La 'Médaille et son Revers ' suite..
La découverte de ce tissu remontait à 195…C’est Albert,un professeur à la faculté d’Alger qui,las d’entendre des coups de feu et les explosions de bombes, dans une ville qu’il avait connu paisible,avait décidé à quitter l’Afrique du Nord, pour se rendre plus au sud,au Bolongui,rejoindre son frère riche propriétaire dans cette colonie.
C’est une espèce d’excentrique dont le passe-temps favori, consistait à faire des balades dans la nature, pour inventorier la faune et la flore des alentours.
Un jour,il fit ramener à la ferme,tout un tombereau de sisale, qu’il engrangea ,dans le hangar proche de l’écurie. Il renonça soudain aux balades champêtres, pour s’adonner à des expériences compliquées auxquelles personne ne prêta attention. Un jour,bêtement ,il se noya dans le bassin d’irrigation ou pourtant,il avait l’habitude de se baigner.
Les vêtements du défunt, furent distribués aux indigènes du domaine. Quant aux objets personnels, qui se réduisaient à quelques accessoires,un paquet de cahiers,un bout de tissus soigneusement enveloppé ,dans du papier kraft ,ainsi qu’un rouleau de fibre tressée
Qui furent rangés, dans le grenier de la grande demeure du colon.
Quelques mois plus tard, attiré par les nids d’oiseaux,Hubert,transgressant aux recommandations de son père,pénétra dans ce que l’on appelait familièrement la taverne d’Ali Baba .
Bravant la poussière,l’adolescent se permit de fouiller dans le coffret. Il prit le paquet de cahiers, qu’il se promit de lire, dans l’espoir de mieux connaître l’original qu’était ,oncle Albert.
A travers ces documents,le professeur léguait ,un trésor à son frère .Il avait découvert une variété d’agave, qui ne poussait qu’au Bolongui. Cette espèce de sisale, recelait une fibre unique au monde, permettant de tisser une étoffe très résistante,infroissable,et plus douce que la soie.
Après avoir comparé les notices explicatives,aux morceaux de tissus,ainsi que des fibres conservées intactes,le major reprit à son compte l’expérimentation qui s’avéra concluante.
Il enregistra en son nom,le brevet d’invention en se gardant de révéler la formule de traitement chimique indispensable pour l’obtention de ce merveilleux tissus .Le reste fut une affaire d’investissement et de marketing.
Le major eut la chance de rencontrer Elsa alors au sommet de sa gloire .Les costumes et les robes en Hit portant sa griffe furent confiés aux plus grandes stars et firent le tour du globe.
A chaque modèle,elle donna un nom des plus évocateurs Vénus , apogée , céleste , cosmos .Ce qui coïncidait avec les premières conquêtes de l’espace. Dés lors,on ne jura plus que par le Hit.
Dans le domaine musical,il y eut le Hit balade .Alors que le mambo tcha-tcha-tcha et le calypso faisait fureur,on lança la danse du Hit qui persista jusqu’au déferlement du rock and roll.
Dans les salles de cinéma, les spectateurs qui,lors des intermèdes habituels, profitaient du temps de pub ,pour se rendre aux toilettes,ou s’acheter des esquimaux,ne bougeaient plus de leurs siéges, afin de voir des tribus bédouines,les abouchéques fondre sur les abouzhuiles et, bien sur, ce sont ces derniers qui gagnaient la bataille, grâce à leurs burnous en Hit que vantait leur chef victorieux.
Par ce spot, Publi -Monde faisait d’une pierre deux coups :Tout en vantant le Hit,il présentait des Arabes ;aux regard agressifs aggravés par une barbiche noires et des canines en or ,qu’ils ne cessaient de se curer, avec la pointe de leur dague. Ces séquences, portaient en Occident, un coup sérieux, à l’image de marque des Arabes .Mais ces derniers étaient loin de prendre conscience de l’enjeu et d’apprécier l’impact ,des mass –médias, à sa juste valeur.
Ceux d’entre eux ,qui pouvaient infléchir la décision de Publi- Monde préféraient passer leur temps dans les casinos de Las -Végas ou de Monté- Carlo.
Après plus d’un an de projection de ce filme subversif, Publi- Monde ,réalisa d’autres scènes, portant sur un autre registre :le western.
Alors que les Apaches envahissent Fort Adams, en poussant des cris de guerre ,un shérif en tenue de trappeur et imperturbable, intervient ,afin de venger, le régiment anéanti. Un à un , les peaux rouges, tombent à ses pieds,criblés par les balles vengeresses du justicier.
A la question du reporter local, sur le secret de son invincibilité,le shérif calme et sur de lui,roule une cigarette, tout en montrant un gilet pare-balle en…Hit…
Lors d’une grande réception,quelqu’un fit remarquer à Solé Arthur,le célèbre animateur de radio,quel succès avait connu le Hit,ce tissu qu’il qualifia de formidable .Non convaincu,l’impétueux journaliste explosa ,sur un ton goguenard.
-Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?Pour moi,le Hit c’est de la merde !
Ces paroles semèrent la consternation. Tout le monde se tut. En portant le regard sur l’auteur de ce coup d’éclat,chacun se signa.
Le lendemain,lorsque Solé arriva à la maison de la radio,l’huissier le prévint que le patron l’attendait. Le directeur était dans tous ses états. Dès que le célèbre journaliste arriva,son chef explosa :
-Ce matin,j’ai reçu un coup de fil de la part de qui tu sais…Ca ne va pas non ?
- je n’ai rien dit de bien méchant,j’ai dit que le Hit ,c’était de la merde !
Exaspéré,le patron s’affaissa dans son fauteuil et demanda un verre d’eau, à la secrétaire,afin de prendre son cachet ,contre l’hypertension artérielle.
-Sais tu que nous sommes à la veille de signer un contrat de pub, portant sur plusieurs millions ?..Tu veux tout foutre en l’air ou quoi?
Devant la fureur du directeur,Solé devint plus conciliant. Tout en admettant, qu’il aurait pu être plus coule ,il promit de faire amende honorable, dès que l’occasion le permettrait.
Le lendemain,il se présenta sur le plateau de la télévision, en costume bien coupé,non sans préciser, à l’animateur de l’ORTF, que tant d’élégance, n’était possible qu’avec du Hit..
Quelque jours plus tard,à deux heures du matin,une dame téléphona à Radio France, pour exprimer son désespoir,à Mina Boulanger,autre animatrice de renom. Après avoir demandé une photo à celle –ci ,afin d’en faire une amulette, pour guérir du rhumatisme,l’infortunée auditrice ,se plaignit de n’avoir jamais eu les moyens d’offrir à sa fille chérie,la robe en Hit, dont elle rêvait depuis si longtemps.
En bonne psychologue,Mina avec sa voix suave,conseilla à la malheureuse de patienter.
-Savez-vous,lui susurra la speakerine de sa voix de velours que j’ai attendu deux années pour enfin m’offrir un peignoir en Hit ?
Sous la pression de leur jeunesse,les pays socialistes membres du Comecon ,exprimèrent eux aussi ,le désir d’acquérir du Hit,en échange de produits locaux. Le major refusa le troc.
-S’ils veulent du Hit,ils n’ont qu à payer cash,et en dollars,dit-il à son directeur commercial.
Compte tenu du succès que connut le Hit,la C.O.M. ne lésina jamais en matière de publicité. Les quotidiens recevaient régulièrement des pages entières de textes chocs, ainsi que des illustrations ,les plus percutantes,les plus osées : Moi ,j’aime Hit ,s’écriait cette jolie fille. Hit,c’est meilleur affirmait cet homme, aux tempes grisonnantes,dans un grand quotidien du soir. Il en allait de même, dans les journaux de tous les pays ou le Hit était présent ,sur le marché.
Malgré l’imagination féconde des spécialistes en médias,à force d’aborder le même sujet, sous tous les angles,il devenait de plus en plus difficile d’innover. Dés lors,certains textes frisèrent l’indécence.
Déjouant la censure,un spot télévisé, présenta une ravissante femme presque nue,l’air hystérique,harcelant son conjoint :
Hite-moi chéri,encore,hite moi !...
Scandalisé,un membre du comité chargé de veiller à la bonne moralité des émissions ,d’une télévision encore naissante,écrivit une lettre, qu’il adressa au quotidien Le Monde ,afin de dénoncer, ce qu’il jugeait intolérable.
Sensibilisée,la secrétaire chargée du courrier, rangea la missive, à l’angle de son bureau ,afin d’en faire bon usage-Elle avait 40ans,et ne savait pas,ce qu’était l’intimité d’ un homme…
Lorsqu’elle tendit la lettre, au responsable du courrier,un pied-noir engagé à l’essai,celui-ci la parcourut puis,brusquement,il la froissa et la jeta au panier.
-Qu’il aille se faire hiter par les grecques !dit-il à la demoiselle ,franchement outrée par des trivialités auxquelles, elle n’était pas habituée.
Ce samedi soir à Paris, Wagram faisait salle comble, à cause d’Aimable,le célèbre accordéoniste, en tête d’affiche.
Après une valse,le virtuose présenta un nouveau chanteur qui allait donner une étrange version de la chanson d’Annie Cordie. L’assistance était aux anges car,il s’agissait d’une marche facile à danser. Mais au lieu de : « Chérie viens vite,viens à Nogent !...Il y aura des frites et du vin blanc »,le chanteur hilare, vociférait au micro : Chérie viens vite,viens à Nogent ..pour que j’te hite,ce soir et tout l’temps !..
Le jeune artiste ,avait été royalement rémunéré, par
Prévenus,des journalistes spécialisés étaient prêts à s’emparer de l’affaire. Mais accaparée par des tournées à travers le monde,Annie Cordie, ne réagit pas comme on l’escomptait..
Dommage,dit le patron des services RELEX de
Après la haute couture,c’est l’industrie du prêt-à-porter, qui s’intéressa au hit. Malgré la présence sur le marché,du nylon et autre tergal, à bien meilleur marché,la mode du Hit fit fureur.
à suivre..



