Point de vue :
Belaid Abdesselam et la laicité.
La laïcité, dans son acception originelle, est fondée sur la neutralité de l’Etat vis-à-vis
des religions, là où co-existent plusieurs confessions. Dans certains cas, elle vise à
sauvegarder la religion de la main -mise de l’Etat ; dans d’autres cas, son but est de soustraire
l’Etat à l’emprise de la religion. En France, ses défenseurs lui donnent souvent l’allure d’un
anti-cléricalisme parfois virulent. Mais, cela n’empêche pas que, même en France où la laïcité
est érigée en une sorte de religion d’Etat, cette laïcité n’est pas arrivée à imposer une emprise
totale sur un secteur aussi vital que celui de l’enseignement, puisque « l’école libre », qui, en
réalité représente l’école initiée par les organisations religieuses, occupe une large place dans
l’éducation de la jeunesse, avec l’appui déterminant d’une grande partie de l’opinion publique
française et avec le concours financier du budget de l’Etat .
En Algérie, ceux qui se réclament de la laïcité ou, du moins, certains d’entre eux,
en font une véritable religion nouvelle, sectaire et intolérante, qui engendre une autre forme
d’intégrisme d’une virulence rivalisant avec celle de l’intégrisme islamique. Ces deux
intégrismes forment une sorte de binôme où chacun des deux partenaires adversaires déploie
un argumentaire qui alimente l’agressivité de l’autre, au détriment de ce qui peut contribuer à
rétablir ou à consolider la sérénité et la concorde au sein de notre société.
.
Ceux qui, chez nous, s’autoproclament « démocrates » et « républicains », ne font
plus référence, pour invoquer quelque exemple à l’appui de leur orientation idéologique, au
modèle français ; ils se réclament de plus en plus du précédent kémaliste en Turquie. Ils
croient pouvoir, ainsi, éviter qu’une filiation soit établie entre eux et ceux qui, naguère,
revendiquaient l’assimilation de l’Algérie à
Cependant, pour le cas de l’Algérie,
modèle de ce qu’il ne faudrait pas faire, puisqu’il s’agit d’un pays sur lequel on a plaqué un
système importé de l’extérieur. Le régime laïc instauré en Turquie ne constitue pas le produit
de l’évolution historique du peuple turc ; bien plus, dans une large mesure, il se présente
comme la forme d’une certaine rupture avec le passé de
étonnant qu’il subsiste, encore aujourd’hui, comme un système imposé par l’armée, au prix
d’un coup d’Etat tous les quinze ou vingt ans. Pour sauvegarder la laïcité de son Etat, la
République turque, aujourd’hui, est placée sous la surveillance et la tutelle de l’état-major de
l’armée, érigé, par
Kemal Ataturk. Autre effet de l’instauration de la laïcité de l’Etat par Ataturk : le
regain d’activité des confréries religieuses en Turquie et l’apparition des partis politiques dits
islamistes. Ces derniers renaissent de leurs cendres, chaque fois que l’on cherche à les
interdire par la loi et par la constitution, tandis que les confréries religieuses semblent
retrouver une nouvelle jeunesse ; certaines arrivant même, comme la « Tidjania » algérienne,
à s’introduire pour la première fois dans
pas réussi à y prendre pied du temps du Khalifat Ottoman, sous lequel, bien évidemment,
l’Islam était religion d’Etat.
En Algérie, le choix n’est pas entre l’Islam et la laïcité, qui serait seule adaptée à
l’instauration de
l’attachement à une forme attardée et féconds découlant du progrès de l’humanité.
rétrograde de l’Islam et la pratique d’un Islam demeuré
fidèle à ses principes fondamentaux, mais ouvert sur la modernité et adoptant tous les apports


