Roman de Mohamed Arabdiou -publié en 1989
La célébration du 10éme anniversaire de
Un employé pénétra dans le petit salon et chuchota quelques mots, à l’oreille du major. Celui-ci déposa son verre et annonça aux convives :
-Mesdames,Messieurs,son excellence Monsieur l’ambassadeur !...
Le représentant du Bolongui, en tenue d’apparat ,était accompagné de son épouse ,ainsi que d’un quadragénaire ,que personne ne connaissait. C’était Touré.
Madame l’ambassadeur, en décolleté boitillait légèrement, à cause de la chaussure trop serrée,mais personne n’y prêta attention. La dame fut émerveillée, par un des lustres du salon qui ressemblait,dit-elle,à celui qu’elle venait d’acquérir,pas moins de cinq mille dollars…Elle l’avait installé juste là, ou ses invitées,telle que madame la baronne Fauchée, venait de temps à autre,faire une partie de bridge. A une dame qui la complimenta pour la belle fourrure qu’elle portait,elle précisa que c’était,du vrai renard argenté de Sibérie…car c’est là,fit-elle savoir,ainsi qu’en Alaska, que l’on chassait cet animal…
Prévenant,le duc,de Grippesous, suggéra à l’illustre invitée de le suivre,afin de lui faire goûter aux mets les plus représentatifs ,de l’art culinaire français.
Tout en conversant avec le major,son excellence suivit des yeux,son épouse,en priant le ciel, qu’elle ne commette aucun impair. Portant le nom de sa tribu,les Kerrolo , ne s’était-elle pas affublée,lors d’une autre soirée mondaine,d’une particule ? madame De Kérrolo..
Après quelques toasts,le major invita ses convives à rejoindre la grande salle Il monta sur une petite estrade, installée au pied d’une colonne en marbre sculpté, puis il claqua des mains demandant un peu d’attention ,afin de permettre à monsieur le président-directeur général,de prendre la parole.
A son tour,Hubert monta sur le podium,tout en dépliant une feuille de papier, dans laquelle,il avait noté les principaux points devant faire l’objet de son intervention. A sa droite,le major le regardait, acquiesçant de la tête,pour chaque phrase, prononcée par son héritier.
Les Bolonguis se tenaient à gauche et écoutaient d’un air grave, le discours, dont ils connaissaient la teneur.
Après avoir fait l’historique de
La satisfaction des patrons de la compagnie, était d’autant plus grande, que le projet en question allait donner du travail pour plusieurs centaines, de nos amis africains ,affirma-t-il en conclusion.
Hubert céda ensuite la place au diplomate,non sans avoir été chaleureusement applaudi.
L’ambassadeur souligna l’amitié séculaire qui liait le peuple Bolongui, à celui qui le colonisa un siècle durant ,puis il se lança dans une anecdote, ou il était question d’animaux agissant selon la sagesse africaine.
-Pour le colonialisme,nous avons dit non !s’écria-t-il,mais pour la coopération,nous sommes tout à fait d’accord et comme l’a dit à maintes reprises le guide de
Le lendemain, l’Echo du Bolongui donna en manchette : Une nouvelle conquête .Le texte affirmait ,qu’il s’agissait du fruit de la persévérance du gouvernement ,dans sa lutte pour l’industrialisation du pays, grâce aux avantages qu’offrait l’exploitation du sisale .
En fait,ce sont les patrons de
Cette mesure fit suite aux fortes pressions des écologistes de leur pays, dont l’influence sur l’opinion publique, était en pleine ascension.
Pour extirper la fibre du sisale,on utilisait de la soude caustique .L’eau usée déversée dans la rivière provoqua un ravage, de la faune et de la flore Vues d’hélicoptère,les bulles blanches que charria le cours d’eau,offrirent un sinistre spectacle.
L’association des pécheurs fit ramasser,par ses adhérents,des quintaux de carpes et autres gardons crevés ,qui flottaient sur l’eau,ventre en l’air,et les déversa par camion à benne, devant le siége du gouvernement,en guise de protestation.
Le conseil d’administration de
Au Bolongui,la main-d’œuvre était de loin,moins chère qu’en métropole .D’autre part,le traitement sur place,permettait de faire une économie considérable, en matière de fret,puisque la fibre, ,ne constituait que dix pour cent du poids total du sisale,à l’état brut.
Clairvoyant,le major suggéra au ministre de l’industrie de l’ancienne colonie, de réclamer l’installation d’une usine de traitement au Bolongui ,afin de combattre le chômage.
Ainsi,au lieu de solliciter le concours des autorités bolongui, pour obtenir le terrain,l’eau,etc.,moyennant redevances,les patrons de
Cette fois-ci,le ministre bolongui ne se contenta pas de pourboires .Il exigea un revenu permanent,d’où la création d’une société ,qui disposa de 3 % des actions de
Pour des raisons d’efficacité,le ministre de l’industrie, utilisa Touré comme prête- nom,sur la base de « fifti fifti « .Cette association lui permit de défendre ses intérêts ,avec le maximum de discrétion .
( A suivre..)


