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Samedi 04 Août 2007

 

La Médaille et son revers’ de Mohamed Arabdiou

 

 

 Machahou  (2)  SUITE)

 

 

  Devenu un homme, bien en vue,mais désireux de mieux asseoir sa position sociale,il (Touré)épousa la fille du ministre de l’intérieur ; un laideron,disait on, qui, à ses yeux, valait son pesant d’or. C’est que le beau père, raffolait des réceptions coûteuses qu’il organisait sans bourse déliée, au frais de l’Etat .Au niveau du contrôle financier,qui donc oserait défier, le tout puissant ministre de l’intérieur,très serviable au demeurant. ?

 

 

 

                                         

 

          A pas feutré,la vieille femme s’avança vers son mari, étendu sur le lit. Son pied

 

buta sur le sceau, faisant office de pot de chambre .Elle déplaça l’objet encombrant, puis s’immobilisa un moment et tendit l’oreille,afin d’entendre, la respiration de son vieux.

 

  Le mari savait qu’elle l’écoutait .Le rythme des mouvements de sa poitrine ,était trop réguliers, pour quelqu’un en plein sommeil. Chaque fois qu’il expirait,elle remarquait une espèce de tremblement, à peine perceptible. En trente années de vie commune,elle connaissait trop bien ,son homme. Elle réajusta son châle et rebroussa chemin .Lorsqu’elle mit la main sur le loquet pour sortir,son mari l’interpella :

 

  -Tu voulais quelque chose ?

 

  -Non ,je venais te réveiller pour la prière,mais j’ai vu que tu ne dormais pas..

 

  Tout proche,les coqs de combat,probablement surpris par un prédateur,ameutèrent la basse-cour.

 

  -Je n’ai pas encore rien fait au sujet de cette volaille !

 

 -Tu ne vas pas te disputer avec le voisin ,parce qu’il élève des coqs ? ‘D’autant plus que c’est son gagne-pain..

 

 -Me disputer non,mais je vais déposer plainte.

 

  -Au loin,la complainte d’un muezzin appelant les fidèles à la prière, se répandit. D’autres appels qui s’élevèrent de différents quartiers de la ville,avec diverses intonations,réveillèrent pour de bon,le dormeur.

 

 

 

   -Quel heure est il ?

 

  - Cinq heures trente.

 

 - Déjà !

 

  De la fenêtre,la lumière blafarde baignait déjà, toute la chambre. Des oiseaux voltigeaient en gazouillant autour du manguier de la cour.

 

La vieille femme se rappela de la cafetière encore sur le feu et courut vers la cuisine. .L’homme se leva. Après la toilette,il fit ses ablutions .Enfin,il prit la natte en feuilles de rônier tressé ,suspendue derrière la porte,l’étendit face à la Mecque et pria.

 

  Au loin,une voiture se fit entendre .Elle roulait à vive allure. Pour tourner au carrefour proche,elle ralentit brutalement, faisant  crisser les pneus avant de stopper .La conductrice se regarda dans le rétroviseur .Elle prit son mouchoir, qu’elle humecta de salive et effaça une partie de son maquillage .Elle ouvrit son sac,en retira une cigarette, qu’elle planta entre les lèvres, puis farfouilla à la recherche d’un briquet .Elle ouvrit le coffre, du tableau de bord,là non plus ,rien .Elle reprit la cigarette non consumée,l’écrasa dans le cendrier et sortit en claquant la portière, de sa vieille Austin.

 

  Au même  moment,la mère déposait sur la table,le plateau avec du café chaud,alors que son époux achevait sa méditation.Tout en égrenant son chapelet, il avait imploré le Seigneur, de guider leur fille unique, vers le droit chemin et la détourner des mauvaises fréquentations. Il rangea la natte, à la place habituelle ,quand la chef tourna dans la serrure .C’était elle,le visage sans fard…Elle les avait avertis, qu’elle passerait la nuit chez une cousine ,dont le mari était en mission à l’étranger.

 

-Bonjour,osa-t-elle, en fonçant directement, vers sa chambre.

 

-Bonjour,répondit la mère, en la suivant du regard ,alors que le père s’installait à table en fixant des yeux,le petit déjeuner. Pour lui,c’était là une façon ,de se retenir et éviter de faire une scène.

 

Les parents ne disaient rien,mais ils s’inquiétaient pour leur fille, de plus en plus, distante. .Le fait de leur lancer un salut ! comme s’il s’agissait de quelque collègue de bureau, était pour eux, amplement significatif. Mais que faire ?Ils l’avaient toujours laissé vivre, à sa guise .Une fois adulte,c’était trop tard. Elle était secrétaire, dans une grande entreprise étrangère, qui payait bien le personnel. Ils n’avaient pas besoin de son aide .L’essentiel pour eux, était qu’elle se suffise à elle-même. Le seul plaisir pour ces parents, était de voir leur fille en bonne santé .Lorsqu’ils la voyaient rieuse,ils étaient comblés.

 

-Tu ne travailles pas aujourd’hui ?dit la mère.

 

-Si,affirma-t-elle, en ressortant de sa chambre, portant une nouvelle robe.

 

A table,elle demeura debout, pour prendre hâtivement, la tasse de café brûlant ,sans toucher à ses biscuits préférés ,que lui tendait la mère .Elle prit enfin congé de ses parents, avec la même désinvolture, qu’en rentrant.

 

D’habitude,elle les embrassait à l’arrivée comme au départ. Cette fois,elle évita toute effusion ,afin qu’ils ne sentent pas l’odeur de tabac et de whisky que dégageait son haleine.

 

Quand la porte extérieure se referma,le soleil pointait à l’horizon. Le père s’habilla en silence .Il consulta sa montre .A huit heures moins le quart,comme de coutume,il mit la radio pour écouter le journal parlé, en attendant que le chauffeur vienne Klaxonner à huit heures quinze. Il était directeur du contrôle des importations ,au ministère des Finances.

 

Chaque matin,le fonctionnaire suivait discrètement, l’émission du  quitte ou double ,un jeu amusant,en attendant les informations.

 

Soudain,l’attention du directeur se porta sur un auditeur qui faillit gagner le gros lot. A la demande de l’animatrice,le perdant déclina son nom. C’était le mari de sa nièce.

 

-Comment peut-il être à l’étranger et ici ?A moins que…

 

En arrivant à son bureau,son premier acte , fut de demander à la secrétaire, une communication .L’homme censé être en voyage, répondit .Confondu,le directeur ,se perdit en salamalek,avant de raccrocher, au grand étonnement du correspondant.

 

Leur fille leur mentait pour  découcher,mais pour aller ou ?se demanda le directeur.

 

-Dans le temps,au Bolongui,on ne badinait pas avec l’honneur. Mais de nos jours…se dit le vieux, qui tremblait de colère et d’inquiétude.

 

Il téléphona à sa fille .La standardiste lui répondit, qu’elle s’était absentée, pour aller chez le médecin. Il se renseigna auprès de tous les praticiens de sa connaissance, pour enfin, trouver celui qui examina sa fille.

 

-Rien de grave,lui déclara le médecin qui refusa d’en dire davantage par téléphone.

 

-Passez me voir et on en discutera.

 

Lorsque la secrétaire lui ramena le parapheur,il signa tous les documents, sans prendre la peine de les relire,puis il prit sa veste et rentra chez lui.

 

Le lendemain, en revenant à son travail,il était blême et voûté,méconnaissable.

 

Comme par hasard,ce matin là,Touré lui rendit visite.

 

-J’ai coincé un jeune chenapan qui disait du mal de vous et de votre fille. Mais rassurez-vous,il ne recommencera plus…

 

Le matin même,quelqu’un avait téléphoné à la maison, pour insinuer au directeur ,qu’il savait que sa fille s’était faite avorter.

 

Au Bolongui,l’avortement provoqué, était passible de trois années de prison,sans compter le scandale .Le père risquait même son poste,à cinq années de la retraite…

 

Touré apprit au directeur ,que le fiancé de la fille, allait venir demander sa main ,selon les usages.

 

Deux mois après,le mariage fut célébré en présence des témoins,comme l’exigeait la coutume.

 

C’est ainsi que Touré gagna la précieuse amitié de l’intraitable directeur du contrôle des importations .Il poussa l’art d’acheter les consciences, jusqu’à offrir à cet homme pieux,un tapis de prière, qu’il prétendit avoir fait ramener de la Mecque ,alors que sur l’étiquette, était imprimé bien en évidence  Made in Japan .

 

Flairant d’instinct ,les avantages qu’il pouvait tirer chez autrui,Touré se spécialisa dans l’art de dévoyer les secrétaires de  direction. Qu’il s’agisse de la respectable mère de famille ,ou de la frivole demoiselle,à chacune,il découvrait des qualités insoupçonnées. Flattées mais reconnaissantes,elles devenaient une source de renseignements, qui firent gagner à Touré des millions, sans même qu’elles ne se rendent compte des effets,des méfaits de leurs indiscrétions.

 

Dans son agenda,il disposait d’une longue liste de filles de petite vertu,qu’il mobilisait à l’occasion,afin d’égayer les nuits des amateurs.

 

Pour ce qui est de la fille du directeur du Contrôle des importations,Touré apprit la nouvelle, par la secrétaire ,qui avait la manie d’écouter, presque toutes les conversation , de son patron…

 

                                                     A suivre..

 

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