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Mardi 07 Août 2007

 

La Médaille et son Revers’- Roman de Mohamed Arabdiou édité en 1990.

 

 

 OMNI SOIT QUI MAL Y PENSE….

 

 

MACHAHOU    10  ( SUITE..)

 

 

 

  En plein centre de la capitale,dans l’arrière salle d’une cafétéria,des étudiants sont réunis autour de quelqu’un, qui lit un texte :

 

 Grâce aux bons soins de ses dirigeants ;le Bolongui devient une république bananière...

 

.. Après l’éviction de l’usurpateur,le peuple s’est attendu au redressement de la situation,comme le lui avait promis les nouveaux responsables. Or,six mois après,qu’y a t il de nouveau ?  Ce n’est pas le méchoui qui a changé,mais les hommes qui sont autour ...

 

   ..Pendant que le jeune homme lisait le tract,un brigadier,la casquette sous le bras,pénétra dans l’établissement et se dirigea vers le comptoir .L’adolescent s’arrêta de lire ,alors que tout le groupe se taisait en regardant le policier. Ce silence brusque ,intrigua l’agent qui s’avança pour voir ce qui se tramait Un garçon mit la main sur les cheveux d’une fille,faisant semblant de vouloir la caresser, alors qu’elle le repoussait en protestant.

 

Après avoir inspecté l’ensemble des recoins ;le policier regagna le comptoir,prit son soda à même le goulot l’air toujours soupçonneux.

 

Dès qu’il s’en alla,les jeunes gens éclatèrent d’un rire triomphal. La lecture reprit de plus belle.

 

-         Je disais donc,le Bolongui n’en perçoit qu’une somme dérisoire…

 

De la table voisine,deux consommateurs apparemment des ouvriers,en salopettes,bondirent en s’écriant :Police !Vos papiers !

 

Les jeunes gens se levèrent interloqués .L’un des inspecteurs téléphona Une demie heure après,un fourgon stoppa devant la cafétéria, pour embarquer le groupe d’étudiants.

 

  Les vérifications d’identité révélèrent que l’un des jeunes gens, était  fils de commandant,alors qu’une fille était la nièce du responsable du Rassemblement ,pour la capitale..

 

   Avant de procéder à l’interrogatoire,ces deux étudiants furent relâchés ,afin que leurs noms ne figurent sur aucun des rapport. Par contre,leur trois compagnons passèrent un mauvais quart d’heure. Parmi leur tortionnaire,figurait un ancien détenu, qui connaissait bien l’art de faire parler les gens,du fait de l’avoir subi lui-même, durant la guerre de libération. Alors que bon nombre de ses compagnons de détention ,devenaient de farouche opposants à la torture, sous toute ses formes,l’inspecteur avait  assimilé toutes les techniques, en ce domaine.

 

  Grâce à son expérience,il obtint souvent des résultats spectaculaires, avant même de commencer l’interrogatoire :Ce qui le rendait fier de ses exploits.

 

  Cette fois ci,malgré leur inexpérience  en matière de souffrance,les deux garçons et la fille,firent preuve d’une ténacité qui surprit même le  spécialiste .

 

 Mais l’endurance a des limites. Au troisième jour,un des garçons craqua,regrettant amèrement de n’avoir pas tenu compte des recommandations de ses compagnons en matière de cloisonnement .Non seulement ,il donna la liste de ses camarades,mais il mena les policiers, jusqu’à la source de ces publication subversives.

 

On arrêta Sidki.

 

  La ronéo étant en panne,l’ancien étudiant s’était arrangé, afin d’utiliser le matériel moderne du ministère,pour imprimer des tracts contre le gouvernement. !

 

Lorsque Touré apprit la nouvelle,il faillit tomber raide.

 

  Le ministre exigea des policiers de l’amener jusqu’à la cellule du prisonnier ,qu’il faillit battre,le traitant de traître ayant abusé de sa confiance.

 

  Après instruction,on autorisa l’épouse, à rendre visite à Sidki.

 

-Adieu les meubles,la voiture,la vidéo…dit elle en souriant de tristesse.

 

-Disons, que c’est reporté  à plus tard..

 

  L’ex- conseiller n’avait travaillé que trois mois, avant de se retrouver inculpé de complot contre la sûreté de l’Etat.

 

-Cette fois ci,ce ne sera pas six mois.

 

-C’est pour me dire ça que tu es venue ?.. Comment va la petite ?

 

Un mois après cette visite,Sidki fut condamné à 10 ans de travaux forcés .La peine était d’autant plus sévère,qu’il fut considéré comme un récidiviste.

 

 Son avocat avait tenté de justifier l’action antérieure de son client ,contre  l’usurpateur  qui finalement avait été chassé par le président actuel,mais cette argumentation, n’eut aucun effet.

 

   Quinze jours après,alors qu’il s’attendait à être transféré au terrible pénitencier de Borane Bora,Sidki fut relâché.

 

  La veille,tous les aéroports avaient été fermés .La radio et la télévision,sous surveillance militaire,se mirent diffuser des chants patriotiques ou religieux ,sans autre commentaire.

 

 Ce n’est que le deuxième jour que le ministre de l’intérieur lut à la télévision, un bref communiqué retransmis immédiatement par tous les journaux de la planète.

 

 

  Après le nouveau coup de force,un comité de salut public pour le renouveau,présidé par l’ex général Chito prit la relève.

 

  Touré fut arrêté. Sidki libéré , demanda l’autorisation de lui rendre visite .L’ex ministre étant au secret,il n’y eut pas de suite, à cette requête. Il lui écrivit une longue lettre dans laquelle, il lui rappela les injures proférées lors de leur dernière rencontre,non sans préciser que pour sa part,il ne le traiterait pas de  traître ..

 

  Lorsque la missive arriva à son destinataire,Touré était déjà relâché. La mesure de clémence ,en faveur de tous les anciens ministres arrêtés, révéla  le Chinois , vrai maître du pays, qui,à l’ombre, tirait les ficelles.

 

  Trois mois après le changement de régime, Chito se retira, pour céder la place ,au nouveau chef d’Etat.

 

OOOOOO

 

  Des rumeurs les plus contradictoires circulèrent au sujet du nouveau Président. On prétendit qu’il se droguait,qu’il était d’origine étrangère ,qu’il n’acquit la nationalité, qu’à la suite de son engagement dans l’armée de libération.

 

   On l’appelait  le Chinois , parce qu’il avait tendance à regarder en tous sens,en roulant des prunelles sans bouger la tête. Ce qui pourtant, n’avait rien d’asiatique…

 

   A l’étranger,particulièrement dans l’ancien pays occupant,on continuait à ironiser sur le  socialisme spécifique ,du Bolongui, sans pour autant nourrir la moindre hostilité à l’égard de ce pays,comme si chez tout Africain,la débilité était un comportement naturel,voire inné. On s’en gaussait, tout en commerçant avec cet Etat riche en matières premières.

 

  Pourtant,dés les premiers mois,les observateurs furent intrigués par le comportement du  Chinois .Ils relevèrent ,ce qu’ils considèrent comme une force redoutable chez un homme au physique ne payant pas de mine Il était taciturne,imprévisible. Nul  ne connaissait ses intentions politiques.

 

Pour pallier à l’excès de discrétion du nouveau président ;la machine médiatique de l’étranger, se mit en branle. On prêcha le taux pour obtenir le vrai On utilisa des bribes d’information glanées ça et là pour aboutir à des recoupements vraisemblables, que ne commentait aucun officiel Bolongui et que souvent,les événements démentaient.

 

Pendant ce temps,  Le Chinois consolidait son pouvoir, sans provoquer,ni donner le moindre gage à ceux qui persistaient à considérer le Bolongui comme une  chasse gardée .

 

   Ses discours étaient rares et brefs. Lorsqu’il prenait la parole,il faisait preuve d’une modération qui contrastait avec les excès, de ses prédécesseurs. Seul détail significatif :A chaque occasion,il insistait sur la nécessaire justice sociale,en évitant de rabacher le socialisme,un mot tellement galvaudé,qu’il finit par passer inaperçu..

 

Poursuivant son objectif,  le Chinois procéda par petites touches,agissant là ou on l’attendait le moins.

 

Un jour,les compagnies étrangères de transports ,furent nationalisées,ce qui entraîna une levée de bouclier des patrons de ces entreprises. Avant même l’apaisement,ce fut au tour des banques,à devenir propriété de l’Etat.

 

Chaque récupération pour les bolonguis est  spoliation, pour les étrangers,soulevait un tollé dans les milieux d’affaires de l’ancien pays occupant .La grande presse embouchait le clairon des boute –feux, toujours prêts à en découdre contre ceux qui osaient défier leur  puissance.

 

Plus discrets,les diplomates intervenaient,mais sans illusion.

 

A maintes reprises,la marine de guerre croisa dans les eaux territoriales bolonguies sans intervenir pour autant,à la grande déception des extrémistes.

 

   En 18 mois de pouvoir,  le Chinois  récupéra toutes les richesses du sol et du sous-sol. La seule compagnie qui survécut à la vague de nationalisation, fut la C.O .M.

 

    L’envergure même de cette entreprise la protégeait des décisions hâtives.

 

Malgré l’insistance des communistes qui se manifestaient par des tracts et plus discrètement, des militants du  Rassemblement ,  le Chinois refusa de s’attaquer à l’industrie du Hit.

 

Lorsque cet homme prit le Pouvoir,des  analystes occidentaux du Tiers-monde, étaient unanimes pour penser qu’à son tour,il n’allait pas tarder à être victime de la valse de coups d’Etats militaires, désormais classiques. Comme pour les chevaux de course,on fit des pronostics. On misa sur le favoris, que l’on nommait  le dauphin ,le « numéro2 ,l’homme fort du régime .Mais, cet homme chétif, déjoua tout les pronostics, toutes les conspirations,.Il neutralisa les éléments les plus turbulents de son armée,en leur offrant des postes ministériels,parfois des strapontins,le temps de les compromettre aux yeux de leur supporters,puis il s’en séparait…

 

Vingt cinq années plus tard,il avait les cheveux grisonnants presque blancs,mais il était toujours en place.

 

La seule passion que l’on connut à ce célibataire. C’était le Pouvoir sans partage,afin de mener,à marche forcée ,affirmait-il ,le Bolongui vers le développement ,contre son grés si nécessaire..

 

   Durant le quart de siècle de son règne,les conditions de vie des bolonguis ,se transformèrent radicalement.

 

Avec le recul,on, s’aperçut que  le Chinois n’agissait pas spontanément, par improvisation .Prise globalement sur dix années,son action parut bien plus cohérente, qu’elle n’en avait l’air, semblant relever d’une planification rigoureuse.

 

Après les nationalisations,le nouveau régime s’attaqua au commerce extérieur, qui fut pris en charge par l’Etat. Ce qui entraîna des mesures restrictives au niveau des importations ,dont ne souffrit ,que la fraction privilégiée de la population.

 

    Alors que les produits de luxe se raréfiaient,chaque article importé,était soumis à examen ,par une commission spéciale, chargée de l’industrialisation. Cet organisme avait pour tache, d’étudier la possibilité de substituer l’article acheté à l’extérieur en devises ,par un produit similaire à fabriquer sur place, avec un taux maximum, d’intégration. Seuls les produits alimentaires de première nécessité, échappèrent aux nouvelles mesures.

 

   En plus des retombées économiques,cette opération visait à couper le cordon ombilical qui s’était progressivement constitué, entre les gros industriels étrangers et leur commis locaux aucunement intéressés par l’industrialisation du pays et dont le seul souci,c’était le commerce , l’import...

 

Une fois le secteur d’importation maîtrisé ,le gouvernement exigea de ses partenaires étrangers, le partage du fret, jusque-là réservés aux seuls fournisseurs du Bolongui .Pour répondre aux nouvelles exigences,on créa une compagnie maritime nationale dont le pavillon flotta sur tous les Océans.

 

Après cette revendication,admise non sans difficulté,on s’aperçut que les pays nantis, trichaient en cédant les marchandises sales et difficiles à manipuler ,tout en se réservant les produits nobles,et là aussi,il fallut se battre, pour imposer ,entre partenaires,une part équitable de fret en quantité et en qualité.

 

Toutes ces mesures améliorèrent le revenu du pays de façon considérable,d’où sa transformation en vaste chantier .Des écoles,des usines,des logements poussèrent comme des champignons métamorphosant le Bolongui.
Non seulement le chômage n’était plus qu’un lointain souvenir,que les anciens rappelaient de temps à autre,pour souligner la chance de la nouvelle génération,mais le pays souffrit du manque de main-d’œuvre.

 

Ce sur- emploi tua une grande partie de l’artisanat. Trouver un plombier relevait d’une gageure .Si un mécanicien acceptait de réparer le véhicule d’un particulier,celui-ci avait intérêt à ne pas discuter du prix…

 

Les ouvriers agricoles, se mirent à déserter la campagne,les pécheurs délaissèrent la mer,préférant des emplois de fonctionnaires (plantons,chauffeurs,etc.), moins pénibles ,dans de nouvelles usines plus rémunératrices .Conséquences :la viande,le poisson,les fruits et légumes se raréfièrent sur le marché, atteignant des prix exorbitants.

 

Alors que traditionnellement,le Bolongui exportait ses excédents en produits agricoles,il devint importateur. Ce qui fit dire à plus d’un :  sommes-nous tous devenus des fainéantsen ne produisant pas notre nourriture ? .

 

La flambée des prix réduisit le pouvoir d’achat des salariés, tout en enrichissant ceux qui s’adonnaient à la spéculation. Place du marché,on se mit à voir chaque soir,les instituteurs vendre de fines herbes sous le regard amusé de leurs élèves…Ce fut l’age d’or, du négoce en tout genre.

 

A la bourgeoisie naissante qui prospéra dés le début de l’indépendance et qui avait tendance à s’allier de plus en plus aux gros bonnets de l’ancien pays occupant,  le Chinois offrit des possibilités alléchantes d’épanouissement,en  les orientant vers le secteur productif. Mais la plupart des nouveaux riches, préférèrent l’importation,même frauduleuse, au gain rapide,qui développait la corruption. Les quelques audacieux tel que Touré,qui se hasardèrent à investir dans le secteur des textiles,cuirs, matière plastiques,se retrouvèrent seuls,sur un marché fortement protégé, pour la circonstance. Ils fabriquèrent sans trop regarder à la qualité,pour écouler leur produit à des prix excessifs,au détriment des consommateurs..

 

Conscient des abus,  le Chinois  laissa faire momentanément, afin de créer un conflit d’intérêts entre les multinationales et les affairistes nationaux. On vit ceux-ci,faire rapidement fortune,tout en scandant avec la foule : Vive le socialisme spécifique ! ..

 

   Les dirigeants de l’ancienne puissance occupante, vouèrent une haine implacable, à celui qui,d’une  certaine manière ,les avait dupés, par son attitude rassurante, alors qu’il fourbissait ses armes de nationaliste intransigeant. On le détesta bien plus qu’au début de sa prise du Pouvoir,mais on le respecta.

 

Pour leur part,les patrons de la C.O .M .ne l’avaient pas, en odeur de sainteté,mais ils n’y montrèrent rien ;lui non plus .Ils menaient leur activité le plus normalement du monde,comme s’ils avaient l’éternité devant eux,sans nourrir pour autant,la moindre illusion.

 

    Face aux mesures d’austérité et l’émergence de jeunes cadres nationaux,la situation des coopérants arrivés après l’indépendance ,devint précaire .On se mit à trouver trop luxueuse leur résidence,trop élevé leur traitement,de là,à insinuer qu’ils étaient de trop…mais les gens repus, ne badinent pas lorsqu’il s’agit de leur dignité. En deux années,ils n’en resta qu’un nombre  limité,pour la plupart des professeurs, retenus par le gouvernement, qui opta pour la formation de formateurs.

 

   Le fait d’avoir décidé de l’industrialisation du pays, ne manqua pas de susciter des commentaires ,de tous ceux qui ,outre-mer,  voulaient du bien au Bolongui. Des spécialistes furent interviewés pour déclarer que dans l’ancienne colonie,l’industrie était un non sens,qu’il fallait développer l’agriculture .Ils se gardèrent de souligner les dangers que constituait la monoculture ,encouragée par la C.O .M .Celle ci exigeait chaque jour davantage de sisale pour la production du Hit.

 

Constatant que les conseils n’avaient aucune prise, sur la démarche du  Chinois ,les mêmes théoriciens, admirent que l’industrialisation pourrait avoir un effet positif pour le pays, à condition de commencer par la fabrication de casseroles et autres  quincaillerie.

 

Pour créer plus d’emplois,on suggéra même la réhabilitation des moulins à vent, que l’on pouvait affirmait-on,installer prés des cours d’eau. En ce domaine,on suggéra de faire appel aux Hollandais, pour les aider.

 

Or,le gouvernement Bolongui opta pour l’industrie de base,dite industrialisante, ainsi que pour les systèmes électroniques les plus récents. Ce choix posait le problème de la formation de techniciens ,en mesure de faire fonctionner les équipements sophistiqués. Loin de considérer ce fait comme un obstacle,les dirigeants de l’ancienne colonie, estimèrent que c’était là une raison supplémentaire, pour activer la formation des hommes.

 

                                                 (  A SUIVRE..)

 

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