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Mardi 26 Septembre 2006

CEUX QUI TIRENT LES FICELLES’    8       (suite )

 

   (Assai de Mohamed Arabdiou)

 

Le choix du Proche Orient,ne fit pas l’unanimité

 

   

 

  « Sur la question de la Palestine ,Louis Massignon,qui fut le dernier des orientalistes français ,s’est trouvé à contre-courant, de la majorité des intellectuels français,dès 1917

 

(déclaration Balfour), jusqu'à sa mort,en 1962.Sans doute, un Paul Claudel,un Jean Paul Sartre, n’ont-ils jamais donné leur parole aux arabes,comme lui-même en  1908,sans doute ne se sont ils jamais souciés de cette hospitalité, dont il avait fait le motif de toute sa vie : en mémoire d’Abraham, »le père de tous les croyants » Quoiqu’il en soit,au sionisme du premier, en 1951,Louis Massignon avait déjà répliqué,trente ans auparavant,en remarquant que la question musulmane de la Palestine , ne se résoudrait pas avec de l’argent,et à la « neutralité » du second ,dans les années 60,il aurait donné antérieurement le témoignage de plus de dix années d’engagement pour la paix,dans la justice, en Palestine..

 

 

 

        Sioniste,Louis Massignon le fut indubitablement,à partir de 1917,au moment de sa rencontre avec Chaim Weizmann,à Jérusalem. Dans les années 20,il est même à peu près seul en France, à porter un intérêt au Foyer juif .

 

A  contre courant,donc, lorsqu’il s’agira de sensibiliser l’intelligentsia française à la revendication sioniste,sur le thème du «  droit  de retour » d’Israël : » Ils se souviennent de leurs morts,et cela suffit pour créer un droit à revenir près d’une tombe ».Mais,à contre – courant aussi,à partir de 1936, quand il s’élève contre la colonisation de la Palestine ,  puis sa partition et  enfin,avec la création de l’Etat d’Israël,en 1948,contre le douloureux problème des « personnes déplacées » et des camps de réfugiés.

 

 

 

      L’incompréhension qui accompagne, ce que le sionisme aura perdu sa légitimité pour l’orientaliste dès 1927,alors qu’il ne deviendra légitime pour la plupart des intellectuels français qu’après 1945.Autant dire qu’ils ne se sont jamais rencontrés. C’est pourquoi,d’ailleurs,Louis Massignon se trouva à nouveau seul entre 1936 et 1948 pour dénoncer le mode adopté par le sionisme du « retour d’Israël » en Palestine,autrement dit,selon, ses mots, « la technique parfaite et implacable du plus exaspérant des colonialistes ».

 

   Ces dates ont leur importance,car elles permettent de situer sur l’échelle historique du sionisme,les prises de position de Louis Massignon en relation avec ce qu’on pourrait nommer la tournure des évènements,depuis la déclaration Balfour qui stipulait que « rien ne serait fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non  juives en Palestine » jusqu’à la création de l’Etat d’Israël, »en vertu du droit naturel et historique du peuple juif » qui chassera bientôt 1 million de réfugiés (1949) hors de leurs terres. Certes,il aura été sioniste,en 1917,mais il attendait aussi que « l’Israël  en Palestine soit assorti d’une   entente loyale » selon son mot de 1921,entre juifs  et palestiniens. Il aura été anti-colonialiste, contestant aux populations arabes, chrétienne et musulmane, le droit de vivre en paix sur leurs terres ancestrales ,et, enfin,anti-sioniste extrémiste lorsque la Palestine disparaîtra au profit de l’Etat d’Israël,en 1948,c'est-à-dire au moment ou ces populations palestiniennes seront purement et simplement expulsées de chez elles et regroupées dans des camps de réfugies .

 

 

 

      On peut estimer que de ce point de vue,Louis Massignon a été autrement plus lucide que la plupart de ses contemporains,Prophétique même,en dénonçant très tôt le colonialisme juif qui devait aboutir à un conflit qui demeure dans l’impasse depuis des décennies. Qui d’autres que lui d’ailleurs, a décrit aussi nettement la genèse de ce conflit : Israël, éternel, regrouper dans le « national home » à lui reconnu depuis1917, adoptait le colonialisme,et décidait de faire fuir,en les terrorisant par les attentats méthodiques,les laboureurs arabes musulmans et chrétiens, pour loger ses propres immigrants et réfugiés  ?

 

 

 

        Enfin ,il serait sans doute demeuré fidèle au sionisme, si le «  retour d’Israël » s’était déroulé loyalement .Le changement radical de son attitude à l’égard du sionisme s’explique,en effet,par l’idée qu’il s’en était faite : « Le sionisme est,et doit rester la loyauté vis-à-vis des nations »Loyauté, donc,de la part des « nouveaux habitants d’origine israélite »,qui passe par une présence palestinienne,respectueuse du pays et des habitants qui y vivent : Ceux qui voudront participer franchement à la vie nationale en Palestine devront se dire exclusivement palestiniens » On sait que cette loyauté,maître -mot du vocabulaire de Massignon,est rapidement mis à mal,sous le mandat britannique,par les sionistes eux-mêmes,tandis que  va grandissante chez les palestiniens chrétiens et musulmans  leur exaspération ,mot qui reviendra  fréquemment sous sa plume .Ainsi,au fur et à mesure ou le sionisme s’écartera de sa loyauté, grandira  l’exaspération des arabes musulmans et  chrétiens de Palestine et,dans le même temps,pour Louis Massignon,s’évanouira l’espoir d’une réconciliation -autre mot clé- entre juifs et arabes .Son désir de justice autant que son sens de la loyauté- comme de la parole donnée- ne pouvaient que l’incliner en quelque sorte,naturellement,à partager l’exaspération des arabes palestiniens. »

 

              ( Nous avons hélas égaré le nom de l’auteur de ce témoignage)

 

                                                                                                        ( à suivre..)

 

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