratégique, et elle abritait des centaines de milliers de réfugiés qui fuyaient devant l'Armée Rouge. Dresde était l'une des plus belles villes d'art du monde. Les Anglais savaient tout cela. Ils savaient également que les bombardements massifs avaient peu d'effet sur les capacités militaires de
En
A quoi bon multiplier les exemples? En cette fin de siècle la démocratie incarne le Bien, le Droit et
Terminons par une observation que chacun a pu faire d'innombrable fois au sujet de la fameuse "transparence démocratique". On dit toujours que les dictatures cachent leurs catastrophes. Ce qui est vrai. Et les démocraties, alors ? Chaque fois que se produit un incident nucléaire, les pouvoirs publics (et privés) se liguent pour le cacher.


