Un autre regard sur l’Islam ?
By Antony Drugeon
Rachid Benzine, Malek Chebel, Abdelouhab Meddeb, Mohamed Arkoun : les penseurs d'un islam moderne, ouvert, ont investi le Salon pour communiquer leur message.
Est-ce pour contrer les stands orientaux devant lesquels s'attardent barbes et tchadors? Toujours est-il que cette treizième édition du Salon international de l'édition et du livre met à l'honneur maints penseurs d'un islam moderne, connus pour leurs publications et leurs interventions télévisées en France ou dans le reste de l'Europe. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une coïncidence : Mounia Nejjar, directrice du livre, explique que le comité scientifique a choisi cette «rénovation de l'islam» comme un thème du Salon. Ce qui explique les venues de Rachid Benzine, Malek Chebel, Abdelouahab Meddeb et Mohamed Arkoun.
Le message de ces intellectuels, fréquemment habitués aux débats sur l'islam en France et quelquefois très médiatisés, se retrouve dans une constante, qui consiste à refuser d'essentialiser l'islam. Qu'est-ce que l'islam? A cette question, Rachid Benzine par exemple, auteur des Nouveaux penseurs de l'islam, répond par une injonction : ne pas tomber dans une confusion sémantique. Car autour du mot islam, le risque de confusion est grand. Si bien que ce mot ne fait, en fait, que «convoquer des imaginaires». Imaginaire dominé par les questions internationales et le terrorisme dans de nombreux esprits occidentaux, et imaginaire figeant l'islam dans une interprétation littérale pour de nombreux musulmans.
Double erreur qui part, pour Rachid Benzine, de la même erreur : la confusion entre le discours divin d'une part et ce qu'en font les Hommes. Toute lecture étant une interprétation, Rachid Benzine convie les musulmans à ne pas prendre la parole religieuse pour la parole divine. Le texte coranique est devenu «un vaste supermarché où chacun va chercher la confirmation de ses attitudes idéologiques», a-t-il affirmé, lors d'une présentation de son ouvrage dans le cadre du Salon du livre.
L'islam ne saurait donc être un. Une réalité historique qu'a souligné, Malek Chebel en présentant son ouvrage «L'Islam et
Idée que ne nie pas non plus Rachid Benzine qui a, quant à lui, souligné l'importance du langage en la matière : l'interprétation religieuse n'est solide que si elle est consciente de l'écart entre la parole divine, la parole prophétique, le texte religieux, puis l'interprétation humaine de celui-ci. L'interprétation, pour être pertinente, doit prendre en compte les circonstances historiques du discours prophétique, mais aussi la subtilité du langage coranique. En effet, la métaphore est omniprésente dans le texte religieux, qui cherche à communiquer des concepts subtils. Rachid Benzine défend donc qu'aucune interprétation ne pourra prétendre atteindre la vérité. Celle-ci existe-t-elle alors? Oui selon lui, mais au bout d'un chemin que l'on ne peut qu'arpenter sans jamais en voir le terme. Mais le musulman devra travailler perpétuellement pour faire une analyse sémiotique du texte, et approcher ainsi de plus près cette vérité qu'il cherche par la religion.
Message tolérant, relativiste, qui remet en cause bien des pratiques quotidiennes de nombreux musulmans, que celui de ces «musulmans éclairés». Une sorte de troisième voie entre les accusations amalgamant islam et terrorisme d'une part, et la lecture intégriste d'autre part.
Les Nouveaux penseurs de l'islam, Rachid Benzine, Editions Tarik
L'Islam et
Histoire de l'islam et des musulmans en France. Du Moyen Age à nos jours; Mohammed Arkoun, Ed. Albin Michel .
Source : ‘ Libération’ -Dar El Beidha – Maroc.




