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Dimanche 03 Septembre 2006

La Médaille et son Revers’   (suite)

 

       Roman de M. Arabdiou ,publié en 1989.

 

 

La seule passion que l’on connut à ce célibataire. C’était le Pouvoir sans partage,afin de mener,à marche forcée ,affirmait-il ,le Bolongui vers le développement ,contre son grés si nécessaire..

 

   Durant le quart de siècle de son règne,les conditions de vie des bolonguis ,se transformèrent radicalement.

 

Avec le recul,on, s’aperçut que  le Chinois n’agissait pas spontanément, par improvisation .Prise globalement sur dix années,son action parut bien plus cohérente, qu’elle n’en avait l’air, semblant relever d’une planification rigoureuse.

 

Après les nationalisations,le nouveau régime s’attaqua au commerce extérieur, qui fut pris en charge par l’Etat. Ce qui entraîna des mesures restrictives au niveau des importations ,dont ne souffrit ,que la fraction privilégiée de la population.

 

    Alors que les produits de luxe se raréfiaient,chaque article importé,était soumis à examen ,par une commission spéciale, chargée de l’industrialisation. Cet organisme avait pour tache, d’étudier la possibilité de substituer l’article acheté à l’extérieur en devises ,par un produit similaire à fabriquer sur place, avec un taux maximum, d’intégration. Seuls les produits alimentaires de première nécessité, échappèrent aux nouvelles mesures.

 

   En plus des retombées économiques,cette opération visait à couper le cordon ombilical qui s’était progressivement constitué, entre les gros industriels étrangers et leur commis locaux aucunement intéressés par l’industrialisation du pays et dont le seul souci,c’était le commerce , l’import...

 

Une fois le secteur d’importation maîtrisé ,le gouvernement exigea de ses partenaires étrangers, le partage du fret, jusque-là réservés aux seuls fournisseurs du Bolongui .Pour répondre aux nouvelles exigences,on créa une compagnie maritime nationale dont le pavillon flotta sur tous les Océans.

 

Après cette revendication,admise non sans difficulté,on s’aperçut que les pays nantis, trichaient en cédant les marchandises sales et difficiles à manipuler ,tout en se réservant les produits nobles,et là aussi,il fallut se battre, pour imposer ,entre partenaires,une part équitable de fret en quantité et en qualité.

 

Toutes ces mesures améliorèrent le revenu du pays de façon considérable,d’où sa transformation en vaste chantier .Des écoles,des usines,des logements poussèrent comme des champignons métamorphosant le Bolongui.
Non seulement le chômage n’était plus qu’un lointain souvenir,que les anciens rappelaient de temps à autre,pour souligner la chance de la nouvelle génération,mais le pays souffrit du manque de main-d’œuvre.

 

Ce sur- emploi tua une grande partie de l’artisanat. Trouver un plombier relevait d’une gageure .Si un mécanicien acceptait de réparer le véhicule d’un particulier,celui-ci avait intérêt à ne pas discuter du prix…

 

Les ouvriers agricoles, se mirent à déserter la campagne,les pécheurs délaissèrent la mer,préférant des emplois de fonctionnaires (plantons,chauffeurs,etc.), moins pénibles ,dans de nouvelles usines plus rémunératrices .Conséquences :la viande,le poisson,les fruits et légumes se raréfièrent sur le marché, atteignant des prix exorbitants.

 

Alors que traditionnellement,le Bolongui exportait ses excédents en produits agricoles,il devint importateur. Ce qui fit dire à plus d’un :  sommes-nous tous devenus des fainéants en ne produisant pas notre nourriture ? .

 

La flambée des prix réduisit le pouvoir d’achat des salariés, tout en enrichissant ceux qui s’adonnaient à la spéculation. Place du marché,on se mit à voir chaque soir,les instituteurs vendre de fines herbes sous le regard amusé de leurs élèves…Ce fut l’age d’or, du négoce en tout genre.

 

A la bourgeoisie naissante qui prospéra dés le début de l’indépendance et qui avait tendance à s’allier de plus en plus aux gros bonnets de l’ancien pays occupant,  le Chinois offrit des possibilités alléchantes d’épanouissement,en  les orientant vers le secteur productif. Mais la plupart des nouveaux riches, préférèrent l’importation,même frauduleuse, au gain rapide,qui développait la corruption. Les quelques audacieux tel que Touré,qui se hasardèrent à investir dans le secteur des textiles,cuirs, matière plastiques,se retrouvèrent seuls,sur un marché fortement protégé, pour la circonstance. Ils fabriquèrent sans trop regarder à la qualité,pour écouler leur produit à des prix excessifs,au détriment des consommateurs..

 

Conscient des abus,  le Chinois  laissa faire momentanément, afin de créer un conflit d’intérêts entre les multinationales et les affairistes nationaux. On vit ceux-ci,faire rapidement fortune,tout en scandant avec la foule : Vive le socialisme spécifique ! ..

 

   Les dirigeants de l’ancienne puissance occupante, vouèrent une haine implacable, à celui qui,d’une  certaine manière ,les avait dupés, par son attitude rassurante, alors qu’il fourbissait ses armes de nationaliste intransigeant. On le détesta bien plus qu’au début de sa prise du pouvoir,mais on le respecta.

 

Pour leur part,les patrons de la C.O .M .ne l’avaient pas, en odeur de sainteté,mais ils n’y montrèrent rien ;lui non plus .Ils menaient leur activité le plus normalement du monde,comme s’ils avaient l’éternité devant eux,sans nourrir pour autant,la moindre illusion.

 

    Face aux mesures d’austérité et l’émergence de jeunes cadres nationaux,la situation des coopérants arrivés après l’indépendance ,devint précaire .On se mit à trouver trop luxueuse leur résidence,trop élevé leur traitement,de là,à insinuer qu’ils étaient de trop…mais ces gens repus, ne badinent pas lorsqu’il s’agit de leur dignité. En deux années,ils n’en resta qu’un nombre  limité,pour la plupart des professeurs, retenus par le gouvernement, qui opta pour la formation de formateurs.

 

   Le fait d’avoir décidé de l’industrialisation du pays, ne manqua pas de susciter des commentaires ,de tous ceux qui ,outre-mer, ‘ voulaient du bien au Bolongui.’.. Des spécialistes furent interviewés pour déclarer que dans l’ancienne colonie,l’industrie était un non sens,qu’il fallait développer l’agriculture .Ils se gardèrent de souligner les dangers que constituait la monoculture ,encouragée par la C.O .M .Celle ci exigeait chaque jour davantage de sisale pour la production du Hit.

 

Constatant que les conseils n’avaient aucune prise, sur la démarche du  Chinois ,les mêmes théoriciens, admirent que l’industrialisation pourrait avoir un effet positif pour le pays, à condition de commencer par la fabrication de casseroles et autres  quincaillerie.

 

Pour créer plus d’emplois,on suggéra même la réhabilitation des moulins à vent, que l’on pouvait affirmait-on,installer prés des cours d’eau. En ce domaine,on suggéra de faire appel aux Hollandais, pour les aider.

 

Or,le gouvernement Bolongui opta pour l’industrie de base,dite industrialisante, ainsi que pour les systèmes électroniques les plus récents. Ce choix posait le problème de la formation de techniciens ,en mesure de faire fonctionner les équipements sophistiqués. Loin de considérer ce fait comme un obstacle,les dirigeants de l’ancienne colonie, estimèrent que c’était là une raison supplémentaire, pour activer la formation des hommes.

 

                                                                                   (à suivre..)

 

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