1 2 3
Vendredi 11 Mai 2007

v

Un plan de purification ethnique en Palestine ?

 

 
 

 

Une organisation Sioniste a publié un plan précis prévoyant d’« éliminer entièrement la menace démographique Palestinienne » en expulsant par la force, d’ici trois à cinq ans, tous les Palestiniens – aussi bien ceux qui vivent dans les territoires occupés en 1967 que ceux des territoires occupés en 1948 (et avant cette date) – de toute la zone comprise entre le Jourdain et la mer méditerranée. Gamla, un groupe fondé par d’anciens officiers et colons Sionistes a diffusé ce mot d’ordre sur son site web, dans un manifeste de neuf mille mots intitulé « la logistique du transfert » et rédigé par Boris Shusteff.

 

Selon les dires de l’auteur du document de Gamla, la purification ethnique de masse de tout le peuple palestinien est « la seule solution possible » au conflit arabo-sioniste et « ne contredit nullement les prescriptions de la Torah  ». Une société philanthropique new-yorkaise soutient Gamla par des contributions déduites des impôts, tout en prétendant qu’elle a pour but de promouvoir une plus grande tolérance entre les Juifs et les Palestiniens. Le manifeste, conscient que l’occupant sioniste ne disposera jamais d’un large soutien pour mener à bien ce projet d’expulsion, affirme que l’exécution dudit projet a seulement besoin de l’appui des plus proches alliés de l’occupant, les États-Unis. D’après le plan, l’occupant commencerait par lancer une campagne d’information et par renforcer sa politique d’étranglement économique des Palestiniens vivant dans les territoires occupés de la rive Ouest du Jourdain et de la bande de Gaza, afin de les forcer à partir « volontairement ». L’une des mesures prévoit de priver les Palestiniens d’emploi, afin, littéralement, de les affamer (c’est déjà ce qui se passe en ce moment). Les Palestiniens vivant dans les territoires occupés en 1948 (et avant cette date) auraient à faire face à une situation d’apartheid pure et simple et à des mesures visant à restreindre leur liberté religieuse. Cependant, le gouvernement d’occupation voterait une loi autorisant les non juifs à bénéficier de droits dits ″civils pleins et irrévocables″, mais leur interdisant de participer à la vie politique sauf ceux qui légalisent l’occupation. En dernier recours, poursuit l’article, si les Arabes des territoires occupés en 1948 préfèrent ne pas partir, on peut leur proposer une dernière solution, se convertir au judaïsme. En même temps, le gouvernement d’occupation entreprendrait de convaincre la communauté internationale de la nécessité de construire un État palestinien loin de la Palestine (en Irak ou en Arabie Saoudite par exemple). Il faut, écrit l’auteur, que la communauté internationale comprenne bien que, si d’ici trois à cinq ans, elle n’arrive pas à se mettre d’accord sur la construction, dans un emplacement viable, d’un État pour les palestiniens en dehors de la Palestine , le gouvernement d’occupation sera obligé de mettre en œuvre par la force le plan d’expulsion des Palestiniens vers le Sinaï et la Jordanie.  Ce plan montre, point par point, comment l’expulsion peut être effectuée grâce à des attaques militaires surprises. « Le déplacement d’une petite installation d’environ mille personnes par exemple peut être réalisé en quarante-huit heures seulement, le temps qu’il faut à une armée pour traverser une frontière ». Le gouvernement d’occupation fournirait provisoirement à la communauté déplacée des abris, de l’eau et de l’électricité (comprendre des tentes, un générateur, des citernes d’eau etc.) Quant à l’emplacement abandonné, il devra être entièrement rasé.

 

Le gouvernement d’occupation devra, d’après le plan, faire plier la population en se livrant à des crimes de guerre contre tous les Palestiniens qui tenteraient de résister. La moindre tentative venant des palestiniens de se livrer à des activités de résistance devra être punie de la manière la plus brutale possible. le gouvernement d’occupation pourrait notamment mettre en application une idée que suggérait un professeur de Harvard, Alan Derschowitz, juriste libéral. Voici, à quelques détails près, ce qu’il propose : le gouvernement d’occupation a prévenu les Palestiniens qu’il répondra à la moindre activité de résistance en rasant immédiatement un village ou une installation arabe tirée au sort par ordinateur, dans une liste publique. Fondamentalement, cette idée vise à culpabiliser les Palestiniens et à leur faire comprendre que, dorénavant, on punira les activités de résistance avec acharnement et avec plus de sévérité qu’auparavant. Les Palestiniens (et la communauté internationale) sauront désormais à quoi ils doivent s’attendre s’ils attaquent les Juifs. Le tirage au sort par ordinateur de la cible de la réplique sioniste est censé mettre les Juifs et les Palestiniens sur un pied d’égalité. Les sionistes ne sauront pas où la résistance a l’intention de frapper, et, inversement, les Palestiniens ne pourront savoir lesquels des villages ou des installations seront « rayés de la carte ». Cette expression reflète très précisément la barbarie des dogmes sionistes. Les Palestiniens vivant sur l’emplacement visé par les Sionistes seront chassés et toutes leurs maisons et tous leurs immeubles seront démolis ; quant au reste de l’installation, il sera entièrement rasé à coups de bulldozers et autres machines. Quand ils auront vu le nombre de ces surfaces rasées augmenter, les Palestiniens perdront toute envie de résister, et le nombre de Palestiniens souhaitant quitter la Palestine augmentera certainement. »

 

• Qu’est-ce que Gamla ?

 

Doit-on voir ce programme simplement comme l’œuvre incohérente d’un groupe sioniste sans réelle influence, ou comme un pas de plus dans la percée d’un débat portant sur une idée autrefois taboue, mais qui gagne de plus en plus de terrain chez les colons Sionistes (d’avant et d’après 1948) et parmi quelques organisations juives américaines ? Gamla se présente comme le fleuron de leur combat pour la Palestine  : il organise des activités terroristes, participe à des attaques, publie des articles, des affiches de propagande ; il assure que  la plupart de ses activités sont en relation avec celles d’autres organisations populistes du camp dit nationaliste.

 

L’un des trois fondateurs du groupe est Elyakim Haetzni, l’un des premiers et des plus connus colons de la rive Ouest, qui habite dans l’installation de Kiryat Arba, près de Hébron. Le second est l’ancien lieutenant-colonel Shlomo Baum, un des fondateurs de l’unité terroriste 101 qui, sous les ordres du jeune sanguinaire Ariel Sharon, s’est rendue coupable, entre autres, du massacre sanguinaire de douzaines de civils dans le village palestinien de Qibya, en 1954. Le troisième, le colonel retraité Moshe Leshem, lui aussi depuis longtemps représentant des colons, s’occupe, avec Haetzni, d’une émission sur la radio des colons, « Arutz 7 ». Des Américains appartenant à une association philanthropique new-yorkaise, PEF Israël Endowment Funds (qui prétend avoir été créée en 1922 par Justice Louis Brandeis et Rabbi Stephen Wise) envoient à Gamla des contributions déduites de leurs impôts. Ils proclament avoir pour but de « promouvoir une plus grande tolérance entre les Arabes et les Juifs. » Sous ce vernis libéral, l’organisation cautionne un groupe qui souhaite la destruction totale d’une nation, autrement dit, le génocide. Sur son site Internet, Gamla publie régulièrement, tout en en faisant l’éloge, les écrits de Daniel Pipes, dont le sport préféré est de casser du sucre sur le dos des Arabes, invité incontournable de tous les talk-shows de la télé américaine.

 

Au sein de la Palestine occupée, les Arabes sont considérés comme une « menace démographique » par toutes les sensibilités politiques sionistes. Celles-ci se distinguent seulement par la manière dont elles entendent parer cette menace. La gauche traditionnelle sioniste penche plutôt pour l’idée de « séparation » ; l’aile droite sioniste, elle, défend de plus en plus l’idée d’une expulsion pure et simple. Or, les termes qui étayent ce débat sur la « menace démographique » sont explicitement racistes. Pendant l’été 2001, le professeur Arnon Sofer, de l’université de Haiffa, a remis à l’ordre du jour les angoisses de l’occupant à propos de la natalité palestinienne, en mettant en avant une étude prévoyant que, d’ici 2020, les non Juifs seront majoritaires à l’Ouest du Jourdain. Pour certains sionistes, rapporte le Chicago Tribune, le refus de faire face à l’opposition irréductible qui existe entre les palestiniens et les Juifs est une véritable bombe silencieuse, une bombe démographique. Pour eux, il faut adopter une législation « chinoise », autorisant les Palestiniens à n’avoir qu’un nombre d’enfants limité. (Chicago Tribune, 21 avril 2002.)

 

Tout en déplorant le fait que seul le parti Moledet, fondé par Rehavam Zeevi, défende publiquement la thèse de l’expulsion, l’article de Gamla prend très au sérieux les résultats de récents sondages, montrant que 46 % des sionistes vivant en Palestine occupée – et dans certains cas 60 %, suivant la manière dont la question est posée – se dit favorable à une forme de transfert. Pour le professeur Majid Al-Haj, de l’université de Haiffa, les citoyens palestiniens vivant dans les territoires occupés en 1948 (et avant cette date) n’auront plus seulement à se battre pour obtenir leurs droits au sein de la société d’occupation, mais pour pouvoir rester sur leur terre natale et pour lutter contre la montée en puissance de l’expression de sentiments favorables au transfert. Lors d’un discours qu’il a prononcé récemment au Centre d’études stratégiques de l’université de Jordanie, Al-Haj, l’un des rares véritables spécialistes arabes de la société d’occupation, a cité à titre d’exemple la conférence scandaleuse qui s’est tenue dans la ville de Herzlia en Palestine occupée, en novembre 2002, juste avant la seconde Intifada. A cette occasion, plus de trois-cents intellectuels Sionistes, des politiciens et des généraux de l’armée d’occupation à la retraite ou encore en activité, d’anciens chefs de gouvernement d’occupation… ont publiquement discuté du « déplacement des populations », d’une plus grande limitation des droits civils des palestiniens, de mesures forçant ces derniers, s’ils veulent garder ce qu’ils appellent ″statut de citoyen″, à signer un document reconnaissant l’occupation sioniste et de la primauté du caractère juif de l’occupation sur son caractère démocratique. À se demander depuis quand l’occupation peut être démocratique !

 

• L’idée de transfert gagne du terrain

 

L’idée de transfert gagne d’autant plus de terrain qu’elle se fonde sur une conception commune, selon laquelle les Juifs sont appelés à émigrer et vivre en « terre sainte ».

 

Selon eux, la menace démographique ne vient pas seulement des Palestiniens musulmans, mais aussi des Chrétiens. Le journal sioniste ″Haaretz″ rapportait que d’après les recherches d’Asher Cohen, de l’université de Bar-Ilan, la majorité juive en Palestine occupée ne représentait « déjà » plus que 72 % de la population, beaucoup moins que les 81 % proclamés. Cette différence s’explique par le taux élevé et par la relative facilitée de l’intégration des chrétiens arrivant de l’ex. Union soviétique dans la société d’occupation. Réagissant aux conclusions de l’étude de Cohen, Eli Yishai, Ministre d’occupation « nous devrions veiller à ce que les familles entièrement chrétiennes, même si elles sont très pratiquantes, ne viennent pas chez nous. ». Ici aussi, on peut se demander de quel chez eux il parle ; si c’est la Palestine elle ne sera jamais un chez eux.

 

Cette déclaration de guerre anti-chrétienne a récemment trouvé un écho dans les propos du rabbin Sépharade Eliyahu Bakshi-Doron et de son confrère Ashkénaze, le rabbin Israël Meir Lau, qui ont dénoncé le fait que « 70 % des nouveaux émigrants venant s’installer en Palestine se déclarent non juifs et n’ont aucune relation avec le judaïsme. » Dans une déclaration commune, les deux clercs concluent : « on ne peut continuer à laisser des familles chrétiennes entières venir ... »

 

L’idée selon laquelle les non Juifs, y compris les Palestiniens indigènes, sont une menace mortelle, un cancer, une bombe prête à exploser, reprend précisément le langage de tous les groupes racistes et ethno-nationalistes partout dans le monde. Seulement, l’emploi abusif du souvenir de l’holocauste nazi et sa mise en avant par les medias occidentaux ont permis à de tels propos de se développer. De manière incroyablement hypocrite, le gouvernement d’occupation, qui contient en son sein des défenseurs du nettoyage ethnique du parti Moledet, condamne des pays d’Europe comme la France ou l’Autriche, parce qu’ils donnent à des partis racistes la possibilité de se développer.

 

Il y a quelques années encore, on aurait aisément pu réduire le document de Gamla à l’œuvre accidentelle  ou occidentale de quelques sionistes marginaux. Mais dans la situation actuelle, cet article apparaît comme un signe inquiétant. Car, sans surprise, on assiste à l’adoption progressive des mesures proposées dans le plan d’expulsion, dans un contexte politique de plus en plus dominé par les sionistes. Par contre, il faut noter que la spirale du chômage et de la pauvreté en Palestine occupée est de plus en plus accentuée au sein des juifs eux-mêmes aussi bien que les palestiniens, mais sans aucun point de comparaison avec celle des Palestiniens qui est dramatique.

 

L’auteur du plan d’expulsion est loin de faire fausse route quand il table sur le soutien américain. Dick Armey, le plus vieux républicain du Congrès américain a soutenu explicitement l’idée du nettoyage ethnique des Palestiniens dans l’émission de Hardball, sur MSNBC. Le journal traditionnellement modéré USA Today a publié, lui, un éditorial signé par un certain Emanuel Winston, lançant un appel à la réinstallation des Palestiniens en Jordanie. Aucune de ces deux déclarations n’a soulevé de protestation de la part de la majorité des commentateurs et hommes politiques américains. Aussi entier que soit aujourd’hui le soutien du Président Bush à l’occupation de la Palestine , il apparaît comme modéré comparé à celui due l’ex ministre de la Défense , Donald Rumsfeld, qui affirmait que le gouvernement d’occupation a le droit de garder les territoires occupés, parce qu’il les a gagnés loyalement pendant la guerre. Quand Hillary Clinton, sénateur libérale de New-York, s’est rendue en Palestine occupée, Benny Elon, leader du parti Moledet qui prône le nettoyage ethnique, l’a accueillie et embrassée chaleureusement. La persistance avec laquelle le gouvernement d’occupation avait incité les Etats-Unis à attaquer l’Irak ne s’explique pas par la peur des fameuses « armes de destruction massive » de l’Irak : les renseignements fournis par les services secrets sionistes ont permis de désamorcer la menace que représentaient les forces armées en ruine de l’Irak. Mais il n’est pas absurde de faire remarquer que, pour certains sionistes, une guerre régionale était la seule façon de pratiquer une série d’expulsions et ainsi de repousser le jour de l’explosion de la bombe démographique. Théodor Herzl, qui a écrit le traité fondateur du sionisme, les sionistes, reconnaissaient que leur rêve de prise de pouvoir sur la Palestine ne pourrait s’actualiser sans le transfert de la population. C’est lui l’auteur de la célèbre phrase : « nous essayerons de faire disparaître la population démunie (Palestinienne) de l’autre côté de la frontière en lui donnant du travail dans les pays qui l’accueilleront et en lui coupant les vivres dans ″notre pays″ ». L’expulsion de masse a toujours fait partie de la pratique et de la stratégie sionistes. Mais ce qu’ils ont toujours oublié c’est qu’eux-mêmes seront l’objet de transfert, ou plutôt de retour d’où ils sont venus la première fois.

 

                                                                                    ALI SAMI

 

 

1 2 3

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus