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Jeudi 02 Novembre 2006
V

         Ces Arabes..

 

  (  Introduction  de « Le soleil d’Allah brille sur l’Occident » de Sigrid Hunke -Editions Albin Miche-1963)

 

 

 

 L’univers actuel ne se compose plus de la seule Europe. Et l’histoire de l’Europe ne constitue plus aujourd’hui à elle seule l’histoire de l’univers .D’autres peuples,vivant sur d’autres continents,sont montés à leurs tour sur la scène de l’actualité mondiale .Toutefois,et tandis que de nos jours toutes les parties du monde sans exception, assument un rôle dans le scénario de l’histoire universelle,nous continuons à évoquer le passé sous la forme d’une « nappe monde » médiévale uniquement constituée par une Europe que cerne l’Océan,une Europe dont les foyers spirituels,l’Hellade et Rome,occupent en quelque sorte la place du Paradis. Que d’autres peuples,d’autres continents existent également,qui revendiquent une place bien méritée,non seulement dans l’histoire universelle,mais encore dans notre propre histoire occidentale. C’est un état de fait que nous ne pouvons plus ignorer, à une époque ou nous partons à la conquête de l’espace.

 

 Aussi,le moment semble t il est venu, de parler d’un peuple qui a profondément marqué le cours des évènements mondiaux,un peuple auquel l’occident et avec lui l’humanité tout entière doivent beaucoup. En dépit de quoi et sur cent traités historiques que vous feuilletez,vous n’en trouverez guère plus de deux qui mentionnent son nom. Aujourd’hui encore,pour tout écolier occidental,l’étude,de l’histoire du monde , -celle de la littérature de l’art et des sciences- débute par un examen superficiel de ce que furent l’Egypte ancienne et Babylone,pour s’arrêter ensuite longuement sur la Grèce et Rome puis,après un rapide coup d’œil jeté vers Byzance,passer aussitôt au Moyen Age chrétien et de là enfin, au temps modernes .L’Europe pré médiévale ne retient guère l’attention,pas plus que les évènements extra –européens contemporains du Moyen -Age. Qu’en ce temps là,aux portes même de l’Europe,les Arabes aient porté pendant les trois quarts d’un  millénaire,le flambeau de la civilisation,qu’ils aient donc connu une période de splendeur deux fois plus longues que celles des Grecs,qu’ils aient en vérité influencé l’Occident plus directement et plus diversement que ces derniers,qui s’en soucie ?

 

On ne leur accordent une certaine importance qu’en fonction de leur rôle vis-à-vis des Grecs :ce sont eux qui ont « transmis » à l’occident les trésors des anciens. Cette simple phrase qui prétend rendre hommage au service que les arabes ont rendu à l’occident, ne réussit en fait qu’à les amoindrir en   réduisant leur rôle, à celui de simple intermédiaire, tout en passant sous silence l’essentiel de leur œuvre.

 

  Car il ne  s’agit pas seulement d’élargir notre horizon historique, mais encore,au temps ou nous cherchons dans l’ennemi d’hier,l’ami de demain,,de franchir les vieilles barrières édifiées par la religion,de faire preuve d’une plus grande tolérance et,par-dessus les questions de croyances,de porter notre attention sur les êtres humains.

 

 

 Serait il encore trop tôt pour rendre justice à un peuple auquel,par fanatisme religieux,nous avons refusé son droit à un jugement objectif et équitable,dont nous avons systématiquement dénigré les remarquables réalisations,dont dont nous avons masqué et escamoté la contribution essentielle à notre civilisation ?La nature des rapports entre l’Occident et le monde arabe, depuis la proclamation de l’Islam jusqu’à nos jours ,montre de façon exemplaire à quel point les sentiments et les passions, peuvent dicter la façon d’écrire l’histoire. C’était chose compréhensible en un temps ou toute influence hétérodoxe était considérée comme indésirable, parce que dangereuse. Mais ce point de vue,valable sans doute au Moyen –Age,ne devrait plus avoir cours  aujourd’hui. Or,il est certain qu’une sorte de malaise d’origine religieuse,inconscient le plus souvent, mais profondément enraciné en nous,limite notre horizon et nous indispose à l’égard d’individus auxquels la propagande a conféré l’aspect d’incendiaires,d’idolâtres et de sorciers. Tout récemment encore,la controverse acharnée suscitée par la  simple question des origines du « minnesang » *à pu nous donner une idée de la répulsion que nous éprouvons toujours à admettre l’existence d’un héritage arabe et des passions que cette répulsion peut encore déchaîner au xx éme siècle.

 

Reconnaissons du moins ,qu’une telle controverse, n’a été possible que parce que notre horizon commence lentement à s’élargir,tandis ‘idée d’un jugement équitable,se fraye peu à peu son chemin.

 

 Du destin du monde arabe,qui,une fois déjà a changé la face du monde,peut-être le notre va-t-il très bientôt,dépendre étroitement .Ne serait il pas temps dès lors, de nous interroger,au delà de ce qui nous sépare,sur ce qui nous lie,sur ce que nous avons de commun.

 

 *Le poème courtois du Moyen Age.

 

 Cet ouvrage parlera des « arabes » et de la civilisation « arabe »,non de la civilisation « islamique »,car il est notoire que non seulement des chrétiens,des juifs,des parsis et des sabéens ont contribué à cette civilisation ,mais qu’encore bon nombre des plus éclatantes réalisations de celles-ci ,se sont précisément effectués contre l’Islam orthodoxe. En effet,bon nombre des éléments qui constituent le génie spécifique de cet univers spirituel existaient déjà dans le caractère  de l’arabe, des temps préislamiques.

 

 Le présent ouvrage de « l’arabe «  et de la civilisation « arabe » en dépit de ce que les créateurs de cette dernière, n’aient pas tous été citoyens de cette nation  qu’Hérodote désignait déjà sous le nom d’ »Arabioi »,mais également Perses,Indiens,Syriens,Egyptiens,Berbères, et Wisigothes. Car tous les peuples auxquels les Arabes avaient imposé leur domination étaient unis tant par une langue et une religion commune empreinte dont le vigoureux génie arabe les avaient marqués,d’où leur unité culturelle d’une splendide harmonie.

 

Cet ouvrage parlera donc de la civilisation arabe comme on parle de la civilisation américaine. Il ne qualifiera pas plus de ‘perse’ un Al -Rasi ou un Ibn Sina (tous deux issues de familles perses établies depuis des générations en pays arabes) qu’on ne songerait à qualifier d’ »Allemand » l’ex Président des Etats-Unis d’Amérique Dwigt D .Eisenhower.

 

 Cet ouvrage a pour but de s’acquitter envers le monde arabe ,d’une très ancienne dette de reconnaissance. Et si,pour ce faire,il traite d’un grand nombre d’influences directes ou indirectes de la civilisation arabe -quoique ne pouvant évidemment les citer toutes -cela ne signifie pas pour autant que nous lui devions tout !Et cela ne signifie pas non plus que nous songions à négliger ou à minimiser l’importance considérable des influences grecque et romaines,chinoise,indienne ou juive .Pas plus d’ailleurs que nous ne songeons à nier l’évolution propre et la vigueur du génie des peuples germaniques et romains qui surent puiser dans les apports étrangers, de quoi se réaliser eux même .Beaucoup de mains tissent le grand tapis de la civilisation. Chacune d’elles contribue au travail commun et a droit de ce fait à notre gratitude. 

 

       

  (  Introduction  de « Le soleil d’Allah brille sur l’Occident » de Sigrid Hunke -Editions Albin Miche-1963)

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